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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2400525

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2400525

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2400525
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 avril 2024, Madame C B A, représentée par Maître Djimi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 mars 2024 par lequel le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, et l'a contrainte à quitter le territoire dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de lui délivrer une carte de séjour sur le fondement de l'article L 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à compter de la notification du jugement à intervenir avec astreinte de 100 euros par jour de retard

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B A soutient que l'arrêté pris dans son ensemble ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnait L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2024, le préfet de la Guadeloupe a conclu au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de Mme Charlotte Ceccarelli, première conseillère.

Mme B A était présente et n'a pas souhaité formuler d'observation.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, née le 23 novembre 1995 à San Pedro de Macoris (République dominicaine), de nationalité dominicaine, soutient être entrée irrégulièrement en France en 2018. Par un arrêté du 12 mars 2024, le préfet de la Guadeloupe a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, et lui a fait obligation de quitter le territoire national dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination vers lequel elle devrait être éloignée. Par une ordonnance du 6 mai 2024, le juge des référés du tribunal administratif de la Guadeloupe a suspendu l'exécution de cet arrêté et a enjoint au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour " vie privée et familiale ", l'autorisant à travailler. Par la présente requête, Mme B A demande au tribunal d'annuler ledit arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant.".

3. En l'espèce, Mme B A fait valoir qu'elle est mère de deux enfants français, par leur père, nés en 2021 et 2022. Elle produit les actes de reconnaissance de paternité, leurs actes de naissance, ainsi que leurs documents d'identité. En défense, le préfet soutient que ces reconnaissances présentent un caractère frauduleux et verse au dossier le signalement pour suspicion de fraude à l'état civil qu'il a transmis au parquet, le 12 mars 2024, au titre de l'article 40 du code de procédure pénale. En réponse, la requérante produit diverses attestations de cousins, de demi-frères et sœurs, ainsi que de l'épouse du père de ses enfants, incarcérée au moment où il vivait avec la requérante, qui déclarent qu'il est bien leur géniteur. Il ressort également de nombreuses factures présentes au dossier que le père des enfants contribue à leur entretien et à leur éducation. Dès lors que les suspicions de la partie défenderesse ne sont pas confirmées par les pièces du dossier, la requérante est fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnait les stipulations de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B A est fondée à demander l'annulation de la décision du 12 mars 2024 par laquelle le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet de la Guadeloupe de délivrer à Mme B A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros au titre des frais exposés par Mme B A et non compris dans les dépens au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 12 mars 2024 par lequel le préfet de la Guadeloupe a refusé de délivrer à Mme B A un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination vers lequel elle pourra être éloignée, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guadeloupe de délivrer à Mme B A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", l'autorisant à travailler, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Madame C B A et au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M Jean-Laurent Santoni, président,

Mme Charlotte Ceccarelli, première conseillère,

Mme Kenza Bakhta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. CECCARELLI

Le président

Signé

JL. SANTONI

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

Signé

M-L. Corneille

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