jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2400183 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LE SCOLAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 février 2024, Mme B A, représentée par Maître Le Scolan, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 22 novembre 2023 par laquelle le préfet de la Guadeloupe a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français avec délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination à savoir Haïti ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou un titre de séjour " salarié ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir avec astreinte de 100 euros par jour de retard;
3°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe, à titre complémentaire, de procéder à l'effacement du signalement de Mme A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant le temps de ce réexamen, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir avec astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
En ce qui concerne l'arrêté pris en son ensemble, elle soutient que :
- il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été précédé de la saisine de la commission du titre de séjour, en méconnaissance de l'article L. 432-13 et L. 426-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige ;
- il méconnaît l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par une ordonnance du 13 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 juillet 2024 à 12h00.
Le préfet de la Guadeloupe a produit un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2024.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 30 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Charlotte Ceccarelli, première conseillère.
- les observations de Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante de nationalité haïtienne, née le 15 octobre 1968 à Port-au-Prince (Haïti), déclare être entrée irrégulièrement en France le 17 avril 2001. Elle s'est vu délivrer un titre de séjour " salarié " valable du 28 juin 2022 au 27 juin 2023. Le 15 mai 2023, elle a sollicité le renouvellement de son titre sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 22 novembre 2023, le préfet de la Guadeloupe a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée. Par une ordonnance du 24 mai 2024, le juge des référés a rejeté sa requête tendant à obtenir la suspension de l'exécution de cette décision pour défaut d'urgence. Mme A a formé une demande d'aide juridictionnelle en date du 20 décembre 2023, qui lui a été accordée le 30 janvier 2024. Par une requête en date du 12 février 2024, elle sollicite du tribunal l'annulation de l'arrêté préfectoral du 22 novembre 2023. La requête de Mme A n'est donc pas tardive.
Sur les conclusions à fin d'annulation
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ".
3. En l'espèce, il ressort de la décision attaquée que le préfet de la Guadeloupe a refusé de renouveler le titre de séjour " salarié " de la requérante au motif qu'au jour de l'examen de sa demande elle n'occupait plus d'emploi, et ne produisait ni l'attestation de son précédent employeur destinée à France Travail justifiant la rupture du contrat de travail, ni l'avis de situation individuelle établi par cet organisme. Mme A fait toutefois valoir qu'elle n'était pas en possession de ces documents car son employeur a fermé, le 27 septembre 2022, le restaurant au sein duquel elle travaillait depuis dix ans sans en informer le personnel et sans mettre en œuvre de procédure de licenciement. Il ressort des pièces versées au dossier que le 1er février 2024, le conseil de prud'hommes de Pointe-à-Pitre a constaté son licenciement sans cause réelle et sérieuse et a condamné son employeur à la dédommager, ainsi qu'à lui remettre tous ses documents de fin de contrat afin qu'elle puisse s'inscrire à Pôle emploi. En outre, elle expose et justifie qu'à partir de l'année 2023, elle a effectué toutes les démarches légales relatives à l'ouverture de sa propre activité commerciale de restauratrice ambulante. Toutefois, si Mme A affirme avoir expliqué " sa situation administrative compliquée à la préfecture dans le cadre de sa demande de renouvellement de titre de séjour " et avoir " précisé toutes les démarches légales qu'elle avait entreprise pour créer une autre activité commerciale afin de subvenir à ses besoins ", il ressort des pièces transmises que tant les documents relatifs à l'ouverture de son activité commerciale, que ceux liés à sa requête prud'hommale sont postérieurs à son rendez-vous en préfecture fixé le 11 mai 2023, et elle ne justifie, ni même n'allègue, les avoir postérieurement transmis au préfet. Ainsi, bien que l'ensemble de ces éléments pourraient utilement servir une nouvelle demande de titre de séjour au visa de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne peut être utilement soutenu qu'au jour de la décision attaquée le préfet a méconnu lesdites dispositions. Par suite, le moyen doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. En l'espèce, Mme A âgée de 55 ans soutient être entrée sur le territoire français le 17 avril 2001, soit il y a plus de vingt ans. Elle expose que le centre de ses intérêts se situe exclusivement en France, territoire sur lequel elle a vécu de manière régulière pendant plus de dix ans, depuis la délivrance de son premier titre de séjour qui a jusqu'alors toujours fait l'objet d'un renouvellement. Afin d'établir l'ancienneté, l'intensité et la stabilité de ses liens sur le territoire elle verse au dossier de nombreuses pièces et notamment dix cartes de séjours délivrées entre 2009 et 2022, l'ensemble de ses bulletins de paie entre le mois de mai 2012 et le mois d'août 2022, un contrat de travail à durée déterminé prenant effet le 24 mai 2012 et un contrat à durée indéterminée daté du 10 novembre 2014, un avenant à un contrat de bail conclu le 15 février 2014, le suivi d'un contrat d'intégration républicaine au cours des années 2021 et 2022, ainsi que tous les documents qui attestent qu'à la suite de son licenciement sans cause réelle et sérieuse intervenu en 2022 elle a œuvré à l'ouverture de son entreprise individuelle de restauration ambulante. Par ailleurs, elle affirme sans être contredite n'avoir plus aucune attache dans son pays d'origine et être entourée de plusieurs membres de sa famille en Guadeloupe. Dès lors que Mme A démontre sa présence intense et continue en France depuis plus de dix ans, l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 22 novembre 2023 par laquelle le préfet de la Guadeloupe a refusé de renouveler son titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
8. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement la délivrance à la requérante d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe, de procéder à cette délivrance dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement et de procéder à l'effacement du signalement de Mme A, qui n'a, au demeurant, pas fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français, aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, dans un délai de 15 jours. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Le Scolan, avocat de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à celui-ci de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 22 novembre 2023 par lequel le préfet de la Guadeloupe a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ, interdiction de retour d'un an et a fixé le pays de destination est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guadeloupe de délivrer à Mme. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Guadeloupe de procéder à l'effacement du signalement de Mme. A aux fins de non admission dans le système d'information Schengen.
Article 4 : L'Etat versera à Me. Le Scolan la somme de 1200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme. A, à Me Le Scolan et au préfet de la Guadeloupe.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Laurent Santoni, président,
Mme Charlotte Ceccarelli, première conseillère,
Mme Kenza Bakhta, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.
La rapporteure,
Signé
C. CECCARELLI
Le président,
Signé
J-L. SANTONI
La greffière,
Signé
A. CETOL
La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
L'adjointe de la greffière en chef,
Signé
A. Cétol
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026