mardi 17 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2401214 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge unique |
| Avocat requérant | DESFARGES PIERRE-HENRY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 10 septembre 2024, 21 mars, 1er avril et 20 mai 2025, M. D C, représenté par Me Pierre-Henry Desfarges, demande au Tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler le titre n° 2024-980-1, émis et rendu exécutoire le 15 mai 2024, par lequel le conseil départemental de la Guadeloupe a mis à sa charge la somme de 11 807,00 euros ;
3°) de le décharger du paiement de la somme de 11 807,00 euros ;
4°) de mettre à la charge du conseil départemental de la Guadeloupe la somme de 2 000 euros à verser à Me Desfarges, en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- le titre exécutoire viole les dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, en ce qu'il ne remplit pas les propriétés exigées pour une signature électronique, il a réceptionné un titre papier qui ne présente aucune signature manuelle et, en tout état de cause, pas celle de la directrice des affaires financières par intérim du conseil départemental de la Guadeloupe ; à défaut de production d'une copie du bordereau du titre dûment signé, l'avis des sommes à payer doit être annulé ;
- ce titre méconnait les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ainsi que les dispositions de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable public en ce qu'il n'est pas motivé ;
- le conseil départemental de la Guadeloupe a commis une erreur d'appréciation en ce qu'il n'a jamais perdu sa résidence stable et effective en France ;
- il n'a jamais réceptionné la notification de trop perçus et, de ce fait, n'a pas été en mesure de contester l'indu préalablement à l'émission du titre exécutoire ; ainsi, en dépit du caractère définitif de la décision de récupération des allocations de revenu de solidarité active regardées comme indûment versées, il reste recevable, à l'occasion du recours formé contre le titre exécutoire mettant à sa charge le versement de cet indu, à contester tant la régularité de ce titre que le bien-fondé de la créance dont le paiement lui est ainsi réclamé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2025, le conseil départemental conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête de M. C est irrecevable compte tenu de la tardiveté de son recours contentieux ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
La requête a été communiquée le 16 septembre 2024 à la caisse d'allocations familiales de la Guadeloupe et de Saint-Martin, qui n'a pas produit de mémoire, malgré une mise en demeure en date du 30 décembre 2024, mais, en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative, seulement les pièces du dossier, enregistrées, le 28 avril 2025, au greffe du Tribunal, et qui ont été régulièrement communiquées aux parties.
Par un courrier du 22 avril 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement pouvait prononcer d'office une injonction sur le fondement des dispositions des articles L. 911-1 de ce même code, c'est-à-dire de prendre une mesure dans un sens déterminé, et L. 911-2 dudit code, soit de procéder au réexamen de la demande ou de la situation du requérant.
Par un courrier du 30 avril 2025, les parties ont été également informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité de la requête en l'absence d'exercice d'un recours administratif préalable obligatoire, prévu aux articles L. 262-46 et L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, à l'encontre de la décision de récupération de l'indu de revenu de solidarité active pour la période du 1er octobre 2021 au 31 août 2023, émise le 15 mai 2024 par le conseil départemental de la Guadeloupe, en application des dispositions des articles L. 252 A du livre des procédures fiscales et L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales.
La caisse d'allocations familiales de la Guadeloupe a présenté ses observations sur ce moyen d'ordre public le 2 mai 2025, en confirmant l'absence d'un recours administratif.
Un courrier en réponse au moyen d'ordre public a été enregistré et présenté, le 5 mai 2025 par M. C, représenté par Me Desfarges.
Par un courrier du 6 mai, les parties ont été enfin informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible de relever le moyen d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation du titre exécutoire, émis, le 15 mai 2024, par le conseil départemental de la Guadeloupe, en vue du recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active, dès lors que le litige est relatif au recouvrement d'une créance non fiscale d'une collectivité territoriale, qui, en vertu de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, relève du juge de l'exécution, notamment pour les moyens portant sur la régularité formelle de l'acte de poursuite, et sans que soient invoqués des moyens relatifs au bien-fondé de la créance.
