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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2300576

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2300576

lundi 30 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2300576
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMINIER MAUGENDRE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 mai 2023, Mme B A, représentée par Me Suvieri, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 20 janvier 2023 par laquelle le centre hospitalier de la Basse-Terre a prononcé son licenciement pour motif disciplinaire ;

2°) de condamner le centre hospitalier de la Basse-Terre à lui verser la somme de 15 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi ;

3°) de mettre du centre hospitalier de la Basse-Terre une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son auteur est incompétent ;

- la décision est attachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée de plusieurs vices de procédures, dès lors qu'elle n'a pas pu consulter son dossier, que le délai entre l'entretien l'informant des griefs qui lui étaient reprochés et la prise de la décision litigieuse l'a empêchée de présenter des observations et de se faire assister d'un défenseur de son choix et que la commission médicale de l'établissement n'a pas été consultée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, en l'absence de faute commise ;

- elle est fondée à engager la responsabilité pour faute du centre hospitalier de la Basse-Terre ;

- son préjudice moral et réputationnel peut être évaluer à hauteur de 15 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2024, le centre hospitalier de la Basse-Terre, représenté par Me Lacroix, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 2 000 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- les moyens présentées à l'appui des conclusions à fin d'annulation sont infondés ;

- la requérante a commis une faute grave, d'une part en n'identifiant pas une masse sur l'imagerie d'un patient, et en tout état de cause, en ne validant pas son compte-rendu eu égard à l'urgence du motif de prescription ;

- à considérer que la décision soit entachée d'illégalités externes, la sanction est justifiée dans son principe et son quantum de sorte que le lien entre la faute et le préjudice allégué n'est pas établi, ni même la réalité de ce préjudice.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bakhta, conseillère,

- les conclusions de Mme Créantor, rapporteure publique,

- et les observations de Me Suvieri, représentant Mme A.

Le centre hospitalier de la Basse-Terre n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a été engagée en qualité de praticien contractuel par le centre hospitalier de la Basse-Terre le 13 janvier 2024 pour exercer au sein du service d'imagerie médicale Pôle Chirurgie de cet établissement les 18, 20, 23, 27, 30 et 31 janvier 2023. Le 20 janvier 2023, le centre hospitalier de la Basse-Terre a prononcé son licenciement pour motif disciplinaire. Par courrier en date du 16 mars 2023, notifié à l'établissement de santé le 22 mars suivant, Mme A a formé un recours gracieux contre cette décision ainsi qu'une demande indemnitaire préalable, rejetés implicitement. Par la présente requête, la requérante demande l'annulation de la décision en date du 20 janvier 2023 ainsi que la condamnation du centre hospitalier de la Basse-Terre à réparer les préjudices qui en ont résulté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 6152-370 du code de la santé publique : " Les sanctions disciplinaires applicables aux praticiens contractuels sont : 1° L'avertissement ; 2° Le blâme ; 3° L'exclusion temporaire de fonctions prononcée pour une durée ne pouvant excéder six mois et privative de toute rémunération ; 4° Le licenciement. / Les sanctions relevant des 1° et 2° sont prononcées par le directeur de l'établissement après avis du président de la commission médicale d'établissement. / Les sanctions relevant des 3° et 4° sont prononcées par le directeur de l'établissement après avis de la commission médicale d'établissement. En l'absence d'avis de la commission médicale d'établissement rendu dans un délai de deux mois après sa convocation, l'avis de son président est seul requis. / Les décisions de sanction sont motivées. / L'intéressé est avisé, au moins deux mois avant qu'une décision soit prise, par tout moyen permettant de conférer date certaine, des griefs qui lui sont reprochés et des sanctions envisagées. Il reçoit en même temps communication de son dossier. Il est mis à même de présenter des observations orales et écrites et d'être assisté par le défenseur de son choix. / Le directeur de l'établissement se prononce dans un délai de trois mois après la notification de l'ouverture d'une procédure disciplinaire. / La sanction est notifiée à l'intéressé par tout moyen permettant de conférer date certaine. / Lorsque l'une des sanctions mentionnées aux 3° et 4° est prononcée, la décision est également transmise au conseil de l'ordre. / Le licenciement pour motif disciplinaire n'ouvre droit à aucune indemnité ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision litigieuse ne fait pas mention des motifs ayant justifiés que soit prononcée une sanction de licenciement à l'égard de la requérante. Si, en défense, le centre hospitalier de la Basse-Terre soutient que le défaut de motivation peut être justifié en l'espèce par l'urgence à prendre la mesure litigieuse, une telle urgence, à la supposée établie, ne saurait justifier un défaut de motivation d'une mesure prononçant une sanction. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'un défaut de motivation.

