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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2602803

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2602803

lundi 1 juin 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2602803
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPOLE URGENCES
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, était saisi par M. B... d’un recours en excès de pouvoir contre des arrêtés du 6 mai 2026 du préfet de la Seine-Maritime portant obligation de quitter le territoire français, interdiction de retour et assignation à résidence. Le préfet a toutefois retiré ces arrêtés par un arrêté du 22 mai 2026, rendant la requête sans objet. En conséquence, le tribunal a constaté qu’il n’y avait plus lieu de statuer sur les conclusions principales de M. B.... Il a néanmoins admis l’intéressé au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire et a rejeté sa demande de frais de justice, faute de justificatifs.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 17 et 26 mai 2026, M. A... B..., représenté par Me Verilhac, associée de la Selarl Eden Avocats, demande au Tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d’annuler l’arrêté du 6 mai 2026 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l’a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de six mois ;
3°) d’annuler l’arrêté du 6 mai 2026 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros en application de l’article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de l’aide juridictionnelle ou, à titre subsidiaire, la même somme en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :
*est insuffisamment motivée ;
*méconnaît l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers ;
*a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;
*a été prise à l’issue d’une procédure irrégulière en l’absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
*est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation personnelle ;
*est entachée d’erreur de fait et d’erreur de droit ;
*méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
*est entachée d’erreur manifeste d’appréciation ;
*ne peut être exécutée.

- la décision refusant un délai de départ volontaire :
*est insuffisamment motivée ;
*doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
*est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation personnelle ;
*méconnaît l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers ;
*est entachée d’erreur manifeste d’appréciation ;
*doit, compte-tenu de son illégalité, entraîner l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

- la décision fixant le pays de destination :
*est insuffisamment motivée ;
*est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation personnelle ;
*doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
*est insuffisamment motivée ;
*doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
*est entachée d’erreur de droit ;
*méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
*méconnaît l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
*est entachée d’erreur manifeste d’appréciation.

- la décision d’assignation à résidence :
*est insuffisamment motivée ;
*doit être annulée par voie de conséquence de l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
*est illégale en l’absence de perspective d’éloignement.


Par un mémoire en défense et une pièce, enregistrés les 22 mai et 25 mai 2026, le préfet de la Seine-Maritime conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que les arrêtés attaqués ont été retirés par un arrêté du 22 mai 2026.


Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Armand comme juge du contentieux des mesures d’éloignement des étrangers ;
­ les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

L’instruction a été close à l’issue de l’audience, en application des dispositions de l’article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.


Au cours de l’audience publique du 26 mai 2026, ont été entendus :

- le rapport de M. Armand ;
- et les observations orales de Me Madeline, représentant M. B..., qui maintient les conclusions de la requête tendant à la prise en charge des frais de l’instance.

Le préfet de la Seine-Maritime n’était ni présent, ni représenté.


Considérant ce qui suit :

1. M. B..., ressortissant marocain né le 22 mai 1983, demande au tribunal d’annuler les arrêtés du 6 mai 2026 par lesquels, d’une part, le préfet de la Seine-Maritime l’a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de six mois et, d’autre part, l’a assigné à residence pour une durée de quarante-cinq jours.


Sur l’admission à l’aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : « Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ».

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’admettre le requérant au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

4. Par un arrêté du 22 mai 2026, postérieur à l’enregistrement de la requête, le préfet de la Seine-Maritime a retiré ses arrêtés du 6 mai 2026. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l’annulation de ces arrêtés sont devenues sans objet. Il n’y a pas lieu d’y statuer.

Sur les frais liés au litige :

5. M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat le versement à la Selarl Eden Avocats de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous la double réserve de l’admission définitive de M. B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle et de la renonciation de son conseil à la part contributive de l’Etat à l’aide juridictionnelle. Dans l’hypothèse où M. B... ne serait pas admis définitivement au bénéfice de l’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée directement en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :


Article 1er : M. B... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d’annulation des arrêtés du préfet de la Seine-Maritime du 6 mai 2026.

Article 3 : L’État versera la somme de 1 000 euros à la Selarl Eden avocats, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserves que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle et de l’admission définitive de M. B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle. Dans l’hypothèse où M. B... ne serait pas admis définitivement au bénéfice de l’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée directement en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Verilhac et au préfet de la Seine-Maritime.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2026.

Le magistrat désigné,

Signé :

G. ARMANDLa greffière,

Signé :

A. TELLIER






La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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