M. C a présenté le 9 mai 2025, par Me Desfarges, des observations sur ce moyen d'ordre public.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 décembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Sabatier-Raffin, par une décision du 3 février 2025, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges visés audit article.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sabatier-Raffin ;
- les observations orales de la représentante du conseil départemental de la Guadeloupe ;
- et les observations orales de la représentante de la caisse d'allocations familiales de la Guadeloupe.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par la requête susvisée, M. C demande au Tribunal d'annuler l'avis des sommes à payer émis le 15 mai 2024 par le département de la Guadeloupe en vue du recouvrement de la somme de 11 807,00 euros résultant d'un indu de revenu de solidarité active pour la période du 1er octobre 2021 au 31 août 2023.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par décision en date du 12 décembre 2024, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet, de sorte qu'il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation du titre de recettes du 15 mai 2024 :
3. D'une part, aux termes du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : "Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. / (). / En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. ().".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration : "Les décisions de l'administration peuvent faire l'objet d'une signature électronique ().". Aux termes de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales : "Les ordonnateurs des organismes publics, visés à l'article D. 1617-19, lorsqu'ils choisissent de transmettre aux comptables publics, par voie ou sur support électronique, les pièces nécessaires à l'exécution de leurs dépenses ou de leurs recettes, recourent à une procédure de transmission de données et de documents électroniques, dans les conditions fixées par un arrêté du ministre en charge du budget pris après avis de la Cour des comptes, garantissant la fiabilité de l'identification de l'ordonnateur émetteur, l'intégrité des flux de données et de documents relatifs aux actes mentionnés en annexe I du présent code et aux deux alinéas suivants du présent article, la sécurité et la confidentialité des échanges ainsi que la justification des transmissions opérées. / (). / La signature manuscrite, ou électronique conformément aux modalités fixées par arrêté du ministre en charge du budget, du bordereau récapitulant les titres de recettes emporte attestation du caractère exécutoire des pièces justifiant les recettes concernées et rend exécutoires les titres de recettes qui y sont joints conformément aux dispositions des articles L. 252-A du livre des procédures fiscales et des articles R. 2342-4 R. 3342-8 et R. 4341-4 du présent code.". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 27 juin 2007 portant application de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales relatif à la dématérialisation des opérations en comptabilité publique : "L'échange de données et de documents électroniques s'opèrent entre les ordonnateurs et les comptables des organismes publics visés à l'article 1er en respectant une norme informatique dénommée "protocole d'échange standard d'Hélios" à partir de ses versions 2 et suivantes, qui est actualisée en fonction de l'évolution des technologies et des besoins d'échange. / (.). / La validité juridique des mandats de dépenses, des titres de recettes et des bordereaux de mandats de dépenses et de titres de recettes dématérialisés résulte de l'utilisation du protocole d'échange standard d'Hélios dans ses versions 2 et suivantes ainsi que de la signature électronique de l'ordonnateur ou de son représentant dans les conditions prévues à l'article 5." L'article 5 du même arrêté dispose que : "() La transmission au comptable public par l'ordonnateur ou son représentant de fichiers aller recette et dépense, signés électroniquement dans les conditions fixées à l'article 4, conformément au protocole d'échange standard dans ses versions 2 et suivantes, dispense l'ordonnateur ou son représentant de produire les mandats de dépenses, les titres de recettes, les bordereaux de mandats et les bordereaux de titres sur support papier au comptable public. Dans le respect des dispositions du présent arrêté, ces données électroniques ont un caractère probant tant à l'égard du comptable public, que de la chambre régionale des comptes, d'autres juridictions ou des tiers.".
5. Il résulte des dispositions précitées et éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 12 mai 2009 de simplification et de clarification du droit et d'allègement des procédures d'où les deux derniers alinéas sont issus, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, au sens des dispositions citées au point 3, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les noms, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.
6. Il résulte de l'instruction que l'avis des sommes à payer n° 2024-980 émis le 15 mai 2024 comporte pour mention de son émetteur A B, directrice des affaires financières par intérim, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales. Le conseil départemental de la Guadeloupe a transmis, avec son mémoire en défense, des documents à fin d'établir que le bordereau correspondant au titre de recettes du 15 mai 2024 avait été signé électroniquement, le 2 juin 2024, par Mme B A, qui a reçu délégation à cette fin du président du conseil départemental par l'arrêté n° DRH/n° 132 du 2 avril 2024. Il résulte de ce qui précède que le conseil départemental de la Guadeloupe produit la preuve que le bordereau prévu par l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales comporte ainsi la signature de Mme A mentionnée comme ordonnatrice, par délégation, du titre de recettes contesté. Par suite, le moyen tiré de l'absence de signature de l'avis des sommes à payer litigieux du 15 mai 2024 et de son irrégularité ne peut qu'être écarté.
7. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : "Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () ; / 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; / ().". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : "La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision.". Et aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 susvisé : "Dans les conditions prévues pour chaque catégorie d'entre elles, les recettes sont liquidées avant d'être recouvrées. La liquidation a pour objet de déterminer le montant de la dette des redevables. Les recettes sont liquidées pour leur montant intégral, sans contraction avec les dépenses. / Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. ().".
8. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre du revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
9. En l'espèce, M. C soutient qu'il n'est pas mis en mesure de comprendre les motifs du titre qui lui sont opposés, notamment les raisons pour lesquelles le revenu de solidarité active serait dû. Il soutient par ailleurs que ni la caisse d'allocations familiales ni le conseil départemental ne lui ont adressé une quelconque décision l'informant de l'existence d'un indu de revenu de solidarité active et des modes de calcul de cet indu. Le Département fait valoir que le titre contesté mentionne qu'il correspond à un "indu de revenu de solidarité active du 20 septembre 2023 - Nat. Mutation/Radiation-Orig. Plan de contrôle - Période du 01.10.2021 au 31.08.2023 - Nat. Alloc. RMI/RSA+ Pf + Pel - 15.05.2024". En outre, le titre attaqué vise, notamment, les articles L. 252 A du livre des procédures fiscales et L. 1617-5, D. 1617-23, R 2342-4 du code général des collectivités territoriales. Il résulte de l'instruction que M. C a été informé de la procédure dès lors qu'il a été préalablement destinataire des constats de la caisse d'allocations familiales sur ce qui lui était reproché et qu'il a, en réponse, formulé ses observations, le 23 juillet 2023. Par ailleurs, le requérant a été entendu, le 1er août 2023, par le contrôleur assermenté de la Caisse lors de l'enquête diligentée à son encontre, qui a donné lieu à un rapport établi le 19 août 2023, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire. Il a été destinataire de courriers, dont certains par envois recommandés, en date des 20 septembre 2023, 20 novembre 2023 et 8 février 2024 de la caisse d'allocations familiales l'informant de l'indu de 11 807,00 euros et de ses motifs, liés notamment au bénéfice du revenu de solidarité active malgré son absence sur le territoire français et sans déclaration de changement de situation de résidence. En outre, le conseil départemental a informé l'intéressé de la mise en œuvre du recouvrement forcé et des motifs par la notification du titre et de l'état liquidatif en date du 15 mai 2024, en lui confirmant l'indu de 11 807,00 euros mis à sa charge au titre du revenu de solidarité active, pour la période du 1er octobre 2021 au 31 août 2023, par un envoi recommandé n° 87500106050188 (130169007KJ00001) le 18 juin 2024, avec avis de réception, à son domicile, situé au Gosier. Cette notification comportait les voies et délais de recours applicables en l'espèce. En outre, ce courrier précisait que M. C recevrait prochainement un avis des sommes à payer comportant les numéros du titre et du bordereau, et relatif au recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active. Toutefois, ce pli a été retourné avec la mention "non distribuable" à la date du 24 juin 2024, c'est-à-dire non réceptionné par son destinataire. Contrairement à ce que soutient M. C, les actes pris à son encontre énoncent les considérations de droit et de fait propres à sa situation personnelle sur lesquelles le président du conseil départemental de la Guadeloupe a entendu fonder sa décision de récupération d'indu de revenu de solidarité active. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement M. C en mesure de discuter les motifs de cet indu, et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que les décisions contestées ainsi que le titre de recettes seraient insuffisamment motivés et que le requérant n'aurait pas été informé suffisamment manque en fait et doit être écarté.
Sur le bien-fondé de l'indu :
10. Aux termes de l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles : "Le revenu de solidarité active a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle". Aux termes de l'article L. 262-2 du même code : "Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. Il est complété, le cas échéant, par l'aide personnalisée de retour à l'emploi mentionnée à l'article L. 5133-8 du code du travail.". Et aux termes de l'article R. 262-5 dudit code : "Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent du contrat d'engagement mentionné à l'article L. 262-34 ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée. / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire.".
11. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elles mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne, qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France.
12. En l'espèce, M. C conteste le bien-fondé du titre mis à sa charge en soutenant que le seul fait de constater qu'il aurait résidé plus de trois mois à l'étranger ne peut suffire à regarder le revenu de solidarité active comme indu et l'administration aurait dû vérifier qu'il n'avait pas effectivement perdu sa résidence en France. S'il est indiqué que M. C a résidé hors du territoire national du 11 mai 2020 à août 2023, l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge porte uniquement sur la période du 1er octobre 2021 au 31 août 2023. Le contrôleur de la caisse d'allocations familiales a précisé que l'intéressé a effectué des retraits en Caraïbe orientale à compter du 21 juillet 2021, puis en Colombie du 13 décembre 2021 au 6 décembre 2022, puis du 7 décembre 2022 au 9 avril 2023 au Pérou, où il se situait, et depuis le 10 avril 2023 en Bolivie. Il est ainsi reproché à M. C de n'avoir jamais déclaré de changement d'adresse depuis sa demande de revenu de solidarité active faite le 16 juillet 2021 et d'avoir ainsi bénéficié de cette allocation alors qu'il était absent du territoire français plusieurs mois consécutifs, sur la période litigieuse, tandis qu'il avait l'obligation de déclarer tout changement de situation (adresse, situation professionnelle, familiale, ressources, etc.), tel qu'indiqué sur les déclarations trimestrielles. La circonstance qu'il ait déclarée, dans le formulaire de réponse qu'il a signé le 27 juillet 2023, réaliser sur de courtes durées des traversées en voilier en tant qu'aide de navigation jusque dans des pays étrangers, est inopérante pour s'exonérer de son obligation de déclaration, et ce malgré le fait qu'il précise qu'il s'agissait d'une activité de service contre service qui n'a pas donné lieu à rémunération. Il confirme ainsi avoir été absent du territoire français en effectuant des traversées en voilier.
