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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2401724

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2401724

lundi 16 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2401724
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 décembre 2024, M. B A, représenté par Me Pagnol, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 5 décembre 2024 du préfet de la Guadeloupe portant expulsion du territoire français, la décision décidant de son placement en rétention administrative, la décision fixant Haïti comme pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de mettre œuvre son retour en Guadeloupe en cas d'exécution de la mesure ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son avocat, sous réserve de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'urgence est présumée dès lors que la mesure d'éloignement litigieuse peut être exécutée d'office à tout moment ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains ou dégradants, protégé par les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, 7 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu des risques qu'il encourt en cas de retour en Haïti, pays qui connaît actuellement une situation de violence généralisée ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de mener une vie privée normale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qu'il fait valoir également qu'il est arrivé en Guadeloupe il y a vingt ans ; qu'il y réside habituellement et a ainsi développé un environnement social tandis que les liens avec son pays d'origine son rompus ;

- le préfet a méconnu le principe d'égalité devant la loi française en violation des articles L.631-1, L.631-3, L.632-1 et L.632-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que présent depuis 20 ans sur le territoire français, que son comportement n'est pas " de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat " et qu'aune urgence ne pouvait le dispenser de convoquer au préalable la commission d'expulsion.

Par un mémoire, enregistré le 16 décembre 2024, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens présentés sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Lubino, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de M. Santoni ;

- les observations de Me Pagnol, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

Le préfet de la Guadeloupe n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique, le 16 décembre 2024 à 11h30.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant haïtien né le 19 avril 1964 à Croix-des-Bouquets (Haïti), demande au juge des référés de suspendre l'exécution de l'arrêté du 5 décembre 2024 du préfet de la Guadeloupe portant expulsion du territoire français, la décision décidant de son placement en rétention administrative, la décision fixant Haïti comme pas de destination.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

4. Aux termes de l'article L. 631-1 du code de justice administrative : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. " ; aux termes du 2°) de l'article L. 631-3 de ce code : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, dont la violation délibérée et d'une particulière gravité des principes de la République énoncés à l'article L. 412-7, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes : 2° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans ; aux termes de l'article L. 632-1 de ce code : L'expulsion ne peut être édictée que dans les conditions suivantes :1° L'étranger est préalablement avisé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat ;2° L'étranger est convoqué pour être entendu par une commission qui se réunit à la demande de l'autorité administrative et qui est composée :a) du président du tribunal judiciaire du chef-lieu du département, ou d'un juge délégué par lui, président ;b) d'un magistrat désigné par l'assemblée générale du tribunal judiciaire du chef-lieu du département ;c) d'un conseiller de tribunal administratif. Le présent article ne s'applique pas en cas d'urgence absolue. ".

5. Si M. A soutient qu'il est présent sans discontinuité depuis 20 ans sur le territoire français, il ne l'établit pas ni au demeurant qu'il y résiderait de façon régulière. Il a été libéré de prison le 9 décembre 2024 pour une condamnation le 17 août 2023 à deux ans de prison pour des faits de violence aggravée par deux circonstances, suivis d'incapacité supérieure à 8 jours, M. A ayant porté un coup de couteau à la victime dont le pronostic vital a été engagé. Dans ces conditions, compte tenu du caractère récent, de la gravité de faits dont s'est rendu coupable le requérant, et de la menace grave pour l'ordre public que constitue sa présence en France, c'est à bon droit que le préfet a pris l'arrêté d'expulsion, dont au demeurant l'urgence absolue nécessitait de ne pas réunir la commission d'expulsion. C'est aussi légalement, compte tenu des conditions de sa présence en France et dans le cas particulier de l'espèce, que le préfet a pu prendre les autres décisions attaquées, M. A n'établissant pas, ce qui lui appartient, le caractère personnel et actuel des craintes invoquées en cas de retour en Haïti. M. A n'est donc pas fondé à soutenir que les décisions attaquées du préfet porteraient une atteinte grave et manifestement illégale aux droits et libertés qu'il invoque.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qui soit besoin de se prononcer sur l'urgence à statuer, que les conclusions de la requête doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet de la Guadeloupe.

Fait à Basse-Terre, le 16 décembre 2024.

Le juge des référés

Signé :

J-L. SANTONI

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

L'adjointe de la greffière en chef,

Signé

A. Cétol

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