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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2301305

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2301305

jeudi 30 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2301305
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP EZELIN-DIONE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de la Guadeloupe a rejeté la requête de Mme A..., technicienne de laboratoire contractuelle du CHU de Guadeloupe, qui demandait sa réintégration et le versement de ses salaires à compter du 15 mai 2023. La requérante soutenait que son contrat était toujours en cours à cette date et que la fin de l'obligation vaccinale contre la Covid-19 devait entraîner sa réintégration. Le tribunal a jugé que le contrat de Mme A... avait expiré le 30 novembre 2021, pendant sa période de suspension, et que le CHU était en situation de compétence liée pour ne pas le renouveler, sans avoir à respecter les procédures de non-renouvellement. La requête a été déclarée irrecevable pour tardiveté et, à titre subsidiaire, non fondée, les textes applicables (loi du 5 août 2021 et décret du 13 mai 2023) ne permettant pas la réintégration d'un agent dont le contrat a pris fin avant la levée de la suspension.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 19 octobre 2023 et 23 janvier 2025, Mme B... A..., représentée par Me Ezelin, demande au tribunal :

1°) d’enjoindre au centre hospitalier universitaire de Guadeloupe (CHU) de prononcer sa réintégration à compter du 15 mai 2023 ;

2°) d’enjoindre au CHU de lui verser la totalité de ses salaires, primes et indemnités à compter du 15 mai 2023 ;

3°) d’enjoindre au CHU de la rétablir dans ses droits : sociaux, de congé, prévoyance, statutaire, avancement, ancienneté, pension et droits dus à compter du 15 mai 2023 ;

4°) d’assortir ces injonctions d’une astreinte de 150 euros par jour de retard à compter du 2ème jour suivant la notification de la décision à intervenir ;

5°) de condamner le CHUG à lui verser la somme de 20 000 euros pour provision au titre des préjudices subis par la décision de rejet implicite de réintégration et d’affectation à compter du 15 mai 2023 ;

6°) de mettre à la charge du CHUG la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




Elle soutient que :
- elle a été recrutée en qualité de technicienne de laboratoire par le CHU à compter du 9 janvier 2017, par un premier contrat à durée déterminée qui sera renouvelé jusqu’au 31 mai 2021 ;
- par un courrier du 2 février 2023 adressé au CHU, elle demandait que lui soit versée une provision sur ses salaires non perçus depuis le 3 novembre 2021 et une indemnisation de son préjudice ;
- pourtant, à la date du 15 mai 2023, date de réintégration des agents publics et privés suspendus pour ne pas avoir satisfait à l’obligation vaccinale contre le covid 19, son contrat de travail était toujours en cours, ce qui empêchait qu’elle soit suspendue ;
- si son contrat n’a pas été renouvelé à compter du 1er juin 2021, c’est en méconnaissance des procédures prévues par le décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels et du courrier du CHU du 27 juin 2023, qui rappelle qu’une décision de non-renouvellement de contrat à durée déterminée sera précédée du délai légal de prévenance. Elle ne dispose au demeurant pas de décision lui notifiant le non-renouvellement de son contrat, ni n’a bénéficié d’un entretien préalable. Il ne lui a pas été remis son attestation Pôle Emploi le 29 juin 2023 avec son certificat de travail.
- elle est donc fondée à réclamer sa réintégration au titre de l’article 14 de la loi du 5 août 2021, du décret du 13 mai 2023, du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels ;
- contrairement à ce que soutient le CHUG en défense, il n’était pas en situation de compétence liée pour ne pas la réintégrer, dans la mesure ou en application du décret n°2023-368 du 13 mai 2023 « la fin de l’obligation vaccinale met fin au motif de suspension … » ;
- sa demande indemnitaire a été précédée d’un réclamation préalable née du rejet implicite de sa demande de réintégration.


