mardi 5 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2301602 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 décembre 2023, M. B A doit être regardé comme demandant au Tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 décembre 2023, par laquelle le président du conseil départemental de la Guadeloupe a rejeté son recours administratif préalable obligatoire relatif à l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 1 488 euros mis à sa charge pour la période du 1er novembre 2020 au 30 avril 2021 ;
2°) de lui accorder la remise gracieuse de dette de 1 488 euros, correspondant au trop-perçu de revenu de solidarité active et de le décharger du paiement de cette somme.
Il soutient que :
- il a sollicité une remise concernant sa dette de 1 488 euros de trop-perçu, considérée à tort comme une manœuvre frauduleuse ou fausse déclaration, ce qui n'est pas le cas car il n'a pas "omis délibérément de déclarer" ; il ne savait pas qu'il devait déclarer auprès de la Caisse d'allocations familiales l'aide qu'il recevait de sa mère ; de ce fait, il a encore reçu une dette de 4 235,01 euros ; la Caisse n'a pas répondu à sa demande d'information du trop-perçu bien qu'il vive une période difficile, à la suite de son agression au mois de février 2022 ;
- à la suite de celle-ci, il a déclenché une dépression post-traumatique et perdu son emploi ainsi que son logement, pour être hébergé aujourd'hui chez sa mère pour faciliter les soins psychologiques et physiques dont il a besoin ; il vit toujours une situation difficile dès lors que ses agresseurs ne sont toujours pas punis malgré plusieurs mois de procédure ; il est actuellement sans indemnité chômage, sans revenu de solidarité active et pas encore apte à retravailler, ce qui explique qu'il sollicite une compréhension vis-à-vis de sa situation, en souhaitant être déchargé de sa dette de 1 488 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2024, le conseil départemental de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à la suite de la transmission des ressources de l'année 2020 de M. A, la caisse d'allocations familiales a constaté une différence entre les ressources trimestrielles déclarées et celles annuelles pour bénéficier du revenu de solidarité active ou de la prime d'activité ;
- au vu des éléments communiqués par l'intéressé, la Caisse a conclu à une manœuvre frauduleuse de sa part et transmis la créance au Département pour recouvrement.
La requête a été communiquée, le 15 février 2023, à la caisse d'allocations familiales de la Guadeloupe et de Saint-Martin, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais, en application des dispositions de l'article R. 772-8 du code de justice administrative, seulement les pièces du dossier, enregistrées, le 14 octobre 2024, au greffe du Tribunal.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Sabatier-Raffin, par une décision du 6 septembre 2021, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges visés audit article.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, et en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, en présence de la greffière d'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sabatier-Raffin ;
- et les observations orales des représentantes du conseil départemental de la Guadeloupe et de la caisse d'allocations familiales de la Guadeloupe et de Saint-Martin.
M. A n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à 10 h 35, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite de la mise à jour du dossier de M. A, bénéficiaire du revenu de solidarité active, celui-ci a été informé, par lettres des 1er février 2022 et 26 mai 2023 de la caisse d'allocations familiales de la Guadeloupe, qu'elle avait constaté une différence entre les ressources qu'il avait déclarées et celles annuelles. Compte tenu de la révision de ses ressources, un indu d'un montant de 1 488 euros a été en conséquence décelé pour la période du 1er novembre 2020 au 30 avril 2021 et transmis au département de la Guadeloupe. Le 17 juin 2023, celui-ci a mis en œuvre une procédure d'exécution forcée pour la récupération de cette créance. M. A a contesté le trop-perçu mis à sa charge, par un recours qui a été rejeté par la décision en date du 12 décembre 2023 du président du conseil départemental. Par la présente requête, M. A demande au Tribunal l'annulation de cette décision et de lui accorder la remise gracieuse de cet indu de 1 488 euros.
Sur le bien-fondé de l'indu :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : "Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire", a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre.().". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : "(). / L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, ()." Et, aux termes de l'article R. 262-6 dudit code : "Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. / ().".
