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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2301522

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2301522

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2301522
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantABENAQUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 janvier 2024 et le 6 juin 2024, Mme B A, représentée par Maître Valerius, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2023 par lequel le préfet de la Guadeloupe lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée, l'a contrainte à se présenter trois fois par semaine à la Direction départementale de la police aux frontière et lui a fait interdiction de sortir du territoire de la Guadeloupe sans autorisation ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

Mme A soutient que l'arrêté pris dans son ensemble est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la réalité de ses attaches personnelles sur le territoire français.

Par un mémoire enregistré le 6 juin 2024, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Ceccarelli, première conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. Mme. A, né le 22 juillet 1974 à Leogane, de nationalité haïtienne, a présenté, le 11 avril 2023, une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile. Par arrêté du 13 octobre 2023, le préfet de la Guadeloupe a rejeté cette demande de titre de séjour et a fait obligation à Mme A de quitter le territoire national dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

3. En l'espèce, Mme. A expose que le centre de ses intérêts privés et familiaux se situe exclusivement en France, territoire au sein duquel elle réside depuis plus de cinq ans, aux côtés de son concubin, un ressortissant haïtien titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2029 et de leur enfant né en 2020. Bien que le préfet de la Guadeloupe affirme, pour justifier sa décision, que la requérante n'apporte pas de preuve de sa communauté de vie avec son concubin, elle verse au dossier un certificat de concubinage en date du 13 novembre 2023, ainsi que plusieurs attestations de proches qui précisent qu'ils sont concubins depuis le 19 septembre 2019, soit depuis près de cinq ans. Le propriétaire bailleur du couple atteste même qu'ils sont ses locataires et vivent sous le même toit depuis cette date. Dès lors l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnait l'article L. 423-24 / L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête que Mme. A est fondée à demander l'annulation de la décision du 21 décembre 2023 par laquelle le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique qu'il soit enjoint d'office au préfet de la Guadeloupe de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 13 octobre 2023 par lequel le préfet de la Guadeloupe lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée, l'a contraint à se présenter trois fois par semaine à la Direction départementale de la police aux frontière et lui a fait interdiction de sortir du territoire de la Guadeloupe sans autorisation, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guadeloupe de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Laurent Santoni, président,

Mme Ceccarelli Charlotte, première conseillère,

Mme Kenza Bakhta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. CECCARELLI

Le président

Signé

J-L. SANTONI

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

L'adjointe de la greffière en chef,

Signé

A. Cétol

N°230152

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