mercredi 31 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2300868 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | FELDMAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 19, 20 juillet, 30 octobre 2023 et 2 janvier 2024, Mme G B, M. L D, M. A K, M. C I, M. H F et M. E J, représentés par Me Deldique, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du 20 avril 2023 et l'arrêté du 19 mai 2023 par lesquels le maire de la commune de Sainte-Rose ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux n° DP 971129 23 42019 déposée par la société Outremer Télécom, pour l'installation d'une antenne de télécommunication sur la parcelle sise Vinty Plessis Nogent, cadastrée section AB 673, à Sainte-Rose ;
2°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Sainte-Rose et de la société Outremer Télécom une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils ont intérêt à agir ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure dès lors que le dossier de déclaration préalable est incomplet ; il ne contient aucune étude d'impact et seulement un photomontage permettant d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement ;
- il méconnaît la loi Littoral et l'article L. 121-3 du code de l'urbanisme dès lors que l'antenne est implantée sur un espace remarquable littoral inconstructible ; la parcelle se situe en continuité des côtes de Nogent, espace côtier sensible, participe à l'existence d'une coupure verte d'urbanisation, présente une forte densité de végétation, se situe à proximité immédiate d'une zone humide étendue ;
- il méconnaît les articles UG 1 et UG 2 du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Rose dès lors que les antennes relais ne font pas partie des installations autorisées en zone UG ;
- il méconnaît l'article UG 7 du PLU dès lors que l'antenne litigieuse est implantée à environ 3 mètres de la limite parcellaire alors qu'elle mesure 31 mètres de hauteur ;
- il méconnaît l'article UG 3 du PLU dès lors que le terrain d'implantation est enclavé et que la réalité d'un accord de passage n'est pas établie ;
- il méconnaît l'article UG 10 du PLU dès lors que l'antenne litigeuse mesure 31 mètres de hauteur ;
- il méconnaît l'article UG 11 du PLU dès lors que l'antenne litigieuse ne s'intègre pas esthétiquement dans le paysage ;
- il méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et le PPRN dès lors qu'il ne contient aucune prescription alors que l'antenne litigieuse est implantée en zone identifiée comme présentant un " aléa de liquéfaction " ;
- il méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme dès lors que l'antenne litigieuse rompt l'équilibre esthétique entre le quartier résidentiel et la bande littorale.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 22, 28 novembre 2023 et 2 janvier 2024, la SAS Outremer Telecom, représentée par Me Feldman, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors, d'une part, que la décision implicite du 20 avril 2023 n'existe pas, et, d'autre part, que les requérants n'ont pas intérêt à agir ;
- les moyens tirés du caractère incomplet du dossier de déclaration préalable, de la méconnaissance des articles UG 7, UG 10 et UG 11 du plan local d'urbanisme et de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme sont inopérants ;
- les autres moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à la commune de Sainte-Rose le 20 juillet 2023, qui n'a pas produit d'observations en défense.
Par des courriers du 20 novembre 2023 et du 8 janvier 2024, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de faire application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et de surseoir à statuer sur la requête dans l'attente de la régularisation des illégalités tenant à la méconnaissance des articles UG 3, UG 7 et UG 11 du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Rose.
Des observations en réponse à ces courriers ont été présentées pour les requérants le 24 novembre 2023 et le 9 janvier 2024.
Des observations en réponse à ces courriers ont été présentées pour la société Outremer Telecom le 28 novembre 2023 et le 9 janvier 2024.
Par une ordonnance du 24 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 janvier 2024.
Une note en délibéré, présentée pour la commune de Sainte-Rose, a été enregistrée le 19 janvier 2024.
