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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2400547

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2400547

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2400547
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP CHEVRY-VALERIUS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 mai 2024, l'Agence pour la mise en valeur des espaces urbains de la zone dite des cinquante pas géométriques, défère au tribunal comme prévenu d'une contravention de grande voirie, M. C A, et conclut à ce que le tribunal :

1°) constate que les faits établis par le procès-verbal du 5 mars 2024 constituent la contravention prévue et réprimée par l'article L. 2132-3-2 du code général de la propriété des personnes publiques et condamne par suite M. A au paiement d'une amende de 8 000 euros ;

2°) ordonne à M. A de cesser immédiatement tous travaux et de remettre en état les lieux dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, et, à défaut d'exécution volontaire dans le même délai, autorise l'Agence à procéder elle-même à la remise en état des lieux, aux frais et risques du contrevenant et si besoin, avec le concours de la force publique ;

3°) prononce l'expulsion de M. A ou de tout autre occupant de son chef dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et, à défaut d'exécution volontaire dans le même délai, autorise l'Agence à procéder à l'expulsion de la contrevenante et de tout occupant de son chef à ses frais et risques et, si besoin, avec le concours de la force publique ;

4°) mette à la charge de M. A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- dans le cadre de sa mission d'observation et du suivi des occupations des terrains, qui la conduit à mettre en œuvre le processus de régularisation des occupations sans titre dans la zone urbaine des cinquante pas géométriques et dans une zone délimitée selon les modalités prévues aux articles L. 5112-1 et L. 5112-2 du code général de la propriété des personnes publiques, l'agent de la police domaniale de l'Agence, dûment assermenté et commissionné a pu constater, la construction illégale par M. A d'une maison en parpaings et béton sur la parcelle AE 356 section " Four-à-Chaux " située sur la zone des cinquante pas géométriques de la commune de Capesterre-Belle-Eau ;

- un procès-verbal dressé le 5 mars 2024 a été notifié à M. A en ce sens le même jour ;

- les faits relevés constituent une contravention de grande voirie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2024, M. A, représenté par Me Valerius, doit être regardé comme concluant à la relaxe et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'Agence pour la mise en valeur des espaces urbains de la zone dite des cinquante pas géométriques au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas à l'origine de la construction irrégulière, il l'a achetée en 1993 et a procédé à sa rénovation ;

- il a déposé un dossier auprès de l'Agence pour régulariser sa situation en novembre 2023.

Par un courrier du 20 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de l'Agence tendant à mettre les dépens de la présente procédure à la charge de M. A dès lors qu'elles ne sont pas chiffrées.

Le 24 mai 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, que l'affaire était susceptible d'être audiencée au mois de septembre 2024, et que l'instruction était susceptible d'être close immédiatement à compter du 29 juillet 2024.

Par une ordonnance du 6 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat.

Vu :

- le procès-verbal de contravention de grande voirie dressé le 5 mars 2024 et le procès-verbal de constat du 4 avril 2024 ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative, notamment son article L. 774-1.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, en présence de Mme Cétol, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Sollier ;

- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public,

- et les observations de Mme B, représentant l'Agence pour la mise en valeur des espaces urbains de la zone dite des cinquante pas géométriques.

Considérant ce qui suit :

1. L'Agence pour la mise en valeur des espaces urbains de la zone dite des cinquante pas géométriques défère au tribunal, comme prévenu d'une contravention de grande voirie, M. C A, à qui il est reproché, aux termes d'un procès-verbal dressé le 5 mars 2024, l'implantation illégale d'une maison en parpaings et béton sur la parcelle AE 356 section " Four-à-Chaux " située sur la zone des cinquante pas géométriques de la commune de Capesterre-Belle-Eau. L'Agence pour la mise en valeur des espaces urbains de la zone dite des cinquante pas géométriques demande la condamnation de M. A au paiement d'une amende de 8 000 euros, à la cessation immédiate des travaux et à la remise en état des lieux et, à défaut d'exécution par le contrevenant, d'autoriser l'Agence à y procéder à ses frais.

