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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2300667

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2300667

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2300667
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantARMAND LIONEL

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. - Par une requête enregistrée le 14 juin 2023 sous le n°2300659 et un mémoire, enregistré le 23 juin 2023, M. C A, représenté par Me Armand, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2021 par lequel le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " ou " vie privée et familiale ", sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter du présent jugement ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de lui accorder un délai supplémentaire de 6 mois pour quitter le territoire national.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour, en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- ayant été prise il y a plus d'un an, elle ne peut plus être exécutée d'office ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision lui accordant un délai de départ volontaire de seulement 30 jours :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2023, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est tardive et que moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 18 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 28 août 2023 à 12 heures.

Par une décision du 31 mars 2022, M. C A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

II. - Par une requête, enregistrée le 15 juin 2023 sous le n°2300667 et un mémoire, enregistré le 23 juin 2023, M. B A, représenté par Me Armand, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2021 par lequel le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 45 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " ou " vie privée et familiale ", sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter du présent jugement ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de lui accorder un délai supplémentaire de 6 mois pour quitter le territoire national.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour, en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- ayant été prise il y a plus d'un an, elle ne peut plus être exécutée d'office ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision lui accordant un délai de départ volontaire de seulement 30 jours :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2023, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est tardive et que moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 19 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 28 août 2023 à 12 heures.

Par une décision du 31 mars 2022, M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bentolila, conseillère,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant haïtien né le 15 février 1999 à Léogane (Haïti), est entré irrégulièrement sur le territoire français le 15 janvier 2019, selon ses déclarations. Le 13 mars 2019, il a présenté une demande d'asile, laquelle a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 28 juin 2019. Le 9 mars 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale, sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 novembre 2021, dont il demande l'annulation, le préfet de la Guadeloupe a refusé de faire droit à cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

2. M. B A, ressortissant haïtien né le 5 juillet 2001 à Léogane (Haïti), est entré irrégulièrement sur le territoire français en décembre 2018, selon ses déclarations. Le 25 mars 2019, il a présenté une demande d'asile, laquelle a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 30 septembre 2019. Le 30 mars 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale, sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 septembre 2021, dont il demande l'annulation, le préfet de la Guadeloupe a refusé de faire droit à cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quarante-cinq jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

3. Les requêtes susvisées n° 2300659 et 2300667, présentées par les frères A, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les demandes d'aide juridictionnelle provisoire :

4. Par deux décisions du 31 mars 2022, MM. A ont respectivement été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, leurs conclusions tendant à leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet, de sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

5. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

6. D'une part, pour rendre opposable le délai de recours contentieux, conformément à ce que prévoit l'article R. 421-5 du code de justice administrative, l'administration est tenue de faire figurer dans la notification de ses décisions la mention des délais et voies de recours contentieux ainsi que les délais des recours administratifs préalables obligatoires. Elle n'est pas tenue d'ajouter d'autres indications, comme notamment les délais de distance, la possibilité de former des recours gracieux et hiérarchiques facultatifs ou la possibilité de former une demande d'aide juridictionnelle. Si des indications supplémentaires sont toutefois ajoutées, ces dernières ne doivent pas faire naître d'ambiguïtés de nature à induire en erreur les destinataires des décisions dans des conditions telles qu'ils pourraient se trouver privés du droit à un recours effectif.

7. Aux termes de l'article R. 776-5 du code de justice administrative : " I. - Le délai de recours contentieux de trente jours mentionné à l'article R. 776-2 n'est pas prorogé par l'exercice d'un recours administratif () ". Aux termes de l'article R. 776-9-1 du même code : " Les dispositions du présent chapitre ne sont pas applicables () en Guadeloupe () ". Il résulte de ces dispositions qu'en Guadeloupe, conformément au droit commun, une décision portant obligation de quitter le territoire français peut faire l'objet dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours dudit délai.

8. En l'espèce, il ressort des pièces des dossiers que les arrêtés attaqués des 17 septembre et 17 novembre 2021 par lesquels le préfet de la Guadeloupe a notamment refusé de délivrer un titre de séjour à MM A et les a obligés à quitter le territoire français, ont été notifiés aux intéressés, accompagnés d'un document intitulé " Voies et délais de recours ". Ce document indiquait notamment, en lettres capitales que " Le délai de recours contentieux n'est pas prorogé par la présentation préalable d'un recours administratif ". Toutefois, ainsi qu'il a été énoncé au point précédent, la présentation d'un tel recours administratif dans le délai de recours contentieux a pour effet, en Guadeloupe, d'interrompre le délai de recours contentieux. Dès lors que cette mention erronée a été de nature à faire naître une ambiguïté de nature à induire en erreur leur destinataire dans des conditions telles qu'ils pouvaient se trouver privés du droit à un recours effectif, le délai de recours contentieux de deux mois, prévu à l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'est pas opposable à MM. A.

9. D'autre part, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières, dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

10. Aux termes du premier alinéa de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable () ". Aux termes de l'article 43 du décret du 28 décembre 2020 portant application de cette loi et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " Sans préjudice de l'application de l'article 9-4 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée et du II de l'article 44 du présent décret, lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : / 1° De la notification de la décision d'admission provisoire ; / 2° De la notification de la décision constatant la caducité de la demande ; / 3° De la date à laquelle le demandeur de l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande en application du premier alinéa de l'article 69 et de l'article 70 ou, en cas de recours de ce demandeur, de la date à laquelle la décision relative à ce recours lui a été notifié ; / 4° Ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné () ".

