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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2602914

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2602914

lundi 1 juin 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2602914
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPOLE URGENCES
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Résumé IA

Le tribunal administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté les demandes de M. A... B..., ressortissant tunisien, visant à l’annulation d’un arrêté préfectoral du 8 mai 2026 l’obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour de deux ans, et d’un arrêté du 12 mai 2026 l’assignant à résidence. Le juge a estimé que les moyens soulevés, tirés notamment de l’incompétence de l’auteur de l’acte, du défaut de motivation, de la méconnaissance des articles 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et 3-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant, n’étaient pas fondés. La solution retenue confirme la légalité des décisions contestées, en application des dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I./ Par une requête, un mémoire et des pièces, enregistrés les 9, 25 et 26 mai 2026 sous le n° 2602699, M. C... A... B..., représenté par Me Madeline, associée de la Selarl Eden Avocats, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d’annuler l’arrêté du 8 mai 2026 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l’a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) d’enjoindre au préfet compétent de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l’attente du réexamen de sa situation, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros en application de l’article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de l’aide juridictionnelle ou, à titre subsidiaire, la même somme en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :
*a été signée par une autorité incompétente ;
*est insuffisamment motivée ;
*méconnaît l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers ;
*est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation personnelle ;
*méconnaît l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
*méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
*est entachée d’erreur manifeste d’appréciation.


- la décision refusant un délai de départ volontaire :
*a été signée par une autorité incompétente ;
*méconnaît l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers ;
*doit, compte-tenu de son illégalité, entraîner l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
*a été signée par une autorité incompétente ;
*est insuffisamment motivée ;
*méconnaît l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers ;
*méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
*est entachée d’erreur manifeste d’appréciation.


Par un mémoire en défense, enregistré les 10 mai 2026, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il faut valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

II. / Par une requête et des pièces, enregistrés les 20 et 26 mai 2026, M. C... A... B..., représenté par Me Madeline, associée de la Selarl Eden Avocats, demande au Tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d’annuler l’arrêté du 12 mai 2026 par lequel le préfet de l’Eure l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros en application de l’article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de l’aide juridictionnelle ou, à titre subsidiaire, la même somme en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée :

- a été signée par une autorité incompétente ;
- a été prise en méconnaissance de son droit d’être entendu ;
- doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
- méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d’erreur manifeste d’appréciation.


Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2026, le préfet de l’Eure conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.



Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Armand comme juge du contentieux des mesures d’éloignement des étrangers ;
­ les autres pièces des dossiers.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

L’instruction a été close à l’issue de l’audience, en application des dispositions de l’article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.


Au cours de l’audience publique du 26 mai 2026, ont été entendus :

- le rapport de M. Armand ;
- et les observations orales de Me Madeline, représentant M. A... B..., assisté de Mme D..., interprète en arabe, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, que la décision fixant le pays de destination méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Les préfets de la Seine-Maritime et de l’Eure n’étaient ni présents, ni représentés.


Considérant ce qui suit :

1. M. A... B..., ressortissant tunisien né le 15 mai 1990, déclare être entré en France en 2015. Par deux requêtes enregistrées sous les n°s 2602699 et 2602914, qu’il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement dès lors qu’elles concernent la situation d’un même ressortissant étranger et ont fait l’objet d’une instruction commune, le requérant demande au tribunal d’annuler, d’une part, l’arrêté du 8 mai 2026 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l’a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et, d’autre part, l’arrêté du 12 mai 2026 par lequel le préfet de l’Eure l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l’admission à l’aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : « Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ».

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’admettre le requérant au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

4. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) ».

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A... B... réside de manière habituelle sur le territoire français depuis plus de dix ans. Il est le père de trois enfants âgés de 6 et 7 ans, issus de la relation de concubinage qu’il entretient avec une ressortissante algérienne. Le requérant contribue à l’entretien et à l’éducation de ses enfants, avec lesquels il résidait au domicile commun du couple à la date de la décision l’obligeant à quitter le territoire français. Enfin, si la compagne de M. A... B... a déposé plainte à son encontre pour des faits de violence conjugale, cette plainte a été classée sans suite au motif que l’infraction n’était pas suffisamment caractérisée. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la décision l’obligeant à quitter le territoire français sans délai a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 8 mai 2026 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a obligé M. A... B... à quitter le territoire français sans délai doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour fixant le pays de renvoi, lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, et l’arrêté du 12 mai 2026 par lequel le préfet de l’Eure l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions à fins d’injonction et d’astreinte :

7. D’une part, le présent jugement implique, en application des dispositions de l’article L. 614-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, que l’administration procède au réexamen de la situation administrative de M. A... B... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et qu’elle le munisse, dans l’attente d’une nouvelle décision, d’une autorisation provisoire de séjour. Il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

8. D’autre part, en application de l’article R. 613-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, il appartient au préfet territorialement compétent de procéder à la suppression du signalement de M. A... B... aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen.

Sur les frais d’instance :

9. M. A... B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Madeline, avocate de M. A... B..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État et sous réserve de l’admission définitive de son client à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’État le versement à Me Madeline de la somme globale de 1 500 euros pour les deux requêtes. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A... B... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros lui sera versée directement.


D E C I D E :


Article 1er : M. A... B... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les arrêtés du préfet de la Seine-Maritime du 8 mai 2026 et du préfet de l’Eure du 12 mai 2026 sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation de M. A... B... dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l’attente d’une nouvelle décision, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Il est enjoint au préfet compétent de procéder, dans les conditions fixées au point 8, à la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen dont fait l’objet M. A... B..., ainsi que, le cas échéant, de son inscription au fichier des personnes recherchées, dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement.

Article 5 : L’État versera la somme de 1 500 euros à Me Madeline, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserves de l’admission définitive de M. A... B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle et que Me Madeline renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A... B... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros lui sera versée directement.

Article 6 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... B..., à Me Madeline et aux préfets de la Seine-Maritime et de l’Eure.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2026.

Le magistrat désigné,

Signé :

G. ARMANDLa greffière,

Signé :

A. TELLIER






La République mande et ordonne aux préfets de la Seine-Maritime et de l’Eure en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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