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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2301259

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2301259

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2301259
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 octobre 2023 et le 15 janvier 2024, M. A C, représenté par Me Diallo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2023 par lequel le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les articles L. 423-23, L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est entré en France le 14 mars 2019, qu'il vit chez sa mère qui bénéficie d'une carte de résident, qu'il a une sœur de nationalité française, qu'il poursuit ses études et est licencié dans un club de football ;

- il est illégal compte tenu de la situation d'insécurité régnant en B.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 janvier 2024, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen soulevé n'est fondé.

Par ordonnance du 9 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 9 avril 2024.

Vu :

- l'ordonnance du juge des référés n° 2301260 en date du 23 octobre 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sollier,

- et les observations de Me Diallo, représentant M. C, présent,

- le préfet de la Guadeloupe n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant haïtien, né le 15 décembre 2023 à Port-au-Prince (B), est entré en France le 14 mars 2019 selon ses déclarations et a sollicité, le 28 mars 2023, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 12 septembre 2023, dont M. C demande l'annulation, le préfet de la Guadeloupe l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment des nombreux certificats de scolarité, bulletins scolaires, factures et attestations, que M. C, est entré mineur sur le territoire français pour rejoindre sa mère, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 27 novembre 2024, qui contribue à son entretien et son éducation, payant notamment ses frais de scolarité, chez laquelle il vit depuis le 14 mars 2019, soit plus de quatre ans à la date de la décision attaquée, avec sa demi-sœur, ressortissante française. Il a été scolarisé dès le mois de septembre 2019 en classe de troisième, a obtenu son diplôme national du brevet en 2020 et son diplôme de baccalauréat professionnel en 2023 et est inscrit, à la date de la décision attaquée, à l'université des Antilles pour l'année 2023-2024. Par ailleurs, M. C est licencié dans un club de football depuis l'année 2022. Enfin, le requérant soutient sans être contesté ne plus avoir de contacts avec son père et ses sœurs demeurés en B depuis son arrivée en France, en raison de la situation de violence régnant dans son pays d'origine. Dans ces conditions, compte tenu de l'intégration personnelle et scolaire de l'intéressé et de la durée de sa présence en France, la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen de la requête, que la décision du 12 septembre 2023 du préfet de la Guadeloupe doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard aux motifs de l'annulation, le présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans la situation de droit ou de fait de M. C, que l'administration délivre à cette dernière une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale ". Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de délivrer au requérant un tel titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 12 septembre 2023, par lequel le préfet de la Guadeloupe a refusé de délivrer à M. C un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guadeloupe de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. C, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au le préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2019, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Biodore, conseillère,

Mme Sollier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteuse,

Signé

M. SOLLIER

Le président,

Signé

S. GOUÈS La greffière,

Signé

N. ISMAËL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe à la greffière en chef

Signé

A. CETOL

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