11. Il résulte de ces dispositions que lorsque, faute de respect de l'obligation d'informer le destinataire d'une décision administrative sur les voies et délais de recours, le délai dont dispose celui-ci pour exercer un recours juridictionnel contre cette décision est un délai d'un an. Une demande d'aide juridictionnelle formée avant l'expiration de ce délai en vue de l'exercice de ce recours a pour effet de l'interrompre. Dans ce cas, le délai de recours contentieux recommence à courir à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours après la notification à l'intéressé de la décision se prononçant sur sa demande d'aide juridictionnelle ou, si elle est plus tardive, à compter de la date de désignation de l'auxiliaire de justice au titre de l'aide juridictionnelle. En cas d'admission à l'aide juridictionnelle, ce délai est celui, en principe de deux mois, imparti par le code de justice administrative pour contester la décision administrative. Lorsque, en revanche, le bénéfice de l'aide juridictionnelle a été refusé, l'intéressé dispose, pour introduire un recours contentieux contre la décision qu'il conteste, du délai raisonnable d'un an.

12. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 17 septembre 2021 a été notifié à M. B A le 22 septembre 2021 et que l'arrêté du 17 novembre 2021 a été notifié à M. C A le 10 décembre 2021. MM. A ont chacun formé une demande d'aide juridictionnelle le 14 mars 2022, soit dans le délai raisonnable d'un an à compter de ces notifications, interrompant par suite ce délai. Puis, par deux décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 31 mars 2022, MM. A ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Toutefois, aucune pièce des dossiers ne permet de connaître la date à laquelle les décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 31 mars 2022 ont été notifiées à MM. A, ni même celle à laquelle ces derniers en ont eu connaissance. Dès lors, aucune expiration d'un délai pour exercer un recours juridictionnel à l'encontre des arrêtés attaqués ne peut être opposé à MM. A. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Guadeloupe doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

13. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure () nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

14. En l'espèce, M. B A soutient être entré sur le territoire français en décembre 2018, à l'âge de 17 ans et M. C A soutient y être entré le 15 janvier 2019, à l'âge de 19 ans, dans le but de rejoindre leurs parents. Leurs deux parents étaient, au jour des arrêtés attaqués, en situation régulière sur le territoire français, leur père étant alors titulaire d'une carte de résident valable du 11 avril 2013 au 10 avril 2023 et leur mère étant titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée le 7 septembre 2021 et valable jusqu'au 6 septembre 2023. De plus, leur sœur, qui réside, tout comme eux, chez leurs parents, est de nationalité française. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. B A, qui indique avoir poursuivi sa scolarité sur le territoire français dès son arrivée, a obtenu le diplôme national du brevet, série professionnelle, le 9 juillet 2020, avec la mention très bien. Il ressort également des pièces du dossier qu'il était, au titre de l'année scolaire 2022-2023, scolarisé en classe de terminale " baccalauréat professionnel services aux personnes et aux territoires ". Si cette circonstance est postérieure à l'arrêté du 17 septembre 2021, dont la légalité s'apprécie à la date de son édiction, elle permet de révéler qu'au jour de cet arrêté, M. B A était nécessairement scolarisé. Concernant M. C A, qui indique avoir poursuivi sa scolarité sur le territoire français dès son arrivée, il ressort des pièces du dossier qu'il a obtenu le diplôme national du brevet d'études professionnelles agricoles, spécialité " conseil vente " en juin 2021. L'intéressé a obtenu à la fin de l'année scolaire 2022 son baccalauréat professionnel, spécialité " technicien conseil vente en alimentation ", option " produits alimentaires ", avec la mention assez bien. Si cette circonstance est postérieure à l'arrêté du 17 novembre 2021, dont la légalité s'apprécie à la date de son édiction, elle permet de révéler qu'au jour de cet arrêté litigieux, M. C A était scolarisé. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le père des requérants a, à deux reprises, les 18 février 2010 et 1er mars 2011, sollicité le regroupement familial à leur profit. Ces demandes ont été rejetées au seul motif que les conditions de ressources et de superficie du logement exigées par les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étaient pas réunies en l'espèce. Dans ces conditions, et bien que les requérants aient vécu éloignés de leurs parents pendant de nombreuses années et qu'ils détiennent toujours des attaches en Haïti, où résident selon leurs déclarations leur grand-père et leur grand-mère, eu égard aux attaches familiales fortes qu'ils détiennent en France et de leur insertion sociale découlant de leur scolarisation, les requérants sont fondés à soutenir qu'en refusant de leur délivrer un titre de séjour, le préfet a méconnu les dispositions précitées des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

15. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes, que MM. A sont fondés à demander l'annulation des décisions des 17 septembre et 17 novembre 2021 par lesquelles le préfet de la Guadeloupe a refusé de leur délivrer un titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions des mêmes jours portant obligation de quitter le territoire français dans les délais de trente et quarante-cinq jours et fixation du pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

16. L'exécution du présent jugement, qui prononce l'annulation des arrêtés des 17 septembre et 17 novembre 2021, implique nécessairement, eu égard à son motif, qu'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " soit délivré aux requérants. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de procéder à la délivrance de tels titres de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve d'un changement de circonstances de fait ou de droit. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les demandes d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentées par MM. A.

Article 2 : Les arrêtés des 17 septembre et 17 novembre 2021 par lesquels le préfet de la Guadeloupe a refusé de délivrer un titre de séjour à M B A et à M. C A, les a obligés à quitter le territoire français dans les délais respectifs de quarante-cinq et trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être éloignés, sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Guadeloupe de délivrer à M. B A et à M. D une carte de séjour temporaire chacun, portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve d'un changement de circonstances de fait ou de droit.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à M. C A et au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

- Mme Nadège Mahé, présidente,

- Mme Hélène Bentolila, conseillère,

- Mme Kenza Bakhta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

La rapporteure,

Signé

H. BENTOLILALa présidente,

Signé

N. MAHE

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

L'adjointe de la greffière en chef,

Signé

A. Cétol

N° 2300659, 2300667

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