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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2300592

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2300592

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2300592
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSANCHEZ-RODRIGUEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 31 mai 2023 et le 29 novembre 2023, M. B C, représenté par Me Sanchez Rodriguez, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 14 avril 2023 par lequel le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- le préfet s'est estimé en situation de compétence liée par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant un délai de départ volontaire :

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant assignation à résidence :

- elle est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2023, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le moyen dirigé à l'encontre de la décision portant assignation à résidence est irrecevable et que les autres moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 août 2023.

Vu

- l'ordonnance n° 2300593 du juge du référé en date du 23 juin 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentés.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant de nationalité haïtienne, né le 20 juin 1996, est entré illégalement en France le 24 décembre 2018. En mai 2022, il a demandé un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 14 avril 2022, le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 août 2023. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

3. L'arrêté en date du 14 avril 2023, par lequel le préfet de la Guadeloupe a refusé de délivrer à M. C un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination ne contient pas de décision portant assignation à résidence. Par suite, comme le fait valoir le préfet dans ses écritures, le moyen dirigé contre cette décision, inexistante, doit être écarté comme étant irrecevable.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, si le préfet de la Guadeloupe a fait sien le sens de l'avis rendu le 7 novembre 2022 par le collège de médecins de l'OFII, dont il s'approprie les termes, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier qu'il se serait pour autant estimé en situation de compétence liée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit commise par le préfet manque en fait et ne peut qu'être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine notamment au vu de ces échanges et éléments contradictoires. En cas de doute et notamment lorsque le secret médical a été levé par l'intéressée, il lui appartient, le cas échéant, de compléter ces éléments en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. C, le préfet de la Guadeloupe s'est notamment fondé sur un avis émis le 7 novembre 2022 par le collège de médecins de l'OFII selon lequel l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'à la date de cet avis, son état pouvait lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été opéré d'une éviscération de l'œil droit le 6 avril 2021 et qu'il a été diagnostiqué monophtalme de l'œil gauche et non voyant de l'œil droit par certificat du 19 mai 2021. Toutefois, les certificats médicaux fournis ne sont pas de nature à remettre sérieusement en cause l'appréciation du préfet de la Guadeloupe quant à l'absence de conséquences d'une exceptionnelle gravité que devrait entraîner le défaut de prise en charge médicale sur l'état de santé de l'intéressé. De plus, si le requérant soutient que son état s'est dégradé depuis l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII et indique à ce titre avoir été hospitalisé en urgence le 17 mars 2023 pour une fracture de la main à la suite d'une rixe, il ressort des pièces du dossier que les suites à donner à cette opération sont simples, les certificats médicaux, par ailleurs postérieurs à la décision attaquée, se limitant à prescrire des séances de kinésithérapie. Par les éléments produits, M. C n'établit pas que son état de santé aurait justifié une nouvelle saisine pour avis du collège des médecins de l'OFII. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

8. Il n'est pas contesté que M. C est entré irrégulièrement sur le territoire français le 24 décembre 2018, de sorte que son séjour présentait un caractère récent au jour de l'arrêté attaqué. Si le requérant se prévaut d'une relation avec une compatriote, enceinte à la date de la décision attaquée, leur relation ne saurait être regardée comme établie par la production d'un unique certificat médical attestant d'une grossesse en cours. Ensuite, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant serait inséré professionnellement. Enfin, le requérant n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches personnelles en Haïti, pays dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la décision litigieuse sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant délai de départ volontaire :

9. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision accordant un délai de départ volontaire ne peut qu'être écartée.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, en indiquant que M. C n'établissait pas être exposé à des peines ou traitements contraire à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, le préfet de la Guadeloupe a suffisamment motivé sa décision fixant le pays de destination.

11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 8 du présent jugement, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. M. C soutient qu'il craint d'être exposé en cas de retour en Haïti à des traitements inhumains en raison de la situation de violence et de l'impossibilité d'accéder à des soins appropriés. Cependant, il se borne à se prévaloir de façon générale de la situation " catastrophique " en s'appuyant sur de nombreux rapports d'organisations internationales et ne produit à l'appui de ses allégations aucune pièce susceptible d'établir de manière suffisamment probante qu'il serait personnellement exposé à des traitements inhumains ou dégradants dans son pays d'origine. Au surplus, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C aurait déposé une demande d'asile auprès de l'office français de protection des réfugiés et apatrides. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 avril 2023 par lequel le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. C à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet de la Guadeloupe et à Me Sanchez Rodriguez.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Nadège Mahé, présidente,

Mme Hélène Bentolila, conseillère.

Mme Kenza Bakhta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.

La rapporteure,

Signé

K. A

La présidente

Signé

N. MAHE

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

L'adjointe de la greffière en chef,

Signé

A. CETOL

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