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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2300480

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2300480

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2300480
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantARMAND LIONEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 avril 2023, Mme B A, représentée par Me Armand, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Saint-François à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation des préjudices moral et financier résultant du harcèlement moral dont elle estime avoir été victime, de la privation de son avancement et du défaut d'accès à la formation professionnelle ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saint-François de reconstituer sa carrière et de procéder à sa revalorisation salariale au regard des missions exécutées ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-François une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- sa pénibilité professionnelle n'est pas reconnue par son administration alors que ses missions s'étendent au-delà de celles prévues par sa fiche de poste ;

- sa situation administrative est figée, en l'absence d'avancement au grade ;

- elle n'a pas bénéficié de formation professionnelle ;

- elle est mise à l'écart depuis son retour de congé maternité et a été victime de faits constitutifs de harcèlement moral de la part de sa hiérarchie ;

- elle est fondée à demander l'indemnisation de son préjudice moral, ainsi que de son préjudice financier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2023, la commune de Saint-François, représentée par Me Peyrical, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet au fond et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive, dès lors que la première demande de la requérante a été rejetée par une décision du 13 septembre 2022 et la seconde demande du 27 décembre 2022 n'a pas pu avoir pour effet de proroger le délai de recours contentieux ; en tout état de cause, cette seconde a été rejetée par une décision du 24 février 2023 ; le délai de recours contentieux de deux mois était expiré à la date d'enregistrement de la requête ;

- les fonctions exercées par Mme A sont conformes à son grade ;

- la requérante ne bénéficie d'aucun droit à l'avancement au grade et, en tout état de cause, elle a bénéficié d'avancements au grade à plusieurs reprises au cours de sa carrière ;

- la commune a respecté ses obligations en matière de formation professionnelle ;

- les faits mentionnés par la requérante ne sont pas de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 2006-1691 du 22 décembre 2006 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bakhta, conseillère,

- les conclusions de Mme Créantor, rapporteure publique,

- et les observations de Me Guyon, substituant Me Peyrical, représentant la commune de Saint-François.

Mme A n'était ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A adjoint administratif principal de 1er classe, a été recrutée par la commune de Saint-François en octobre 1997. Exerçant dans un premier temps les missions d'agent de bureau et d'animateur de loisirs éducatifs au centre de loisirs de la collectivité, elle a été affectée au centre communal d'actions sociales pour exercer les fonctions d'agent d'accueil social entre 2005 et 2013. Elle s'est vu confier à partir de 2013 les fonctions d'assistante administrative à la direction de la mer et du nautisme du Port de plaisance de la commune. Par un courrier en date du 27 décembre 2022, elle a saisi le maire de la commune d'une demande indemnitaire préalable afin d'obtenir réparation des préjudices résultant du harcèlement moral qu'elle estime avoir subi ainsi que l'inadéquation entre ses missions et sa situation administrative. Par un courrier en date du 24 février 2023, le maire de la commune a rejeté sa demande. Par la présente requête, la requérante demande au tribunal de condamner la commune de Saint-François à l'indemniser des préjudices moral et financier résultant du harcèlement moral dont elle estime avoir été victime, de la privation de son avancement et du défaut d'accès à la formation professionnelle.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 3 du décret du 22 décembre 2006 portant statut particulier du cadre d'emplois des adjoints administratifs territoriaux : " I. - Les adjoints administratifs territoriaux sont chargés de tâches administratives d'exécution, qui supposent la connaissance et comportent l'application de règles administratives et comptables. / Ils peuvent être chargés d'effectuer divers travaux de bureautique et être affectés à l'utilisation des matériels de télécommunication. / Ils peuvent être chargés d'effectuer des enquêtes administratives et d'établir des rapports nécessaires à l'instruction de dossiers. / Ils peuvent être chargés de placer les usagers d'emplacements publics, de calculer et de percevoir le montant des redevances exigibles de ces usagers. / II. - Lorsqu'ils relèvent des grades d'avancement, les adjoints administratifs territoriaux assurent plus particulièrement les fonctions d'accueil et les travaux de guichet, la correspondance administrative et les travaux de comptabilité. / Ils peuvent participer à la mise en œuvre de l'action de la collectivité dans les domaines économique, social, culturel et sportif. / Ils peuvent être chargés de la constitution, de la mise à jour et de l'exploitation de la documentation ainsi que de travaux d'ordre. / Ils peuvent centraliser les redevances exigibles des usagers et en assurer eux-mêmes la perception. / Ils peuvent être chargés d'assurer la bonne utilisation des matériels de télécommunication. / Ils peuvent se voir confier la coordination de l'activité d'adjoints administratifs territoriaux du premier grade () ".

3. La requérante fait valoir être particulièrement lésée par l'octroi de mission outrepassant parfois ses compétences, et nécessitant impérativement une revalorisation voire un reclassement afin que son traitement salarial soit adéquat à la réalité d'exécution de ses missions. Il résulte de l'instruction que la requérante est notamment chargée de recueillir et traiter les demandes du service, de suivre et gérer les dossiers du service et d'assister les responsables dans l'organisation du travail administratif. Si la requérante fait valoir assurer la gestion de plusieurs projets, la circonstance qu'elle ait préparé le conseil portuaire du Port de plaisance pour l'année 2016 ne saurait être regardée comme l'exercice d'une mission de pilotage. Ainsi, eu égard à ses fiches de poste, il ne résulte pas de l'instruction que la requérante exercerait des missions autres que celles définies dans sa fiche de poste. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code général de la fonction publique : " L'avancement des fonctionnaires comprend l'avancement d'échelon et l'avancement de grade ". Aux termes de l'article L. 522-24 du même code : " L'avancement de grade au sein de la fonction publique territoriale a lieu suivant l'une ou plusieurs des modalités ci-après : / 1° Au choix par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement, établi par appréciation de la valeur professionnelle et des acquis de l'expérience professionnelle des agents. Sans renoncer à son pouvoir d'appréciation, l'autorité territoriale tient compte des lignes directrices de gestion prévues chapitre III du titre Ier du livre IV ; / 2° Par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement, établi après une sélection par voie d'examen professionnel ; / 3° Par sélection opérée exclusivement par voie de concours professionnel ".

