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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2401335

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2401335

lundi 18 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2401335
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 8 octobre et le 12 novembre 2024, la société ATH LOCATIONS, représentée par Me Dervieux, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre, à titre principal, au maire du Gosier de faire dresser procès-verbal de l'infraction commise, de prendre un arrêté interruptif de travaux et d'en transmettre copie au procureur de la République, sous astreinte de 1000 euros par jour de retard dans un délai de 24 heures à compter de l'ordonnance à intervenir ;

2°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, à défaut d'intervention du maire, au préfet de faire dresser procès-verbal de l'infraction commise, de prendre un arrêté interruptif de travaux et d'en transmettre copie au procureur de la République, sous astreinte de 1000 euros par jour de retard dans un délai de 24 heures à compter de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

La construction de la maison commencée en 2020, sur la parcelle attenante à celle où se situe la maison dont elle est propriétaire, est réalisée sans aucune autorisation n d'urbanisme ; compte tenu de ses dimensions, des vues plongeantes opérées sur son jardin et son espace piscine et de sa situation de voisine de son bien, la maison en construction crée un préjudice à la jouissance de son bien et rend la requête recevable et urgente à juger ; l'urgence étant matérialisée par le caractère irréversible que présente la construction ;

-les conditions de l'application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative sont réunies, puisque notamment il n'y a pas de décision administrative dont l'exécution serait empêchée par la mesure demandée.

Par un mémoire, enregistré le 18 octobre 2024, le maire du Gosier, conclut à ce qu'il soit enjoint au préfet de se substituer au maire en application des dispositions de l'article L.480-2 du code de l'urbanisme :

Il fait valoir que s'il ne conteste pas l'illégalité de la construction objet du litige, en l'absence du départ à la retraite du seul agent habilité pour dresser procès-verbal, il n'est pas en mesure de prescrire un arrêté interruptif de travaux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2024, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête :

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas constituée et l'utilité de la mesure demandée n'est pas établie, dès lors que la construction commencée en 2020 est aujourd'hui achevée ;

- la carence du maire n'est pas établie, pour l'application des dispositions de l'article L.480-2 du code de l'urbanisme, dès lors qu'il n'a été informé de la plainte du requérant que le 20 août 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 novembre 2024 en présence de Mme Lubino, greffière d'audience :

- le rapport de M. Santoni, juge des référés ;

- les observations de Me Alix, substituant Me Dervieux pour la société ATH LOCATIONS, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens ;

- le préfet de Guadeloupe et le maire de la commune du Gosier n'étaient ni présents ni représentés.

Considérant ce qui suit :

1. la société ATH LOCATIONS est propriétaire, dans la commune du Gosier, de deux villas situées sur la parcelle AH 962, qui correspond au lot n°8 du lotissement Les Hauts de La Bouaye. Sur la parcelle mitoyenne, cadastrée AH 966, constituant le lot n°112, Mme A a entrepris la construction d'une maison d'habitation dont la nature, l'importance et la localisation, donne à la société requérante un intérêt à agir contre ladite construction, au sens et en application des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ". Il résulte de ces dispositions que le juge des référés, saisi d'une demande sur le fondement de ces dispositions, peut prescrire toutes mesures ayant un caractère provisoire ou conservatoire, à condition que ces mesures soient utiles, justifiées par l'urgence, ne fassent obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

3. Aux termes de l'article L. 480-1 du même code : " () Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L.480-4 et L.610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal ". Aux termes de l'article L. 480-2 du même code : " () Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 du présent code a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux. Copie de cet arrêté est transmise sans délai au ministère public. () Les pouvoirs qui appartiennent au maire, en vertu des alinéas qui précèdent, ne font pas obstacle au droit du représentant de l'Etat dans le département de prendre, dans tous les cas où il n'y aurait pas été pourvu par le maire et après une mise en demeure adressée à celui-ci et restée sans résultat à l'expiration d'un délai de vingt-quatre heures, toutes les mesures prévues aux précédents alinéas. /Dans le cas de constructions sans permis de construire ou d'aménagement sans permis d'aménager, ou de constructions ou d'aménagement poursuivis malgré une décision de la juridiction administrative suspendant le permis de construire ou le permis d'aménager, le maire prescrira par arrêté l'interruption des travaux ".

4. Il résulte des dispositions précitées du code de l'urbanisme que le maire est tenu de dresser un procès-verbal en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme lorsqu'il a connaissance d'une infraction mentionnée à l'article L. 480-4, résultant soit de l'exécution de travaux sans les autorisations prescrites par le livre IV du code, soit de la méconnaissance des autorisations délivrées. Si, après établissement d'un procès-verbal, le maire peut, dans le second cas, prescrire par arrêté l'interruption des travaux, il est tenu de le faire dans le premier cas. En outre, le maire est également tenu de dresser un procès-verbal lorsqu'il a connaissance d'une infraction mentionnée à l'article L. 610-1 du même code, résultant de la méconnaissance des dispositions du plan local d'urbanisme. Il ne saurait cependant, dans cette hypothèse, prendre un arrêté interruptif pour des travaux exécutés conformément aux autorisations d'urbanisme en vigueur à la date de sa décision, même s'il estime que les travaux en cause méconnaissent les règles d'urbanisme et notamment le plan local d'urbanisme.

5. En premier lieu, Il est constant que Mme A a entrepris les travaux de construction sans avoir demandé d'autorisation d'urbanisme. Il résulte de l'instruction, notamment des écritures du maire de la commune du Gosier, agissant au nom de l'Etat, que le maire justifie l'absence de procès-verbal d'infraction par le départ à la retraite de son seul agent habilité à y procéder, sans indiquer dans quel délai, il serait en mesure de remédier à cette situation.

6. En deuxième lieu, il ne résulte pas de l'instruction, notamment du constat d'huissier dressé le 5 juin 2024, que la construction entreprise en 2020 serait achevée à la date de la présente ordonnance. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que la mesure sollicitée fasse obstacle à l'exécution d'une décision administrative ou se heurte à une contestation sérieuse.

7. Dans ces conditions, alors que le caractère irréversible d'une telle construction justifie l'urgence à prendre une décision sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, et conformément aux dispositions de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de mettre en demeure le maire du Gosier de faire dresser, sous délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, un procès-verbal d'infraction relatif à la construction objet du litige. Les travaux ayant été entrepris, en l'espèce, en l'absence de toute autorisation d'urbanisme, il y a également lieu d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de mettre en demeure le maire du Gosier, sous délai de 48 heures, de prescrire par arrêté l'interruption des travaux litigieux. En outre, et dans le cas où il n'y serait pas pourvu par le maire après l'expiration du délai de 48 heures prescrit par l'injonction qui lui est faite valant mise en demeure, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe, d'user des pouvoirs de substitution qu'il tient des dispositions précitées de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme et de faire dresser procès-verbal et d'ordonner par arrêté, dans un délai de 48 heures, l'interruption des travaux en cause et d'en transmettre copie au procureur de la République. Il n'est pas besoin, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il y a lieu de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à la société ATH LOCATIONS sur le fondement de ces dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de la Guadeloupe de procéder ainsi qu'il est dit au point 7 de la présente ordonnance.

Article 2 : l'Etat versera à la société ATH LOCATIONS, la somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société ATH LOCATIONS et au préfet de la Guadeloupe.

Une copie en sera adressée à la commune de Gosier.

Fait à Basse-Terre, le 18 novembre 2024.

La juge des référés,

Signé :

J-L. Santoni

La République mande et ordonne au préfet délégué de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

L'adjointe à la greffière en chef

Signé

A. Cétol

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