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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2300633

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2300633

mardi 16 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2300633
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantALBINA-COLLIDOR

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de la Guadeloupe a été saisi par Mme B..., infirmière, d’un recours pour excès de pouvoir contre le refus de l’établissement public de santé mentale de la Guadeloupe (EPSM-G) de reconnaître son arrêt de travail comme un congé d’invalidité temporaire imputable au service, à la suite d’une agression verbale survenue le 17 mai 2022. La requérante invoquait une insuffisance de motivation, un vice de procédure (absence de saisine du conseil médical) et une erreur d’appréciation. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que la décision était suffisamment motivée et que l’administration n’avait commis ni vice de procédure ni erreur d’appréciation, en application des articles L. 822-18 du code général de la fonction publique et des décrets n° 86-442 du 14 mars 1986 et n° 88-386 du 19 avril 1988.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 8 juin 2023 et le 24 juin 2024, Mme A... B..., représentée par Me Sautereau, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 26 décembre 2022 par laquelle l’établissement public de santé mentale de la Guadeloupe (ci-après « EPSM-G ») a refusé de la placer en congé d’invalidité temporaire imputable au service, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux du 23 avril 2023 ;

2°) d’enjoindre à l’EPSM-G de la placer en congé d’invalidité temporaire imputable au service pour la période du 24 mai 2022 au 13 juillet 2022, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa situation. ;

3°) de mettre à la charge de l’établissement public de santé mentale de la Guadeloupe la somme de 2000 euros à lui verser au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un vice de procédure en l’absence de saisine du conseil médical / de la commission de réforme ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation.



Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2023, l’EPSM-G représenté par Me Albina-Collidor conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la requérante le versement d’une somme de 1 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

En réponse à la demande transmises aux parties par le tribunal sur le fondement des dispositions de l’article R. 613-1-1 du code de justice administrative, l’EPSM-G a produit une partie des pièces demandées le 18 juin 2025, qui ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le décret n°88-386 du 19 avril 1988 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ceccarelli, première conseillère,
- les conclusions de Mme Créantor, rapporteure publique,
- et les observations de Me Baltus, représentant l’EPSM-G.

Considérant ce qui suit :

Mme B..., infirmière titulaire au sein de l’EPSM-G, soutient avoir été victime d'un accident de service le 17 mai 2022, qui a engendré son placement en arrêt de travail du 24 mai 2022 au 13 juillet 2022. Sa hiérarchie refusant de reconnaitre cet évènement comme imputable au service, a qualifié son arrêt de travail de congé de maladie ordinaire par décision du 26 décembre 2022. La requérante a formé un recours gracieux contre cette décision, reçu par l’administration le 23 février 2023. Du silence gardé par l’EPSM-G est née une décision implicite de rejet le 23 avril 2023. Par la présente requête, la requérante demande au tribunal d’annuler la décision du 26 décembre 2022 par laquelle l’établissement public de santé mentale de la Guadeloupe a refusé de la placer en congé d’invalidité temporaire imputable au service, ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, d’une part, aux termes de l’article L. 822-18 du code général de la fonction publique : « Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. ».



D’autre part, aux termes de l'article 47-6 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : « Le conseil médical est consulté : 1° Lorsqu'une faute personnelle ou toute autre circonstance particulière est potentiellement de nature à détacher l'accident du service (…) ».

Enfin, l’article 35-2 du décret n°88-386 du 19 avril 1988 dispose que « pour obtenir un congé pour invalidité temporaire imputable au service, le fonctionnaire, ou son ayant-droit, adresse par tout moyen à l'autorité investie du pouvoir de nomination dont il relève une déclaration d'accident de service, d'accident de trajet ou de maladie professionnelle accompagnée des pièces nécessaires pour établir ses droits. La déclaration comporte : 1° Un formulaire précisant les circonstances de l'accident ou de la maladie. Ce formulaire est transmis par l'autorité investie du pouvoir de nomination à l'agent qui en fait la demande, dans un délai de quarante-huit heures suivant celle-ci et, le cas échéant, par voie dématérialisée, si la demande le précise ; 2° Un certificat médical indiquant la nature et le siège des lésions résultant de l'accident ou de la maladie ainsi que, s'il y a lieu, la durée probable de l'incapacité de travail en découlant. ». L’article 35-3 du même décret précise que : « La déclaration d'accident de service ou de trajet prévue à l'article 35-2 est adressée à l'autorité investie du pouvoir de nomination dont relève le fonctionnaire, dans le délai de quinze jours à compter de la date de l'accident. ».

Il résulte de ces dispositions que constitue un accident de service, pour l’application de ces dispositions, un événement survenu à une date certaine, par le fait ou à l’occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d’apparition de celle-ci.