4. En deuxième lieu, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été convoquée pour un entretien le 20 janvier 2023 à 15h23 à la suite d'un signalement effectué par son chef de service et que, par décision du même jour, elle a été licenciée pour motif disciplinaire. Il ne ressort pas des pièces du dossier que son dossier lui ait été communiqué. De plus, compte tenu du court délai entre l'entretien l'informant des griefs qui lui été reprochés et de la sanction envisagée et le prononcé de la sanction litigieuse, et alors au demeurant que la reprise de son activité devait s'effectuer le 23 janvier, soit trois jours après l'entretien au cours duquel elle a pris connaissance des reproches la concernant, la requérante ne peut être regardée comme ayant été mise à même d'être assistée par le défenseur de son choix. Enfin, il est constant que le centre hospitalier de la Basse-Terre n'a pas saisi, et par suite, recueilli l'avis de la commission médicale de l'établissement avant de prononcer la sanction litigieuse. S'il se prévaut en défense d'un courrier de la présidente de cette commission, ce courrier ne s'apparente pas à un avis de la commission. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, la requérante est fondée à soutenir que la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière qui l'a privée de garanties. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être accueilli.

6. Il ressort également des pièces du dossier qu'au regard du motif de prescription de l'imagerie qui lui est reprochée d'avoir mal analysée, relatif à la suspicion de néoplasie digestive ou gynécologique avec des marqueurs tumoraux, et dont le compte rendu n'aurait été simplement qu'inachevé selon la requérante, Mme A ne peut soutenir que la sanction contestée serait entachée d'une erreur d'appréciation en l'absence de faute.

7. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 et 5 du présent jugement que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 20 janvier 2023 prononçant une sanction de licenciement.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

8. Lorsqu'une personne sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité, pour un vice de forme ou procédure, de la décision lui infligeant une sanction, il appartient au juge de plein contentieux, saisi de moyens en ce sens, de déterminer, en premier lieu, la nature de cette irrégularité procédurale puis, en second lieu, de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, si, compte tenu de la nature et de la gravité de cette irrégularité formelle ou procédurale, la même décision aurait pu être légalement prise, s'agissant tant du principe même de la sanction que de son quantum, avec une forme et dans le cadre d'une procédure régulières.

9. Eu égard à ce qui a été dit au point 6 du présent jugement, et alors même que la décision du 20 janvier 2023 n'a pas été prise selon les formes et procédure requises, Mme A ne saurait prétendre à l'indemnisation d'un préjudice moral dès lors que les faits reprochés constituaient une faute grave de nature à justifier son licenciement. Par suite, ses conclusions à fin d'indemnisation ne peuvent être que rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de la Basse-Terre, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du Mme A la somme demandée par le centre hospitalier de la Basse-Terre au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 20 janvier 2023 par laquelle le centre hospitalier de la Basse-Terre a prononcé le licenciement pour motif disciplinaire de Mme A est annulée.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions du centre hospitalier de la Basse-Terre présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier de la Basse-Terre.

Délibéré après l'audience du 11 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Laurent Santoni, président,

Mme Charlotte Ceccarelli, première conseillère,

Mme Kenza Bakhta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.

La rapporteure,

Signé

K. BAKHTA

Le président,

Signé

J-L. SANTONI

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe de la greffière en chef

Signé

A. Cétol0

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