Sur l'action publique :

2. Aux termes de l'article L. 2132-2 du code général de la propriété des personnes publiques : " Les contraventions de grande voirie sont instituées par la loi ou par décret, selon le montant de l'amende encourue, en vue de la répression des manquements aux textes qui ont pour objet, pour les dépendances du domaine public n'appartenant pas à la voirie routière, la protection soit de l'intégrité ou de l'utilisation de ce domaine public, soit d'une servitude administrative mentionnée à l'article L. 2131-1 ". Aux termes de l'article L. 2132-3 de ce code : " Nul ne peut bâtir sur le domaine public maritime ou y réaliser quelque aménagement ou quelque ouvrage que ce soit sous peine de leur démolition, de confiscation des matériaux et d'amende. / Nul ne peut en outre, sur ce domaine, procéder à des dépôts ou à des extractions, ni se livrer à des dégradations ". Et, aux termes de l'article L. 2132-3-2 de ce code : " Toute atteinte à l'intégrité et à la conservation du domaine public ou de nature à compromettre son usage dans les espaces urbains et dans les secteurs occupés par une urbanisation diffuse de la zone dite des cinquante pas géométriques, est passible d'une amende de 150 € à 12 000 €. / Les contrevenants sont tenus de réparer toute atteinte et notamment de supporter les frais des mesures provisoires et urgentes que les personnes publiques compétentes ont dû prendre pour faire cesser le trouble apporté au domaine public par les infractions constatées. / L'atteinte peut être constatée par les agents des agences pour la mise en valeur des espaces urbains de la zone dite des cinquante pas géométriques commissionnés par leur directeur et assermentés devant le tribunal judiciaire, par les agents de l'Etat assermentés à cet effet devant le tribunal judiciaire ainsi que par les agents et officiers de police judiciaire. / Les directeurs des agences ont compétence pour saisir le tribunal administratif dans les conditions et suivant les procédures prévues par le code de justice administrative. "

3. Lorsqu'il retient la qualification de contravention de grande voirie s'agissant des faits qui lui sont soumis, le juge est tenu d'infliger une amende au contrevenant. Alors même que les dispositions précitées ne prévoient pas de modulation des amendes, le juge, qui est le seul à les prononcer, peut toutefois, dans le cadre de ce contentieux répressif, moduler leur montant dans la limite du plafond prévu par la loi et du plancher que constitue le montant de la sanction directement inférieure, pour tenir compte de la gravité de la faute commise, laquelle est appréciée au regard de la nature du manquement et de ses conséquences.

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et notamment des propres écritures du défendeur, que M. A a entrepris de rénover une maison en parpaings et en béton, qu'il a acquise en 1993, située sur la parcelle AE 356 section " Four-à-Chaux " située dans la zone dite des cinquante pas géométriques appartenant au domaine public maritime.

5. Pour contester la réalité de l'infraction, M. A soutient, en premier lieu, qu'il n'est pas le constructeur de la maison litigieuse. Toutefois, la personne qui peut être poursuivie pour contravention de grande voirie est, soit celle qui a commis ou pour le compte de laquelle a été commise l'action qui est à l'origine de l'infraction, soit celle sous la garde de laquelle se trouvait l'objet qui a été la cause de la contravention. Ainsi, la circonstance que M. A n'ait pas été à l'origine de la construction de l'habitation litigeuse ne fait pas obstacle à ce qu'il soit regardé comme le gardien de celles-ci alors qu'il résulte de l'instruction qu'il y habite et qu'il a procédé à des travaux de reconstruction et de rénovation.

6. En second lieu, s'il résulte de l'instruction que M. A a rempli un formulaire de demande d'achat de la parcelle AE 305, située dans la zone des cinquante pas géométriques, il n'est pas établi que cette demande ait été effectivement déposée auprès de l'autorité compétente, ni que cet achat ait été réalisé avant la constatation de l'infraction par le procès-verbal du 5 mars 2024.

