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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2500240

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2500240

mardi 16 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2500240
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique
Avocat requérantDIVIALLE-GELAS SANDRA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de la Guadeloupe, statuant en juge unique sur un recours pour excès de pouvoir, rejette la demande de M. C... tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 septembre 2024 du préfet de la Guadeloupe suspendant son permis de conduire pour six mois. Le tribunal écarte le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, la délégation de signature étant régulière. Il juge également que la procédure contradictoire préalable n'avait pas à être respectée en raison de l'urgence, compte tenu du délai de 120 heures imparti au préfet par l'article L. 224-2 du code de la route et de la gravité de l'infraction de conduite sous stupéfiants.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 mars 2025, M. C..., représenté par Me Divialle-Gelas demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 26 septembre 2024 du préfet de la Guadeloupe portant suspension du permis de conduire d’une durée de six mois ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- il n’est pas justifié de la compétence de l’auteur de la décision contestée ;
- la décision attaquée méconnait l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration en l’absence de procédure contradictoire préalable ;
- elle est entachée d’erreur de droit
dès lors qu’elle a été prise après le délai de 120 heures prévu à l’article L. 224-2 du code de la route ;
- elle lui a été notifiée plus de trois mois après l’avis de rétention ;
- la décision est disproportionnée dès lors qu’il a besoin de son véhicule pour l’exercice de son activité professionnelle de chauffeur routier ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation en ce que la lecture du test salivaire, effectué sans gants, procède d’une erreur d’interprétation dès lors que la veille de son interpellation il avait consommé du CBD et pris de l’ibuprofène pour atténuer une douleur provoquée par une carie ; il a procédé à des tests salivaires et urinaires qui se sont avérés être négatifs.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juillet 2025, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C... ne sont pas fondés.





Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Après avoir, au cours de l’audience publique, présenté son rapport.

Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées ;

Considérant ce qui suit :


1. M. C... a été contrôlé le 19 septembre 2024 à 9h15 au grand port maritime de Jarry sur le territoire de la commune de Baie Mahault et un prélèvement salivaire a révélé l’usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. Le jour même, son permis de conduire a fait l’objet d’une rétention. Par arrêté du 26 septembre 2024, le préfet de la Guadeloupe a suspendu son permis de conduire pour une durée de six mois. Par la présente requête, M. C... demande l’annulation de cette décision.

2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par Mme F... G... conformément à l’arrêté SG/BCI portant délégation de signature de M. D... A... directeur de la direction de la citoyenneté et de la légalité, publié au recueil des actes administratifs spécial le 12 juin 2024. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l’article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d’une procédure contradictoire préalable. » L’article L. 121-2 du même code dispose : « Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; (…) ».

4. La décision par laquelle un préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l’article L. 224-2 du code de la route est une décision individuelle défavorable qui doit être motivée en application de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration. En l’absence d’une procédure contradictoire particulière organisée par les textes, le préfet doit se conformer aux dispositions des articles L. 121-1, L. 121-2 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l’administration, en informant le conducteur de son intention de suspendre son permis de conduire et de la possibilité qui lui est offerte de présenter des observations dans les conditions prévues par ces dispositions. Le préfet ne peut légalement se dispenser de cette formalité, en raison d’une situation d’urgence, que s’il apparaît, eu égard au comportement du conducteur, que le fait de différer la suspension de son permis pendant le temps nécessaire à l’accomplissement de la procédure contradictoire créerait des risques graves pour lui-même ou pour les tiers.

5. Il ressort des termes mêmes de l’arrêté attaqué que celui-ci a été pris au motif que M. C... conduisait après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants, éléments constitutifs d’une infraction au code de la route. Eu égard au délai de cent vingt heures laissé au préfet pour prononcer la suspension du permis de conduire et à la gravité de l’infraction commise par M. C..., le préfet de la Guadeloupe doit être regardé comme ayant été placé dans une situation d’urgence pour l’application des dispositions précitées. Dès lors, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision attaquée, prise sur le fondement des dispositions de l’article L. 224-2 du code de la route citées ci-dessus, est intervenue en méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l’administration, faute pour le préfet de l’avoir mis à même de présenter ses observations.

6. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 224-2 du code de la route : « I .- Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : / (…) 2° Il est fait application des dispositions de l'article L. 235-2 si les analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques établissent que le conducteur conduisait après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants ou si le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur a refusé de se soumettre aux épreuves de vérification prévues au même article L. 235-2 ».

