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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2400097

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2400097

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2400097
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 janvier 2024, M. B A, représenté par Maître Diallo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2023 par lequel le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il doit être regardé comme soutenant que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour, en méconnaissance de l'article L. 423-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a méconnu le jugement du tribunal de la Guadeloupe du 19 novembre 2021 enjoignant au réexamen dans un délai de 2 mois ;

- il a méconnu les dispositions des articles L. 722-1 et L. 731-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire enregistré le 6 juin 2024, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Charlotte Ceccarelli, première conseillère,

- et les observations de Me Diallo, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 22 juillet 1974 à Arcahaie, de nationalité haïtienne, a présenté, le 26 novembre 2020, une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L.423-3 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile qui a été rejetée par arrêté préfectoral. Par jugement du 19 novembre 2021, le tribunal administratif de la Guadeloupe a annulé cet arrêté et a enjoint le préfet de la Guadeloupe de procéder à l'examen de la demande de titre de séjour de M. A. Par arrêté du 22 novembre 2023, le préfet de la Guadeloupe a rejeté cette demande de titre de séjour et a fait obligation à M. A de quitter le territoire national dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par une ordonnance du 5 février 2024, le juge des référés du tribunal administratif de la Guadeloupe a suspendu l'exécution de cet arrêté et a enjoint à la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour vie privée et familiale. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler ce même arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, le requérant fait valoir que le préfet de la Guadeloupe a méconnu le jugement du tribunal de la Guadeloupe du 19 novembre 2021 enjoignant au réexamen dans un délai de 2 mois dès lors que le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire subséquente ont été pris le 22 novembre 2023. Pour regrettable qu'aient été les délais de réexamen pratiqués par la préfecture, cet état de fait qui n'a pas d'influence sur la légalité de la décision attaquée doit conduire à écarter ce moyen comme inopérant.

3. En deuxième lieu, le requérant fait falloir que l'acte attaqué aurait été pris en méconnaissance des articles L. 722-1 et L. 731-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, dès lors que le préfet de la Guadeloupe n'a pas ordonné l'assignation à résidence du requérant et n'a pas fondé sa décision sur l'une des précédentes obligations de quitter le territoire qui lui ont été délivrées, ces moyens ne peuvent qu'être écartés comme inopérant.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

5. En l'espèce, M. A se prévaut de l'ancienneté de sa présence sur le territoire français et apporte des preuves de sa présence en France depuis 2009, soit depuis quinze ans. Il affirme que le centre de ses intérêts privés et familiaux se situe exclusivement en France, territoire au sein duquel il s'est marié le 28 juin 2018 et a fondé une famille composée de six enfants, dont quatre sont issus de cette union. Il précise que trois de ses enfants présentent un handicap et affirme, sans en rapporter la preuve, qu'il est le seul à s'occuper de cinq d'entre eux car sa compagne réside dans l'Hexagone depuis la fin de l'année 2023 afin d'assurer le suivi médical de l'un d'eux. Le préfet de la Guadeloupe fait valoir que le requérant persiste à se maintenir sur le territoire, depuis 2010, en dépit de quatre obligations de quitter le territoire. Il ajoute, sans être contredit, que l'intéressé n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine au sein duquel il a passé l'essentiel de son existence et où se trouvent ses sœurs et son père. Dès lors qu'il n'y a aucun obstacle à ce que la cellule familiale du requérant se reconstitue dans un autre pays, le préfet de la Guadeloupe n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de mener une vie privée et familiale tel que protégé par les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, ni n'a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. M. A fait valoir que ses trois enfants souffrent de problèmes de santé, que sa femme est partie vivre en hexagone avec l'un d'entre eux et que l'intérêt supérieur des deux plus jeunes restés sous sa garde est de se maintenir sur le territoire à ses côtés. Si le requérant produit quelques documents médicaux attestant des problèmes de santé dont sont atteints ses enfants, il ne verse au dossier aucun élément relatif à un suivi médical spécifique dont ils bénéficieraient en Guadeloupe et ne fournit aucune pièce en lien avec le départ de sa femme et de sa fille en Hexagone. Dès lors que l'intéressé ne justifie pas d'un obstacle à la reconstitution de sa cellule familiale sur un autre territoire, l'arrêté contesté qui n'a ni pour objet ni pour effet de séparer les enfants de leurs parents ne méconnait pas les stipulations du paragraphe 1er de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En dernier lieu, il résulte des articles L. 432-13 et L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la commission du titre de séjour instituée dans chaque département est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné aux articles L. 423-23 et L. 435-1 du même code. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues à ces articles auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Dès lors, compte tenu de ce que le requérant ne peut utilement se prévaloir de l'article L. articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile conformément au point 5 du présent jugement, le préfet de la Guadeloupe n'était pas tenu de soumettre sa situation à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 23 octobre 2024 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Laurent Santoni, président,

Mme Ceccarelli Charlotte, première conseillère,

Mme Kenza Bakhta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. CECCARELLI

Le président,

Signé

J-L. SANTONI

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

L'adjointe de la greffière en chef,

Signé

A. Cétol

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