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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2401277

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2401277

samedi 28 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2401277
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Le Scolan, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 18 septembre 2024 du préfet de la Guadeloupe l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, lui en interdisant le retour pendant une période d'un an et fixant le pays de renvoi ;

3°) d'ordonner son raccompagnement à Saint-Martin ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Le Scolan renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'urgence est présumée dès lors que la mesure d'éloignement litigieuse peut être exécutée d'office à tout moment ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de mener une vie familiale normale, prévu par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle réside en Guadeloupe depuis 12 ans, qu'elle travaille et qu'elle s'occupe de ses petits-enfants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2024, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Corneille, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de M. Gouès ;

- les observations de Me Le Scolan, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens. Il demande en outre que soit délivrée à Mme B une autorisation provisoire de séjour.

Le préfet de la Guadeloupe n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique, le 27 septembre 2024 à 9h55.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante grenadienne née le 30 octobre 1964 à Saint-Georges (Grenade), est entrée irrégulièrement sur le territoire français en 2012, selon ses déclarations. Par un arrêté du 18 septembre 2024, le préfet de la Guadeloupe l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, lui en interdisant le retour pendant une période d'un an et fixant le pays de renvoi. Mme B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

4. Si Mme B soutient être entrée sur le territoire français à l'âge de 48 ans, elle n'apporte aucune pièce probante pour établir l'ancienneté et la continuité de son séjour en France. Si elle soutient que le centre de ses intérêts familiaux se situe désormais en France où vivent notamment sa fille et ses petits-enfants, toutefois il n'est pas contesté que vivent à Grenade ses deux fils. De plus, si elle soutient s'occuper de ses petits-enfants cette seule circonstance n'est pas suffisante compte tenu du fait qu'elle n'établit pas que sa fille ne peut pas s'en occuper elle-même. Enfin, concernant son activité professionnelle, le dossier n'est pas assez fourni sur ce point pour contredire la défense du préfet qui souligne que cette activité n'est pas déclarée. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté litigieux porterait une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'urgence de la requête, celle-ci sera rejetée, y compris en ce qui concerne les conclusions injonctives et en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au préfet de la Guadeloupe.

Fait à Basse-Terre, le 28 septembre 2024.

Le président du tribunal,

Signé

S. GOUÈS

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

La greffière de permanence,

Signé

J. Maniga

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