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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2400069

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2400069

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2400069
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 18 et 26 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Djimi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2024 par lequel le préfet de la Guadeloupe l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de lui délivrer, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, une carte de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnait les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 juin 2024, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 4 juillet 2024 la clôture de l'instruction a été fixée au 15 août 2024 à 12h00.

Le requérant a produit un mémoire le 24 septembre 2024 qui n'a pas été communiqué.

Vu :

- l'ordonnance du juge des référés n°2400070 du 30 janvier 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bakhta, conseillère,

- et les observations de Me Djimi, représentant M. A.

Le préfet n'était ni présent, ni représenté.

Une note en délibéré, présentée pour M. A, a été enregistrée le 7 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant de nationalité haïtienne, né le 10 octobre 1989 à Port-au-Prince (Haïti), déclare être entré illégalement en France le 22 janvier 2013, à l'âge de 24 ans. Par arrêté en date du 11 janvier 2024, le préfet de la Guadeloupe l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. Par la présente requête, le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont inopérants à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas pour objet de refuser la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

3. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. M. A justifie fait valoir qu'il réside de manière habituelle et continue en France depuis le mois de mars 2013. Cependant, en se bornant à produire uniquement des avis d'impositions indiquant un revenu fiscal de référence équivalent à 0 sur la période comprise entre 2013 et 2016, il n'établit pas résider de manière stable, continue et habituelle sur le territoire avant 2017. Il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est marié en France le 27 avril 2017 avec une compatriote en situation irrégulière à la date de la décision litigieuse, avec laquelle il a eu trois enfants, nés en France, respectivement âgés de sept, quatre et un ans à la date de l'arrêté litigieux. S'il ressort des pièces du dossier que l'aîné de la fratrie est atteint d'un trouble autistique sévère qui nécessite une prise en charge pluridisciplinaire intensive, avec une taux d'incapacité fixé par décision de la maison départementale des personnes handicapées en date du 17 août 2021 égal ou supérieur à 50% et inférieur à 80%, justifiant l'octroi d'une allocation d'éducation de l'enfant handicapé et de l'aide humaine mutualisée aux élèves handicapés, il n'est pas contesté, comme le fait valoir le préfet en défense, que le requérant n'a pas demandé de titre de séjour en qualité de parent d'enfant malade et qu'aucune démarche n'a été effectuée auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Enfin, si le requérant se prévaut d'un contrat à durée indéterminée en date du 2 février 2022, il ne verse à l'instance que trois bulletins de salaires ainsi qu'une lettre de démission adressée à son employeur en date du 29 août 2023 et ne peut dès lors se prévaloir d'une insertion professionnelle particulière à la date de la décision attaquée, son nouveau contrat à durée indéterminée avec ce même employeur étant, au demeurant, postérieure à la décision attaquée. Dès lors, en obligeant M. A a quitté le territoire français, le préfet de la Guadeloupe n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Laurent Santoni, président,

Mme Charlotte Ceccarelli, première conseillère,

Mme Kenza Bakhta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

K. BAKHTA

Le président,

Signé

J-L. SANTONI

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe de la greffière en chef

Signé

A. Cétol

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