5. Si la requérante fait valoir qu'elle se trouve dans une situation administrative " figée " et qu'elle a été privée d'un avancement au grade, il résulte des dispositions précitées que la requérante ne peut se prévaloir d'un droit à l'avancement au grade. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que la requérante a bénéficié, par arrêté en date du 7 juin 2022, d'un avancement au grade d'adjoint administratif territorial principal de 1ère classe à compter du 15 décembre 2020. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que sa situation administrative serait " figée " et qu'elle a été privée d'un avancement de grade.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 115-4 du code général de la fonction publique : " Le droit à la formation professionnelle tout au long de la vie est reconnu aux agents publics. / Il s'exerce dans les conditions fixées au chapitre Ier du titre II du livre IV ". Aux termes de l'article L. 421-2 du code général de la fonction publique : " Les administrations, collectivités et établissements mentionnés à l'article L. 2 mettent en œuvre, au bénéfice de leurs agents, une politique coordonnée de formation professionnelle et de promotion sociale tout au long de la vie. / Cette politique semblable par sa portée et par les moyens employés à celle définie au titre Ier du livre III de la sixième partie du code du travail, à l'exception de son chapitre V, tient compte du caractère spécifique de la fonction publique ". Aux termes de l'article L. 421-3 du code général de la fonction publique : " L'agent public peut bénéficier, à sa demande, d'un accompagnement personnalisé destiné à l'aider à élaborer et mettre en œuvre son projet professionnel, notamment dans le cadre du conseil en évolution professionnelle " Enfin, aux termes de l'article L. 422-21 du même code : " La formation professionnelle tout au long de la vie dans la fonction publique territoriale comprend : / 1° La formation d'intégration et de professionnalisation, définie par les statuts particuliers, constituée par : a) Des actions favorisant l'intégration dans la fonction publique territoriale, dispensées aux agents territoriaux de toutes catégories ; b) Des actions de professionnalisation, dispensées tout au long de la carrière et à l'occasion de l'affectation dans un poste de responsabilité ; / 2° La formation de perfectionnement, dispensée en cours de carrière à la demande de l'autorité territoriale ou de l'agent territorial ; / 3° La formation de préparation aux concours et examens professionnels de la fonction publique ; / 4° La formation personnelle suivie à l'initiative de l'agent territorial ; / 5° Les actions de lutte contre l'illettrisme et pour l'apprentissage de la langue française ; / 6° Les formations destinées à mettre en œuvre un projet d'évolution professionnelle, dans le cadre de l'utilisation d'un compte personnel de formation ".

7. La requérante allègue qu'elle a tenté de bénéficier des formations professionnelles mais que la commune a constamment refusé toutes les demandes formulées. En se bornant à ces seules allégations, la requérante n'établit pas que la commune n'aurait pas mis en œuvre au bénéfice de ses agents une politique de formation professionnelle ni qu'elle aurait fait des demandes qui auraient été refusés. Au surplus, il résulte de l'instruction que la requérante a bénéficié de plusieurs formations en 2011, 2013, 2014 et 2016. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".

9. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

10. La requérante fait valoir avoir été mise à l'écart du service et avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral. Elle soutient notamment, sans que la temporalité de ses faits soit clairement établie, que ses conditions matérielles de travail se sont dégradées, qu'elle ne bénéficiait ni d'armoire, ni d'ordinateur, ni d'imprimante, ni de tampon administratif. Elle fait également valoir que son directeur l'ignore, qu'elle est mise à l'écart de l'ensemble des réunions et que sa valeur professionnelle n'est pas reconnue. En ce qui concerne la dégradation de ses conditions matérielles de travail, s'il résulte de l'instruction que la requérante a en effet adressé un mail relatif à son manque de fournitures de bureau, notamment en signalant avoir besoin d'un tampon administratif, cette seule circonstance ne saurait être regardée, en dehors de tout autre circonstance qu'il lui appartenait d'établir, comme un élément de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral. Par ailleurs, en ce qui concerne la reconnaissance de sa valeur professionnelle, il résulte de l'instruction, notamment des mails versés à l'instance par la requérante, qu'elle a été félicitée pour son travail par le directeur général des services de la commune à plusieurs reprises. Enfin, en ce qui concerne les comportements perpétrés à son égard, la requérante ne verse aucun élément permettant d'établir la matérialité de tels faits. Par suite, la requérante ne peut être regardée comme apportant des éléments de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral et le moyen ne peut être qu'écarté.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité des conclusions ni de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'indemnisation et d'injonction de Mme A ne peuvent être que rejetées.

Sur les dépens :

12. Aucun dépens n'ayant été exposé dans la présente instance, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-François, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par la commune de Saint-François au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-François présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au maire de la commune de Saint-François.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Laurent Santoni, président,

Mme Charlotte Ceccarelli, première conseillère,

Mme Kenza Bakhta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

La rapporteure,

Signé

K. BAKHTA

Le président,

Signé

J-L. SANTONI

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe de la greffière en chef

Signé

A. Cétol0

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