Vu :
- le jugement n° 2100863 du 16 mars 2023 du tribunal administratif de la Guadeloupe ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sollier,
- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public,
- et les observations de Me Deldique, représentant les requérants, et de Me Feldman, représentant la société Outremer Télécom.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 19 mai 2023, le maire de Sainte-Rose n'a pas fait opposition à la déclaration préalable de travaux n° DP 971129 23 42019 déposée par la société Outremer Télécom, pour l'installation d'une antenne de télécommunication à Vinty Plessis Nogent sur une parcelle cadastrée section AB 673, à Sainte-Rose. Par courrier du 6 septembre 2019, les requérants ont sollicité le retrait de ce permis. Une décision implicite de rejet est née sur cette demande. Par la présente requête, Mme B, M. D, M. K, M. I, M. F et M. J demandent au tribunal d'annuler la décision implicite du 20 avril 2023 et l'arrêté du 19 mai 2023, ainsi que le rejet implicite de leur recours gracieux.
Sur les fins de non-recevoir opposée en défense :
2. En premier lieu, les conclusions de la requête dirigées contre la décision implicite du 20 avril 2023 née du silence gardé par le maire de Sainte-Rose sur la demande de déclaration préalable, présentée le 20 mars 2023 par la société Outremer Telecom, doivent être regardées comme dirigées contre l'arrêté du 19 mai 2023, qui s'y est substitué, par laquelle il ne s'est expressément pas opposé à ladite déclaration préalable.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation () ".
4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la parcelle d'assiette du projet jouxte la propriété de M. D, depuis laquelle l'intéressé aura une visibilité sur l'antenne de télécommunication envisagée, de 30 mètres de hauteur. Eu égard aux caractéristiques du projet et à sa proximité immédiate avec la maison d'habitation de M. D, une atteinte à la vue dont dispose ce dernier résultera nécessairement de l'implantation de l'antenne autorisée par l'autorisation d'urbanisme en litige, celle-ci dépassant la végétation environnante. Dès lors, M. D doit être regardé, dans ces circonstances, comme justifiant d'un intérêt à agir à l'encontre de cette autorisation. La fin de non-recevoir opposée par la commune de Sainte-Rose doit, par suite, être écartée, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'intérêt pour agir des autres requérants.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la complétude du dossier de demande préalable
6. D'une part, aux termes de l'article 1.2 du chapitre I du titre V du plan de prévention des risques naturels (PPRN) de Sainte-Rose, approuvé le 25 janvier 2011, relatif aux dispositions applicables aux zones de contraintes spécifiques moyennes : " Toute construction ou aménagement nouveau devra faire l'objet d'une étude de risque par un bureau d'études qualifié, afin de préciser les conditions de faisabilité et de sécurité, en tenant compte de la concomitance des aléas météorologiques et sismiques. / L'étude devra prendre en compte l'environnement du projet et montrer que ses dispositions n'aggravent pas les risques sur les parcelles avoisinantes. Elle devra en particulier préciser les modalités de circulation des eaux, de drainage des terrains concernés par le projet, de terrassement, de soutènement de talus et de fondation de la construction ; () ".
7. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier que l'antenne autorisée par l'autorisation d'urbanisme en litige sera implantée au sud-est de la parcelle AB 673 et se situera ainsi en zone à contraintes spécifiques faibles et soumises à prescriptions individuelles et en zone sans risque d'inondation. Par suite, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir des dispositions précitées qui ne sont applicables qu'aux zones à contraintes spécifiques moyennes pour soutenir que le dossier de déclaration préalable aurait dû faire l'objet d'une étude d'impact. Cette branche du moyen ne peut qu'être écartée comme inopérante.
8. D'autre part, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme, relatif au dossier de demande de permis de construire, est inopérant à l'appui des conclusions tendant à l'annulation d'une décision de non-opposition à déclaration préalable. Par suite, cette branche du moyen ne peut également qu'être écartée comme inopérante.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme
9. Aux termes de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme : " Les documents et décisions relatifs à la vocation des zones ou à l'occupation et à l'utilisation des sols préservent les espaces terrestres et marins, sites et paysages remarquables ou caractéristiques du patrimoine naturel et culturel du littoral, et les milieux nécessaires au maintien des équilibres biologiques.
