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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2400100

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2400100

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2400100
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Vérité Djimi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2023 par lequel le préfet de la Guadeloupe a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, dans un délai de trente jours, à destination de son pays ou de tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il réside habituellement et de manière continue sur le territoire français depuis 2019, qu'il est pleinement inséré au sein de la société française en ce qu'il a obtenu ses diplômes et poursuit ses études, qu'il a l'ensemble de toute sa famille dans l'hexagone à savoir sa mère, Mme A épouse C, ses frères, ses sœurs et son beau-père qui sont en situation régulière sur le territoire national.

Par une ordonnance du 13 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juillet 2024.

Le préfet de la Guadeloupe a produit un mémoire en défense reçu le 7 octobre 2024, non communiqué.

Vu :

- l'ordonnance n° 2400100 du 5 février 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Biodore,

- les observations de M. A.

Le préfet n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 21 octobre 2002 à Anse-à-Galets (Haïti), de nationalité haïtienne, serait entré irrégulièrement sur le territoire français le 12 mars 2019 afin d'y rejoindre sa tutrice. Il a déposé une demande d'admission au séjour au titre de la vie privée et familiale le 6 juin 2023. Par arrêté du 21 décembre 2023, le préfet de la Guadeloupe a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire national dans un délai de départ volontaire de 30 jours, à destination de son pays ou de tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le requérant est arrivé mineur sur le territoire français et qu'il produit de nombreux documents pour attester qu'il est bien inséré sur le territoire français où il vit depuis plus de quatre ans à la date de la décision attaquée. Pour l'année 2019, M. A joint une feuille de soins en date du 23 novembre 2019, une convocation datée du 19 décembre 2019 de l'académie de la Guadeloupe pour un test de positionnement visant à évaluer son niveau scolaire ainsi que des factures d'achat de fournitures scolaires et de téléphone mobile. Pour l'année 2020, figurent au dossier : une fiche d'entretien d'accueil des nouveaux arrivants du 13 janvier 2020, une lettre du 3 mars 2020 du recteur de l'académie de la Guadeloupe l'informant de l'impossibilité de l'affecter au lycée pour l'année scolaire 2019/2020 faute de place, une attestation établie le 26 août 2020 d'inscription au lycée professionnel Louis Delgrès au Moule pour l'année 2020/2021, un contrat d'assurance scolaire pour l'année 2020/2021 et des factures de fournitures scolaires. En ce qui concerne l'année 2021, l'intéressé produit ses bulletins scolaires en première professionnelle technique chaudronnerie industrielle. S'agissant de l'année 2022, figurent un certificat de scolarité, ses bulletins trimestriels, son relevé de notes à l'examen, la copie du certificat d'aptitude professionnelle qu'il a obtenu et un avis d'impôt sur les revenus 2022 établi en 2023. Enfin, pour l'année 2023, M. A joint au dossier un certificat de scolarité, une copie de son contrat d'apprentissage, un accusé réception d'une carte bancaire délivrée par le Crédit agricole le 3 juillet 2023 et quatre bulletins de paie de la société BK Auto où il est apprenti depuis septembre 2023. Il résulte de l'ensemble de ces documents que M. A doit être regardé comme ayant en France le centre de ses intérêts privés.

4. D'autre part, il ressort également des pièces du dossier que sa mère et son beau-père, qui se sont installés à Alençon dans l'Orne, bénéficient d'un titre de séjour régulier et d'un contrat de travail à durée indéterminée. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et notamment de ses conditions de séjour en France, la décision attaquée a porté au droit au respect de la vie privée et familiale que M. A tient de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 21 décembre 2023 par lequel le préfet de la Guadeloupe a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de l'article L. 911-3 du même code : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de délivrer à M. A une carte temporaire de séjour mention vie privée et familiale, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner l'Etat à verser la somme de 1 200 euros à M. A en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Guadeloupe du 21 décembre 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guadeloupe de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire vie privée et familiale dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 euros à M. A, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Biodore, conseillère,

Mme Sollier, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

V. BIODORE

Le président,

Signé

S. GOUÈS La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière en Chef,

Signé

M-L CORNEILLE

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