Par deux mémoires en défense, enregistrés les 21 novembre 2024 et 19 février 2025, le centre hospitalier universitaire de Guadeloupe, représenté par Me Lacroix, conclut à titre principal à l’irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet au fond et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

Sur la recevabilité :

- les conclusions principales à fin d’injonction sont irrecevables dès lors qu’elle ne présente pas de conclusions tendant à l’annulation d’une décision refusant sa réintégration ; les conclusions nouvelles demandant de constater l’illégalité de la décision de suspension sont présentées après l’expiration du délai de recours contentieux et sont irrecevables ;
- les conclusions indemnitaires d’un montant de 20 000 euros ne sont pas précédées d’une demande préalable ; de plus si elle sollicite le paiement de ses salaires, primes et indemnités, elle ne chiffre pas ses demandes ;
- à titre subsidiaire, la requête est tardive. En effet, si par courrier du 16 juin 2023, la requérante sollicitait sa réintégration, elle est tardive à contester le 19 octobre 2023, la décision implicite de rejet de cette demande.


Sur le bien-fondé :

- il résulte des articles 12 et 14 de la loi 2021-1040 du 5 août 2021 et du décret 2023-368 du 13 mai 2023, que le contrat de la requérante, dont l’échéance était prévue au 30 novembre 2021, a pris fin aux cours de la période de suspension qui prenait fin le 14 mai 2023, ce qui n’imposait nullement que la fin de son contrat soit formellement établie, ni que les procédures relatives au non-renouvèlement de contrat soient mises en œuvre, dès lors que le CHUG était en situation de compétence liée ;
- enfin, la requérante ne démontre aucunement la réalité de ses préjudices et n’établit pas un lien de causalité entre ceux-ci et la prétendue faute du CHUG.

Vu les pièces du dossier.

Vu :
- la loi 2021-1040 du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire ;
- le décret n° 2023-368 du 13 mai 2023 relatif à la suspension de l'obligation de vaccination contre la covid-19 des professionnels et étudiants ;
- le code de justice administrative.

Par une ordonnance du 21 février 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 21 mars 2025 à 12h00.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Santoni, président rapporteur,
- et les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur publique.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Santoni, président rapporteur,
- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur publique,
- les observations de Me Ezelin, pour la requérante, qui maintient ses conclusions et rappelle l’évidence d’un préjudice à avoir été suspendue de ses fonctions puis ne pas avoir été réintégrée le 15 mai 2023,
- et les observations de Me Brédent, substituant Me Lacroix, pour le centre hospitalier universitaire de Guadeloupe qui maintient ses conclusions.


Considérant ce qui suit :

1. Mme B... A..., technicienne de laboratoire, qui a été recrutée par le CHU à compter du 9 janvier 2017 et par un premier contrat à durée déterminée qui sera renouvelé jusqu’au 31 mai 2021, a été suspendue de ses fonctions à compter du 3 novembre 2021 au motif que l’intéressée n’avait pas satisfait à ses obligations vaccinales contre le COVID 19.


2. Par le présent recours, Mme B... A... demande au tribunal, d’une part, de réparer ses préjudices résultant de l’illégalité de la décision de non réintégration dans ses fonctions à compter du 15 mai 2023, d’autre part, d’enjoindre au CHU de prononcer sa réintégration à compter du 15 mai 2023, de procéder au versement de la totalité de ses salaires, primes et indemnités dus à compter de cette date, ainsi que de la rétablir dans ses droits.


En ce qui concerne la réparation des préjudices résultant de l’illégalité de la décision de non réintégration dans ses fonctions :

3. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : « I. Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre
la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique (…). » Aux termes de l’article 13 de la même loi : « I. -Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. (…) / (…) / 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication. Ce certificat peut, le cas échéant, comprendre une date de validité. / (…). » Aux termes de l'article 14 de cette loi : « I. / (…) / B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l’article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n’ont pas présenté les documents mentionnés au I de l’article 13 ou, à défaut, le justificatif de l’administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l’article 12. / (…) / III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. (…) / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. / Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit. / (…). Lorsque le contrat à durée déterminée d’un agent public non titulaire est suspendu en application du premier alinéa du présent III, le contrat prend fin au terme prévu si ce dernier intervient au cours de la période de suspension (…) ».