Un décret fixe la liste des espaces et milieux à préserver, comportant notamment, en fonction de l'intérêt écologique qu'ils présentent, les dunes et les landes côtières, les plages et lidos, les forêts et zones boisées côtières, les îlots inhabités, les parties naturelles des estuaires, des rias ou abers et des caps, les marais, les vasières, les zones humides et milieux temporairement immergés ainsi que les zones de repos, de nidification et de gagnage de l'avifaune désignée par la directive 79/409 CEE du 2 avril 1979 concernant la conservation des oiseaux sauvages. " Le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur l'application des dispositions précitées en vertu desquelles les documents et décisions relatifs à la vocation des zones ou à l'occupation et à l'utilisation des sols préservent les espaces terrestres et marins, sites et paysages remarquables ou caractéristiques du patrimoine naturel et culturel du littoral, et les milieux nécessaires au maintien des équilibres biologiques.
10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'antenne litigieuse sera érigée à plus de 200 mètres du littoral, au sud-est de la parcelle AB 673 située dans la zone d'activité commerciale de Nogent et entourée d'habitations et d'un centre commercial. Le site d'implantation n'est donc pas enserré par le foncier acquis par le conservatoire du littoral et ne peut être regardé comme s'inscrivant en continuité avec l'espace côtier sensible de l'anse de Nogent, contrairement à ce que soutiennent les requérants. Par ailleurs, si ces derniers font valoir que la parcelle AB 673 est proche de la zone humide du grand cul de sac marin de Guadeloupe et constitue une " coupure verte d'urbanisation " en raison de la densité de la végétation, ils n'établissent, ni même n'allèguent, que cette végétation présenterait un caractère paysager remarquable ou caractéristique du patrimoine naturel de la Guadeloupe en raison de sa singularité, de ses qualités intrinsèques ou de son intérêt écologique. Dans ces conditions, il n'apparaît pas que la portion de la parcelle AB 673 en litige, classée en zone UG, constituerait un site ou paysage remarquable dont le législateur a entendu assurer la préservation. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles UG 1 et UG 2 du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Rose
11. Aux termes de l'article UG 1 du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Rose : " Sont interdits : / - les constructions à usage industriel, à usage d'entrepôt commercial ; / - les constructions à usage agricole ; / - Les constructions ou installations qui, par leur nature, et leur importance ou leur aspect, seraient incompatibles avec la sécurité, la salubrité, la commodité ou le caractère de voisinage ; / - Les dépôts et décharges / - La création d'installations classées soumises à autorisation ; / - les installations classées pour la protection de l'environnement autres que celles liées à une activité en rapport avec la vie quotidienne et compatible avec la vocation de la zone ; / - Les affouillements et exhaussements de sol autres que ceux indispensables aux bâtiments, installations et aménagements admis dans la zone ainsi qu'à leur desserte, tels que définis dans l'article UG2, alinéa 2.8 ci-après exprimé; / - Les carrières. " Et, aux termes de l'article UG 2 du même plan : " 2.1. Dans la zone UG, les occupations et utilisations du sol suivantes ne sont admises que si elles respectent les conditions ci-après précisées : / 2.1.1 Les surfaces commerciales si leur surface de vente n'excède pas 300 m2 ; / 2.1.2 Lorsqu'un commerce existe en rez-de-chaussée, il faudra que l'accès aux étages soit indépendant de l'activité commerciale ; / 2.1.3 Les constructions abritant des activités artisanales à condition que ces dernières n'entraînent pas d'incommodité ou ne génèrent pas de nuisances et de pollutions pour l'environnement urbain et naturel proche ; / 2.1.4 Les établissements artisanaux ou dépôts attenants à une activité commerciale de vente au détail à condition qu'ils soient par leur volume et leur aspect extérieur compatibles avec le milieu environnant / 2.1.5 Les installations génératrices de nuisances sonores (salles de spectacle, cultes) ne seront autorisées que si elles répondent aux conditions d'isolation phonique ou acoustique respectant les arrêtés municipaux pris à cet effet / 2.1.6 Les installations classées dès lors que leur niveau de nuisances reste compatible avec la vocation de la zone ou du secteur / 2.1.7 Les parcs de stationnement à condition qu'ils soient plantés à raison d'un arbre de haute tige pour quatre places. / 2.1.8 Les affouillements et les exhaussements du sol à condition qu'ils soient nécessaires à la réalisation des occupations et utilisations du sol admises dans la zone et qu'ils ne compromettent pas la stabilité des sols, l'écoulement des eaux ou la qualité de la nappe et qu'ils ne portent pas atteinte au caractère du site. Les affouillements ne peuvent excéder 200 m2 de surface et sont limités à la hauteur de la construction (voir croquis 2.1) / () ".
12. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier, et alors que les requérants se bornent à soutenir de manière générale et vague que l'antenne litigieuse ne fait manifestement pas partie des installations autorisées en zone UG, que cette dernière correspond à l'un des cas prévus par les articles UG 1 et UG 2 du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Rose. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UG 7 du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Rose
13. Aux termes de l'article UG 7 du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Rose : " Les constructions et installations doivent observer un recul d'implantation par rapport aux limites séparatives de telle manière que la distance, H comptée horizontalement de tout point du bâtiment au point le plus bas et le plus proche de la limite séparative, soit supérieure ou égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points sans jamais être inférieure à 3 mètres. ".
14. En l'espèce, les dispositions précitées renvoient aux croquis 7.1 et 8 comprenant une référence explicite à la hauteur du bâtiment qui est, en l'absence d'autres précisions, définie à l'égout du toit. Dans ces conditions, les dispositions de l'article UG 7 ne s'appliquent pas aux antennes de télécommunication, comme celle du projet litigieux, qui ne sont pas des bâtiments et ne disposent pas d'un égout de toit. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UG 3 du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Rose
15. Aux termes de l'article UG 3 du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Rose : " 3.1.1 Pour être constructible, un terrain doit avoir accès à une voie publique ou privée, soit directement, soit par l'intermédiaire d'un passage aménagé sur fonds voisins. Toute opération doit prendre le minimum d'accès sur les voies publiques. () " Il résulte de ces dispositions qu'un terrain doit être regardé comme enclavé et par suite inconstructible si, à la date à laquelle il est statué sur la demande d'autorisation, il n'a pas d'accès direct à la voie publique et que le propriétaire ne dispose pas d'une servitude de passage régulièrement obtenue par voie judiciaire ou conventionnelle sur un fonds voisin et permettant cet accès.
16. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la parcelle AB 673, terrain d'assiette du projet litigieux, est enclavée et ne dispose pas d'un accès direct à la voie publique. La société Outremer télécom, qui se borne à produire, d'une part, le contrat de bail du 22 mai 2019 conclu avec le propriétaire des parcelles AB 673 et 674 et par lequel ce dernier garantit à la société intéressée un " libre-accès aux installations ", et, d'autre part, un courriel de ce même propriétaire autorisant la circulation et le stationnement aux collaborateurs et prestataires de la société requérante sur ces deux parcelles, n'établit pas bénéficier d'une servitude de passage à travers la parcelle AB 674 et reliant le terrain d'assiette à la voie publique. Par suite, ce terrain ne peut être regardé comme disposant d'un accès, au sens des dispositions précitées, à une voie publique par l'intermédiaire d'un passage aménagé sur fonds voisins, de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UG 11 du plan local d'urbanisme de Sainte-Rose doit être accueilli.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UG 10 du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Rose
17. Aux termes de l'article UG 10 du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Rose : " 10.1. Définition de la hauteur / La hauteur d'une façade est la plus grande distance mesurée verticalement entre tout point de l'égout du toit d'un bâtiment et le sol naturel. / Les combles peuvent être aménagés ou rendus habitables. / 10.2. Hauteurs / 10.2.1. Dans l'ensemble de la zone La hauteur des constructions ne peut comporter plus de deux niveaux et ne doit pas excéder 7 mètres à l'égout du toit () ".
