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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2301372

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2301372

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2301372
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCOTELLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Edwidge, demande au Tribunal :

1°) de condamner la chambre d'agriculture de la Guadeloupe à lui verser la somme de 119 500 euros, en réparation de son préjudice financier ;

2°) de mettre à la charge de la chambre d'agriculture de la Guadeloupe la somme de 5 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en acceptant de fournir aux usagers, en contrepartie d'une somme d'argent, un service d'appui au dépôt des demandes d'aides de la politique agricole commune, la chambre d'agriculture de la Guadeloupe avait une obligation de résultat dans la réalisation de cette prestation ;

- la chambre d'agriculture de la Guadeloupe a commis une faute en s'abstenant de délivrer sa déclaration de surface ainsi que son dossier de demande d'aide au développement et au maintien du cheptel allaitant pour la campagne 2021 ;

- cette faute lui a causé directement un préjudice financier, dès lors que l'aide escomptée de 5 700 euros, non perçue en 2021, a entraîné des difficultés financières au sein de son exploitation, l'obligeant à procéder à des abattages, engendrant ainsi une perte financière supplémentaire de 113 800 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2024, la chambre d'agriculture de Guadeloupe, représentée par Me Cotellon, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B la somme de 5 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir, à titre principal, que sa demande est irrecevable et, à titre subsidiaire, qu'elle est mal fondée.

Elle fait valoir que :

- la requête de M. B est irrecevable car tardive ;

- M. B n'apporte pas la preuve d'avoir mandaté la chambre d'agriculture de la Guadeloupe pour réaliser sa demande d'ADMCA avant le 15 juin 2021, date de fin du dépôt des demandes d'aides PAC pour la campagne 2021 ;

- le préjudice financier dont se prévaut le requérant est hypothétique et son montant est disproportionné par rapport à celui de l'aide sollicitée sans succès.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions tendant à la condamnation de la chambre d'agriculture de la Guadeloupe à réparer le préjudice subi lié à l'exécution des prestations relatives au dépôt des demandes d'aides prévues par les règlements relatifs à la politique agricole commune, instituées par l'article 3 de l'ordonnance n° 2019-59 du 30 janvier 2019, qui ne peuvent être regardées comme se rattachant à l'exécution d'un service public à caractère administratif.

Des observations au moyen relevé d'office, enregistrées le 24 septembre 2024, ont été présentées pour le requérant et ont été communiquées.

Le 17 avril 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, que l'affaire était susceptible d'être audiencée au mois de septembre 2024, et que l'instruction était susceptible d'être close immédiatement à compter du 28 juin 2024.

Par ordonnance du 8 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- l'ordonnance n°2019-59 du 30 janvier 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sollier,

- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public,

- et les observations de Me Cotellon, représentant la chambre d'agriculture de la Guadeloupe.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, exploitant agricole, a sollicité l'aide de la chambre d'agriculture de la Guadeloupe pour le dépôt de sa demande de subventions au titre de la politique agricole communique (PAC) pour l'année 2021, plus précisément de l'aide au développement et au maintien du cheptel allaitant (ADMCA). Cependant, il ne s'est jamais vu octroyer le bénéfice de l'aide escomptée au motif que, faute d'être conforme, le dossier transmis par la chambre d'agriculture à la direction de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt de la Guadeloupe n'a pas été pris en compte par cette dernière. Par courrier du 31 août 2022, M. B a adressé à la chambre d'agriculture de la Guadeloupe une demande indemnitaire préalable tendant au versement de la somme de 70 500 euros en réparation des préjudices subis de ce fait. Cette demande a été rejetée par la chambre d'agriculture de la Guadeloupe par courrier d'avocat du 21 septembre 2022. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner la chambre d'agriculture de la Guadeloupe à lui verser la somme de 119 500 euros en réparation de son préjudice financier.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 510-1 du code rural et de la pêche maritime : " Le réseau des chambres d'agriculture se compose des chambres départementales d'agriculture, des chambres régionales d'agriculture et de l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture. / Il comprend également des chambres interdépartementales [] / Les établissements qui composent le réseau des chambres d'agriculture ont, dans le respect de leurs compétences respectives, une fonction de représentation des intérêts de l'agriculture auprès des pouvoirs publics et des collectivités territoriales. / Ils contribuent, par les services qu'ils mettent en place, au développement durable des territoires ruraux et des entreprises agricoles, ainsi qu'à la préservation et à la valorisation des ressources naturelles et à la lutte contre le changement climatique. () " Aux termes de l'article L. 511-4 du code rural et de pêche maritime, dans sa version en vigueur du 23 février au 31 décembre 2022 : " Dans le cadre de sa mission d'animation et de développement des territoires ruraux la chambre départementale d'agriculture : / 1° Elabore et met en œuvre, seule ou conjointement avec d'autres établissements du réseau, des programmes d'intérêt général regroupant les actions et les financements concourant à un même objectif. Les services rendus par la chambre aux entreprises agricoles sont retracés dans ces programmes ; / 2° Crée et gère un centre de formalités des entreprises compétent pour les personnes exerçant à titre principal des activités agricoles et leur apporte tous conseils utiles pour leur développement. Les conditions dans lesquelles la chambre d'agriculture conserve et utilise les informations recueillies dans l'exercice de cette mission sont déterminées par décret ; / 3° Peut remplir, par délégation de l'Etat et dans des conditions fixées par décret, des tâches de collecte, de traitement et de conservation des données individuelles relatives aux exploitations agricoles aux fins de simplifier les procédures administratives qui leur sont applicables ; / 4° Assure une mission de service public liée à la politique d'installation pour le compte de l'Etat, dont les modalités sont définies par décret. En Corse, cette mission est confiée à l'établissement mentionné à l'article L. 112-11 ; / 5° Contribue à l'amélioration de l'accès des femmes au statut d'exploitante, par la mise en place d'actions et la diffusion d'informations spécifiques. " Aux termes de l'article 1 de l'ordonnance n°2019-59 du 30 janvier 2019 relative à l'exercice et au transfert, à titre expérimental, de certaines missions dans le réseau des chambres d'agriculture " A titre expérimental et pour une durée de trois ans à compter de la publication de la présente ordonnance : 1° Les chambres départementales d'agriculture, les chambres interdépartementales d'agriculture et les chambres de région exercent, dans un cadre départemental, les missions nouvelles mentionnées aux articles 2 et 3 ; () ". Aux termes de l'article 3 de la même ordonnance : " Les établissements mentionnés au 1° de l'article 1er fournissent aux exploitants agricoles, dans chaque département :

1° Un service d'appui au dépôt des demandes d'aides prévues par les règlements relatifs à la politique agricole commune ; () Ces services sont fournis à titre onéreux aux exploitants qui les sollicitent. "

3. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'en complément de ses missions d'intérêt général et de celles de service public administratif, une chambre d'agriculture peut fournir par ses propres services des prestations rémunérées d'accompagnement des exploitants agricoles dans le dépôt des demandes d'aides prévues par les règlements relatifs à la politique agricole commune. Ces prestations non obligatoires, assurées contre rémunération et dont l'objet ne se distingue aucunement de prestations qui pourraient être proposées par des personnes privées, ne peuvent être regardées comme se rattachant à l'exécution même du service public à caractère administratif confié aux chambres d'agriculture par le législateur.

4. En l'espèce, il ressort des écritures du requérant que ce dernier a missionné " le service dédié de la Chambre d'Agriculture de la Guadeloupe pour réaliser sa déclaration de demande d'aides PAC, notamment celles relatives à l'Aide au Développement et au Maintien du Cheptel Allaitant (ADMCA), ainsi que du complément veaux ". Cette prestation individuelle et rémunérée se rattache au service d'appui au dépôt des demandes d'aides prévues par les règlements relatifs à la politique agricole commune institué par les dispositions précitées de l'article 3 de l'ordonnance n° 2019-59 du 30 janvier 2019 relative à l'exercice et au transfert, à titre expérimental, de certaines missions dans le réseau des chambres d'agriculture. Dès lors, eu égard à l'objet, au mode de financement et aux modalités de fonctionnement de ce service, le litige soulevé par la requête de M. B, qui concerne des rapports de droit privé entre un service public à caractère industriel et commercial, confié aux chambres d'agricultures, et un particulier, n'est pas au nombre de ceux dont il appartient au juge administratif de connaître. Par suite, ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur les frais liés au litige :

5. En premier lieu, que les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la chambre d'agriculture de Guadeloupe, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En second lieu, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme demandée par la chambre d'agriculture de Guadeloupe au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Les conclusions présentées par la chambre d'agriculture de la Guadeloupe, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la Chambre d'agriculture de la Guadeloupe.

Copie pour information en sera adressée au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Biodore, conseillère,

Mme Sollier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

La rapporteuse,

Signé

M. SOLLIER

Le président,

Signé

S. GOUÈSLa greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe à la greffière en chef

Signé

A. CETOL

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