4. Aux termes de l’article 41 du décret susvisé du 6 février 1991 : « Lorsque l'agent contractuel a été recruté pour une période déterminée susceptible d'être reconduite, l'autorité signataire du contrat notifie à l'intéressé son intention de renouveler ou non le contrat, au plus tard :1° Le huitième jour précédant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée inférieure à six mois ;2° Au début du mois précédant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à six mois et inférieure à deux ans ;3° Au début du deuxième mois précédant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée supérieure à deux ans. Lorsqu'il lui est proposé de renouveler son contrat, l'agent dispose d'un délai de huit jours pour faire connaître, le cas échéant, son acceptation. Faute de réponse dans ce délai, l'intéressé est présumé renoncer à l'emploi ».


5. Par un courrier du 21 octobre 2021, le CHU informait la requérante que malgré un dernier rappel daté du 14 octobre 2021 qui lui indiquait de fournir les éléments demandés sous huitaine, aucun certificat de rétablissement ou de contre-indication médicale à la vaccination contre le COVID 19 n’était parvenu dans les services du CHU et qu’elle serait suspendue de ses fonctions à compter du 3 novembre 2021.

6. Pour justifier ses demandes indemnitaires, Mme B... A... soutient que le CHU ne pouvait pas ne pas renouveler son contrat sans respecter le décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels, en citant son article 41 et précisant qu’elle n’avait pas bénéficier d’un entretien préalable ni d’un délai de prévenance. Elle soutient également qu’elle ne dispose au demeurant pas de décision lui notifiant le non-renouvellement de son contrat et qu’il ne lui a pas été remis son attestation Pôle Emploi.

7. Toutefois, alors qu’il résulte de l’instruction que la suspension de ses fonctions est effective depuis le 27 octobre 2021, et quand bien même celle-ci serait entachée d’une irrégularité, le CHU, constant la suspension de fonction en l’absence de document médical retenu à l’article 12 de la loi du 5 août 2021, était tenu de mettre fin au contrat de l’intéressée et de ne pas le renouveler. Ainsi, si Mme B... A... a entendu contester une décision de refus de réintégration dans ses fonctions en arguant de la suspension de l’obligation de vaccination contre le covid-19 prévue par l’article 12 de la loi du 5 août 2021 susvisée depuis l’effectivité du décret 2023-368 susvisé du 13 mai 2023, elle ne présente aucun moyen opérant permettant de démontrer l’illégalité de cette décision. Elle ne remet donc pas en cause la compétence liée du CHU pour ne pas renouveler son contrat prenant fin au terme prévu et intervenant au cours de la période de suspension en application de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 et ne peut davantage soutenir qu’à la date du 15 mai 2023, son contrat, arrivant à son terme le 31 mai 2021, était toujours en vigueur. En l’absence d’illégalité de la décision du non renouvellement de contrat, les conclusions indemnitaires présentées par la requérante doivent être rejetées.

En ce qui concerne les conclusions à fin d’injonction :

8. Eu égard à l’absence d’illégalité de la décision refusant le renouvellement de son contrat de travail, les conclusions de Mme B... A... tendant à ce qu’il soit enjoint à l’administration de prononcer sa réintégration à compter du 15 mai 2023, de lui verser la totalité de ses salaires, primes et indemnités à compter du 15 mai 2023 et de la rétablir dans ses droits à compter du 15 mai 2023, doivent, en tout état de cause, être rejetées.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A..., titulaire désormais d’un contrat à durée indéterminée avec le CHU, doit être rejetée en toutes ses conclusions, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense.

10. Dans les circonstances de l’espèce, les conclusions du CHU présentées au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.



D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B... A... est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier universitaire de Guadeloupe sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au centre hospitalier universitaire de Guadeloupe.


Délibéré après l’audience du 16 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Laurent Santoni, président,
Mme Valérie Biodore, conseillère,
Mme Marie Sollier, conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2025.


Le président rapporteur,
Signé :
J-L SANTONI
L’assesseure la plus ancienne,
Signé :
V. BIODORE


La greffière,

Signé :

L. LUBINO


La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière

Signé :

L. LUBINO


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