7. Il résulte de ce qui précède que la matérialité des faits allégués par l'Agence pour la mise en valeur des espaces urbains de la zone dite des cinquante pas géométriques doit être regardée comme établie. Ceux-ci constituent la contravention prévue et réprimée par les dispositions citées au point 2. Par ailleurs, il résulte du procès-verbal de constat dressé le 4 avril 2024 que le contrevenant a ajouté une clôture autour de ladite construction. Compte tenu de la nature, de l'ampleur, de la destination et de la persistance des travaux litigieux, il y a lieu de condamner le contrevenant à une amende de 8 000 euros pour l'occupation sans autorisation du domaine public maritime, pour s'y maintenir sans droit ni titre et en avoir conservé la garde.

Sur l'action domaniale :

8. Il appartient au juge administratif, saisi par l'autorité gestionnaire du domaine public, d'ordonner les mesures nécessaires à la conservation et au maintien de l'intégrité de ce domaine. Les dispositions aux points 2 tendent à assurer, au moyen de l'action domaniale qu'elles instituent, la remise du domaine public maritime naturel dans un état conforme à son affectation publique, en permettant aux autorités chargées de sa protection d'ordonner au propriétaire d'un bien irrégulièrement construit, qu'il l'ait ou non édifié lui-même, sa démolition, ou de confisquer des matériaux.

9. En l'espèce, l'Agence pour la mise en valeur des espaces urbains de la zone dite des cinquante pas géométriques est en droit de demander au tribunal soit la condamnation de le contrevenant à procéder à la remise en état des lieux, soit sa condamnation à lui verser une somme correspondant au coût de celle-ci, à condition que le montant en cause soit justifié et ne présente pas un caractère anormal. Toutefois, elle ne saurait prétendre au cumul de ces deux modes de réparation du préjudice causé au maître du domaine.

10. M. A n'établit pas, à la date du présent jugement, avoir régularisé la situation en procédant à la destruction de l'habitation en cause. Par suite, il y a lieu de lui enjoindre de rétablir les lieux dans leur état initial et de libérer la parcelle AE 356, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard. Il y a lieu également d'autoriser l'Agence à procéder d'office à ces opérations et à l'expulsion du contrevenant et de tout occupant de son chef aux frais, risques et périls de ce dernier, en cas d'inexécution passé le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les dépens :

11. Les conclusions de l'Agence tendant à mettre les dépens de la présente procédure, incluant les frais de procès-verbal, à la charge de M. A ne sont pas chiffrées et sont, par suite irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

12. L'Agence, qui n'a pas eu recours au ministère d'avocat et ne fait pas état précisément des frais qu'elle aurait exposés pour défendre à l'instance, ne peut prétendre à la condamnation de M. A à lui verser la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est condamné à payer une amende de 8 000 euros.

Article 2 : M. A est condamné à remettre les lieux dans leur état initial et à les libérer dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Article 3 : A défaut de réalisation des travaux prévus à l'article 2 ci-dessus dans le délai fixé et de libération de la parcelle AE 356, l'Agence pourra faire procéder à l'exécution d'office de ces travaux et à l'expulsion de M. A et de tout occupant de son chef, avec le concours de la force publique si nécessaire, aux frais exclusifs du contrevenant.

Article 4 : Les demandes de l'Agence pour la mise en valeur des espaces urbains de la zone dite des cinquante pas géométriques relatives aux frais d'instance et aux dépens sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera adressé à l'Agence pour la mise en valeur des espaces urbains de la zone dite des cinquante pas géométriques pour notification à M. C A dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Biodore, conseillère,

Mme Sollier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

La rapporteuse,

Signé

M. SOLLIERLe président,

Signé

S. GOUÈS

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Chef,

Signé

M-L CORNEILLE

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