13. Pour se justifier, notamment entre la période du 1er octobre 2021 au 31 août 2023, qui porte sur l'indu mis à sa charge, il résulte de l'instruction que M. C produit ses comptes bancaires pour les années 2020 et 2021, ce qui est inopérant, en l'espèce, pour la première qui n'est pas concernée par l'indu. Pour l'année 2021, le premier semestre indique des retraits dans les Antilles françaises et des retraits à l'étranger à compter du 21 juillet 2021, puis des mois d'août à décembre 2021, notamment au Venezuela, dès lors que les libellés sont en espagnol ou en anglais, corroborant l'enquête menée par la caisse d'allocations familiales. Les relevés bancaires confirment ainsi son absence du territoire pour les périodes qui lui sont reprochés par l'administration. En revanche, les années 2022 et 2023 ne sont pas justifiées et M. C n'établit pas, pour ces deux années, sa présence stable et durable sur le territoire français, malgré le fait qu'il ait pu disposer d'une adresse domiciliaire en Guadeloupe, précisément sur le territoire de la commune du Gosier. L'intéressé ne conteste pas sérieusement sa résidence à l'étranger tout au long de l'année 2022 ni pour partie en 2023. Il reste silencieux sur le lieu de sa résidence, sans justifier de son logement de façon précise, ni de ses activités, ni des motifs et de la durée de ses séjours à l'étranger ou en France. Ce n'est qu'à compter du mois d'août 2023 que l'intéressé s'est manifesté dans le cadre de l'enquête de la Caisse, organisme payeur, qui a mis fin au versement de son revenu de solidarité active, et qu'il a quitté finalement la Guadeloupe. En l'absence de ses relevés bancaires incomplets, et malgré ses allégations, M. C n'établit pas avoir mis l'administration à même d'apprécier la condition de résidence stable et effective en France, En outre, il ne produit aucun élément quant à ses déclarations, notamment sur ses absences hors du territoire national. Ainsi, l'administration fait valoir que M. C ne s'est pas présenté à deux convocations les 5 et 18 juillet 2023, alors qu'il ne conteste pas qu'il ne séjournait plus à cette époque en Guadeloupe, puisqu'il précise résider, depuis le 1er décembre 2023, en France hexagonale ou métropolitaine, précisément chez ses parents à Béthune dans le Pas-de-Calais. Enfin, la circonstance qu'il n'ait pas été informé par l'administration de devoir faire connaître ses absences du territoire français est en l'espèce inopérante et il ne résulte pas de l'instruction que le Conseil départemental et la Caisse aurait commis une faute dans la gestion du dossier d'allocataire de M. C, en faisant observer, lors de l'audience, que celui-ci peut solliciter un échéancier de paiement adapté à sa situation financière. Il résulte de l'instruction que le contrôle exercé par la caisse d'allocations familiales a mis en évidence que M. C a résidé la moitié de l'année à l'étranger en 2020 et 2021 et tout autant ou davantage pour les années 2022 et 2023, ce qui ne lui permettait pas de bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, dès lors que cette allocation est uniquement versée, en application des dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles, pour les mois civils complets de présence en France. Par suite, et pour ces motifs, c'est à bon droit que le conseil départemental de la Guadeloupe a émis un titre exécutoire d'un montant de 11 807 euros à l'encontre de M. C en vue du recouvrement de l'indu de revenu de solidarité active en litige pour la période du 1er octobre 2021 jusqu'au 31 août 2023.
14. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur sa recevabilité, que la requête de M. C doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au département de la Guadeloupe.
Copie, pour information, en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Guadeloupe et de Saint-Martin.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2025.
Le magistrat désigné,
Signé
P. Sabatier-RaffinLa greffière,
Signé
N. Ismaël
La République mande et ordonne à la ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles, en qui la concerne, et à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Signé
N. Ismaël
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026