En l’espèce, Mme B... fait valoir que le 17 mai 2022, alors qu’elle se trouvait en service, elle a été agressée verbalement par une de ses collègues devant plusieurs membres de l’équipe professionnelle, ainsi que des usagers du service public.

D’une part, pour refuser de reconnaitre cet évènement comme un accident imputable au service, l’EPSM-G a opposé à la requérante la tardiveté de sa déclaration. Mme B... verse au dossier un SMS et un email, dont l’objet s’intitule « signalement situation survenue mon travail de ce matin » qu’elle a transmis à sa hiérarchie le jour même, afin de relater cet incident et l’informer de l’impact qu’il a produit sur elle ; « Ce matin, au cours de mon travail ça déborde plus que d’habitude ce sont des propos avec insultes en présence de toute l’équipe et des usagers déjà présents à 8h40 (…) L’ASH a fermé la porte mais l’impact sur les usagers et moi-même est là. ». Le 30 mai 2022, soit dans le délai de quinze jours, elle a télétransmis à l’administration son certificat médical initial de maladie professionnelle qui comporte la mention suivante « Burn out allégation de harcèlement moral et de violences verbales ». Il ressort également des pièces du dossier que, si la cadre qui a réceptionné son mail le 17 mai 2022, lui a répondu le jour-même qu’elle reviendrait vers elle, Mme B... a été contrainte de relancer à plusieurs reprises l’EPSM-G au sujet de l’instruction de sa demande. Il lui a été opposé que la situation de sous-effectif du service ne permettait pas le traitement immédiat de son dossier, et ce n’est que le 8 juillet que sa cadre lui a proposé un rendez-vous pour constituer son dossier administratif relatif à son arrêt de travail. Deux jours après cette date, la requérante a transmis sa déclaration d’accident de travail à son administration. Dans ces circonstances, dès lors que la requérante a immédiatement alerté sa hiérarchie sur les faits qu’elle souhaite voir qualifier d’accident de travail, qu’elle a transmis son arrêt de travail une semaine après les faits et que le délai de cinquante-cinq jours qui s’est écoulé entre l’évènement et la déclaration d’accident transmise ne saurait lui être imputable, il apparait que le motif de refus lié à la tardiveté de la déclaration est entaché d’illégalité.

D’autre part, la décision attaquée révèle que l’EPSM-G a également indiqué à Mme B... « qu’au regard des circonstances détaillées », les faits relatés ne relèvent pas d’un accident de travail. Or, il est constant que cette affirmation, non étayée, a été formulée alors même que la commission de réforme n’a pas été saisie et que le rapport d’expertise, daté du 3 octobre 2024, a conclu à la reconnaissance de l’imputabilité au service de cet accident. Dans ces circonstances, Mme B... est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d’illégalité.

Il résulte de tout ce qui précède que la requérante est fondée à demander l’annulation de la décision du 26 décembre 2022 par laquelle l’établissement public de santé mentale de la Guadeloupe a refusé de la placer en congé d’invalidité temporaire imputable au service, ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux.


Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :

Dans les circonstances de l’espèce, le présent jugement implique nécessairement que l’établissement public de santé mentale de la Guadeloupe admette l’imputabilité au service de l’accident de Mme B... survenu le 17 mai 2022. Il est enjoint à l’administration de placer en congé d’invalidité temporaire imputable au service Mme B... pour la période du 24 mai 2022 au 13 juillet 2022.


Sur les frais liés au litige

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B..., qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que l’EPSM-G demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l’établissement public de santé mentale de la Guadeloupe une somme de 1500 euros au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.












D E C I D E :

Article 1 : La décision du 26 décembre 2022 par laquelle l’établissement public de santé mentale de la Guadeloupe a refusé de placer Mme B... en congé d’invalidité temporaire imputable au service, ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux daté du 23 avril 2023 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à l’établissement public de santé mentale de la Guadeloupe de reconnaitre l’imputabilité au service de l’accident de Mme B... survenu le 17 mai 2022 et la placer en congé d’invalidité temporaire imputable au service pour la période du 24 mai 2022 au 13 juillet 2022.

Article 3 : L’établissement public de santé mentale de la Guadeloupe versera à Mme B... la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions du l’établissement public de santé mentale de la Guadeloupe tendant au bénéfice des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et à l’établissement public de santé mentale de la Guadeloupe.

Délibéré après l’audience du 2 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Frank Ho Si Fat, président
Mme Charlotte Ceccarelli, première conseillère,
Mme Kenza Bakhta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2025.


La rapporteure,



Signé


C. CECCARELLI


Le président,



Signé


F. HO SI FAT


La greffière,


Signé

A. CETOL
La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
L’adjointe de la greffière en chef,
Signé
A. Cétol

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