18. En l'espèce, il résulte des dispositions précitées que la hauteur de la construction se détermine au regard de l'égout du toit. Eu égard aux éléments à prendre en compte pour déterminer la hauteur de la construction, les dispositions de l'article UG 10 fixant la hauteur maximale des constructions ne s'appliquent qu'aux projets dotés d'un égout du toit, et non à l'ensemble des constructions. Dès lors, les antennes de télécommunication comme celle du projet litigieux, si elles constituent des constructions, n'entrent pas dans le champ d'application de l'article UG 10.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles R. 111-27 du code de l'urbanisme et de l'article UG 11 du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Rose
19. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme: " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. " Et, aux termes de l'article UG 11 du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Rose : " 11.1. Dispositions générales / La situation des constructions, leur architecture, leurs dimensions et leur aspect extérieur doivent être adaptées au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. () " Ces dernières dispositions ont le même objet que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et posent des exigences qui ne sont pas moindres. Dès lors, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée.
20. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel de nature à fonder un refus de permis de construire ou une opposition à une déclaration de travaux ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis ou la non-opposition, il appartient à l'autorité compétente d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
21. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette de l'antenne en acier litigieuse de trente mètres de haut est entouré immédiatement d'un centre commercial et d'habitations à l'ouest, au sud et à l'est. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit au point 8 que ce site ne peut être regardé comme s'inscrivant en continuité avec l'espace côtier sensible de l'anse de Nogent et ne comporte pas de végétations remarquables. Dans ces conditions, le lieu d'implantation du projet ne présente pas d'intérêt particulier au sens des dispositions citées au point 19. Par suite, malgré la hauteur de l'antenne de télécommunication litigieuse, qui, au demeurant, a été réduite d'un tiers par rapport au permis de construire initial, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le maire de Sainte-Rose ne s'est pas opposé à la déclaration préalable présentée par la société Outremer Télécom.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles R. 111-27 du code de l'urbanisme et de l'article 1.2 du chapitre I du titre V du PPRN de Sainte-Rose
22. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. "
23. En l'espèce, d'une part, s'il ressort des pièces du dossier que l'antenne litigieuse est située en zone présentant un aléa liquéfaction quel que soit son niveau, les requérants n'établissent pas que le projet porterait atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique. D'autre part, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que les requérants ne peuvent utilement se prévaloir des dispositions de l'article 1.2 du chapitre I du titre V du PPRN de Sainte-Rose. Par suite, le moyen doit être écarté.
Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :
24. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".
25. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 19 mai 2023 en tant qu'il méconnaît l'article UG 3 du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Rose. Toutefois, ce vice est régularisable. Les parties ayant été informées de ce que le tribunal était susceptible de surseoir à statuer en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, il y a lieu de surseoir à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, dans l'attente de la notification au tribunal d'une décision de non-opposition à déclaration préalable délivrée au pétitionnaire par le maire de Sainte-Rose régularisant les vices précités. Il y a lieu de réserver tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'a pas été expressément statué par ce jugement, jusqu'en fin d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Avant de statuer sur les conclusions du requérant tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 mai 2023 du maire de Sainte-Rose, il est sursis à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de la notification de la présente décision, dans l'attente de la notification au tribunal d'une décision de non-opposition à déclaration préalable délivrée à la société Outremer Telecom par le maire de Sainte-Rose régularisant le vices relevé au point 16 de la présente décision et tenant en la méconnaissance de l'article UG 3 du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Rose.
Article 2 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par la présente décision, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme G B, à M. L D, à M. A K, à M. C I, à M. H F, à M. E J, à la société Outremer Telecom et à la commune de Sainte-Rose.
Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gouès, président,
Mme Le Roux, conseillère,
Mme Sollier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2024.
La rapporteuse,
Signé
M. SOLLIER
Le président,
Signé
S. GOUÈS
La greffière,
Signé
A. CETOL
La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
L'adjointe à la greffière en chef
Signé
A. CETOL
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026