3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision, qui, en remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'aide au logement, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération de l'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qu'il lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
4. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active en litige résulte d'un contrôle sur la situation de M. A, effectuée par la caisse d'allocations familiales. Ainsi qu'elle le précise à l'intéressé dans son courrier du 1er février 2022, elle a constaté "une différence entre les ressources que M. A a déclarées chaque trimestre pour bénéficier du revenu de solidarité active ou de la prime d'activité et ses ressources annuelles". En effet, le conseil départemental fait valoir que M. A a déclaré auprès des services fiscaux, sans qu'il le conteste, dans la rubrique "Pension alimentaire", les sommes de 5 959 euros en 2020, soit environ 496 euros par mois, et de 7 500 euros en 2021, soit 625 euros mensuels, alors que, pour la même période, il n'a indiqué aucune ressource à la caisse d'allocations familiales sur ses déclarations trimestrielles. Toutefois, en application des dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles, et mentionnées au point 2, le calcul du revenu de solidarité active est déterminé par l'ensemble de ressources de quelque nature que ce soit. De ce fait, le conseil départemental fait valoir que M. A a fait une fausse déclaration et s'est rendu ainsi coupable de manœuvre frauduleuse. Le requérant soutient qu'il est de bonne foi, qu'il n'a pas "omis délibérément de déclarer", mais, seulement, au motif qu'il ne savait pas qu'il fallait signaler à la Caisse l'aide financière que lui apportait sa mère. Ceci explique qu'il a effectué immédiatement un premier remboursement d'un montant de 4 235,01 euros et le solde restant dû de 1 488 euros (4 235,01 € + 1 488 € = 5 723,01 €). En étant bénéficiaire du revenu de solidarité active, M. A ne pouvait ignorer son obligation de déclaration complète de toutes ses ressources. Par suite, c'est à bon droit que le conseil départemental de la Guadeloupe a réclamé à l'intéressé l'indu en litige.
5. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à contester le bien-fondé de l'indu mis à sa charge.
Sur la demande de remise gracieuse :
6. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, dans sa rédaction applicable au litige : "Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / (). / La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration.". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.
7. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.
8. Si le conseil départemental fait valoir que l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de l'intéressé, il ne résulte pas de l'instruction que M. A ait voulu ni frauder, ni dissimuler sa situation, en ne déclarant pas l'aide financière apportée par sa mère, ainsi qu'il le soutient. Il reconnaît être dans une situation très difficile depuis le mois de février 2022, date à laquelle il a subi une agression, et, à la suite de laquelle, il a déclenché une dépression post-traumatique, perdu son emploi, rendu son logement et est hébergé chez sa mère, afin de faciliter ses soins psychologiques et physiques. Par ailleurs, le10 juin 2023, en réponse au courrier du 26 mai 2023 à la Caisse d'allocations familiales, il a précisé qu'il était, pour la période du 1er novembre 2020 au 30 avril 2021 en stage au sein du centre de formation professionnelle et de promotion agricole (CFPPA) du Lamentin, et avait besoin de l'aide de sa mère pour payer les frais journaliers d'essence et de repas, puisqu'il ne travaillait pas. Enfin, il est actuellement toujours sans emploi, ne bénéficiant ni d'allocations d'aide au retour à l'emploi, ni du revenu de solidarité active et n'est pas encore apte à retravailler, conformément aux attestations de son psychologue en date des 27 janvier et 14 juin ainsi que des certificats médicaux des 9 juin et 20 décembre 2023 délivrés par le médecin hospitalier de l'établissement public de santé mentale (EPSM) de la Guadeloupe, qu'il produit au soutien de ses écritures. Compte tenu de son état de santé, en lien avec l'agression dont il a été victime, qui a engendré un syndrome dépressif ainsi qu'une situation de stress post-traumatique et de sa nécessité d'être assisté par sa mère, il est à la fois fragilisé et précarisé sur les plans économique, financier et social. Il résulte de l'instruction que l'intéressé a déjà remboursé la somme de 4 235,01 euros sur un montant total de 5 723,01 euros, soit 74 % de sa dette, le solde s'élevant à 1 488 euros et qu'il se trouve encore dans un moment de détresse personnelle, ainsi qu'il le justifie. Par suite, et alors même que la mauvaise foi soulevée par l'administration n'est pas, en tout état de cause, établie, la situation de précarité et l'état de santé de M. A justifient que lui soit accordée la remise totale de cette dette résiduelle.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 12 décembre 2023 par laquelle le président du conseil départemental de la Guadeloupe a rejeté la demande de remise gracieuse totale d'une dette afférente à un indu du revenu de solidarité active présentée par M. A est annulée.
Article 2 : La remise totale du solde de la dette du revenu de solidarité active d'un montant de 1 488 euros au 17 juin 2023 est accordée à M. A.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au conseil départemental de la Guadeloupe.
Copie, pour information, en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Guadeloupe et de Saint-Martin.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
P. Sabatier-RaffinLa greffière,
Signé
N. Ismaël
La République mande et ordonne au ministre des Solidarités, de l'Autonomie et de l'Egalité entre les Femmes et les Hommes, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
L'adjointe de la greffière en chef,
Signé
A. Cetol
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026