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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2400210

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2400210

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2400210
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 février 2024, M. C B, représenté par Me Tandjigora, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 21 décembre 2023 par lequel le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloignée et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de réexaminer sa demande, sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les moyens communs aux décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est illégale dès lors qu'il remplit les conditions d'attribution de plein droit d'un titre de séjour.

Par une ordonnance du 18 juillet 2024 la clôture de l'instruction a été fixée au 1er septembre 2024 à 12h00.

Le préfet de la Guadeloupe a produit un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2024, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant de nationalité haïtienne, né le 22 avril 1982 à Gonaïves (Haïti), déclare être entré illégalement en France en 2019. Le 14 juin 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 21 décembre 2023, le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce les motifs pour lesquels l'autorité préfectorale a considéré que M. B, au regard notamment de sa situation professionnelle, ne remplissait pas les conditions prévues à l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment la circonstance que l'intéressé n'avait pas produit un visa de long séjour. Le préfet, qui n'était pas tenu de mentionner l'exhaustivité des faits caractérisant la situation de l'intéressé, a énoncé de façon suffisante les considérations de fait et de droit qui constituent le fondement de sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. M. B soutient résider de manière continue et habituelle en France depuis 2009, sans pour autant l'établir avant l'année 2015. S'il se prévaut de la présence en France de son fils mineur de nationalité haïtienne, issu de sa relation avec une compatriote en situation irrégulière, la seule production d'une attestation rédigée dans des termes stéréotypés par celle-ci ne permet pas d'établir qu'il entretient des liens avec cet enfant. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a exercé une activité professionnelle salariée entre le 25 janvier 2015 et le 1er septembre 2016, puis entre le 1er février 2018 et le 31 décembre 2018 avant de créer son entreprise et de poursuivre son activité en qualité de travailleur indépendant. Cependant, ces seuls éléments relatifs à son insertion professionnelle ne sauraient suffire à regarder le requérant comme ayant transféré le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France. Par ailleurs, le requérant ne soutient pas être dépourvu de lien dans son pays d'origine, où il a vécu, a minima, jusqu'à l'âge de 27 ans. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

5. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant contre une décision portant refus de titre de séjour qui n'a pas pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel le requérant pourra être éloigné, lequel est déterminé par une décision distincte.

6. En quatrième et dernier lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de la décision litigieuse, qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur leur fondement et que le préfet de la Guadeloupe, qui n'y était pas tenu, n'a pas examiné d'office sa demande au regard de ces dispositions, en dépit d'une erreur matérielle dans les visas de la décision litigieuse. Par suite, ces moyens doivent être écartés comme inopérant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

7. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

9. Dès lors que le refus de titre de séjour est suffisamment motivé, le requérant n'est pas fondé à soutenir, en application des dispositions précitées, que le mesure d'éloignement serait insuffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

10. En troisième lieu, lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Compte tenu des circonstances exposées au point 4, M. B ne peut être regardé comme remplissant les conditions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il remplit les conditions d'attribution de plein droit d'un titre de séjour doit être écarté.

11. En quatrième lieu, la décision litigieuse n'a ni pour objet, ni pour effet, de refuser une demande d'admission au séjour. De plus, le requérant ne peut utilement se prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, de la possibilité de prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que cet article ne régit pas un cas de délivrance de plein droit d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme étant inopérant.

12. En cinquième lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 4 et pour les mêmes motifs de fait, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste qu'aurait commise le préfet de la Guadeloupe doivent être écartés.

13. En sixième lieu et dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant contre la décision portant obligation de quitter le territoire qui n'a pas pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, lequel est déterminé par une décision distincte.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 décembre 2023 du préfet de la Guadeloupe. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : la requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Laurent Santoni, président,

Mme Charlotte Ceccarelli, première conseillère,

Mme Kenza Bakhta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

K. A

Le président,

Signé

J-L. SANTONI

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

Signé

M-L. Corneille

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