7. Aux termes de l’article L. 235-1 du même code : « I.- Toute personne qui conduit un véhicule ou qui accompagne un élève conducteur alors qu'il résulte d'une analyse sanguine ou salivaire qu'elle a fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants est punie de deux ans d'emprisonnement et de 4 500 euros d'amende. Si la personne se trouvait également sous l'empire d'un état alcoolique caractérisé par une concentration d'alcool dans le sang ou dans l'air expiré égale ou supérieure aux taux fixés par les dispositions législatives ou réglementaires du présent code, les peines sont portées à trois ans d'emprisonnement et 9 000 euros d'amende. (…) ». Aux termes des quatrième et cinquième alinéas de l'article L. 235-2 du code de la route : « Les officiers ou agents de police judiciaire de la gendarmerie ou de la police nationales territorialement compétents à leur initiative et, sur l'ordre et sous la responsabilité des officiers de police judiciaire, les agents de police judiciaire adjoints, peuvent également, même en l'absence d'accident de la circulation, d'infraction ou de raisons plausibles de soupçonner un usage de stupéfiants, procéder ou faire procéder, sur tout conducteur ou tout accompagnateur d'élève conducteur, à des épreuves de dépistage en vue d'établir si cette personne conduisait en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. / Si les épreuves de dépistage se révèlent positives ou lorsque le conducteur refuse ou est dans l'impossibilité de les subir, les officiers ou agents de police judiciaire font procéder à des vérifications consistant en des analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques, en vue d'établir si la personne conduisait en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. A cette fin, l'officier ou l'agent de police judiciaire peut requérir un médecin, un interne en médecine, un étudiant en médecine autorisé à exercer la médecine à titre de remplaçant ou un infirmier pour effectuer une prise de sang ». Aux termes de l'article R. 235-5 du même code : « Les vérifications mentionnées au cinquième alinéa de l'article L. 235-2 comportent une ou plusieurs des opérations suivantes : / - examen clinique en cas de prélèvement sanguin ; / - analyse biologique du prélèvement salivaire ou sanguin ». Aux termes du I de l'article R. 235-6 de ce code : « Le prélèvement salivaire est effectué par un officier ou agent de police judiciaire de la gendarmerie ou de la police nationales territorialement compétent à l'aide d'un nécessaire, en se conformant aux méthodes et conditions prescrites par l'arrêté prévu à l'article R. 235-4. / A la suite de ce prélèvement, l'officier ou l'agent de police judiciaire demande au conducteur s'il souhaite se réserver la possibilité de demander l'examen technique ou l'expertise prévus par l'article R. 235-11 ou la recherche de l'usage des médicaments psychoactifs prévus au même article. / Si la réponse est positive, il est procédé dans le plus court délai possible à un prélèvement sanguin dans les conditions fixées au II ». Aux termes du II du même article : « Le prélèvement sanguin est effectué par un médecin ou un étudiant en médecine autorisé à exercer à titre de remplaçant, dans les conditions fixées à l'article L. 4131-2 du code de la santé publique, requis à cet effet par un officier ou un agent de police judiciaire. Le prélèvement sanguin peut également être effectué par un biologiste requis dans les mêmes conditions. / Ce praticien effectue le prélèvement sanguin à l'aide d'un nécessaire mis à sa disposition par un officier ou un agent de police judiciaire, en se conformant aux méthodes prescrites par un arrêté pris dans les conditions prévues à l'article R. 235-4. / Un officier ou un agent de police judiciaire assiste au prélèvement sanguin ». Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 235-11 de ce code : « Dans un délai de cinq jours suivant la notification des résultats de l'analyse de son prélèvement salivaire ou sanguin, à condition, dans le premier cas, qu'il se soit réservé la possibilité prévue au deuxième alinéa du I de l'article R. 235-6, le conducteur peut demander au procureur de la République, au juge d'instruction ou à la juridiction de jugement qu'il soit procédé à partir du tube prévu au second alinéa de l'article R. 235-9 à un examen technique ou à une expertise en application des articles 60, 77-1 et 156 du code de procédure pénale ».

8. Il résulte de ces dispositions que la personne soupçonnée, à la suite d'un prélèvement salivaire de dépistage, d'un usage de stupéfiants, peut se réserver la possibilité de demander l'examen technique, l'expertise ou la recherche de l'usage des médicaments psychoactifs prévus par l'article R. 235-11 du code de la route. La circonstance que le conducteur n'a pas été mis à même de se réserver une telle possibilité ou qu'un souhait exprimé en ce sens n'a pas été pris en compte est de nature à entacher la régularité de la procédure engagée à son encontre. En revanche, elle ne saurait l'autoriser à se prévaloir, pour contester les résultats du prélèvement salivaire, des résultats d'une expertise réalisée de sa propre initiative, en-dehors de la procédure organisée par les dispositions citées au point précédent du code de la route.

9. M. C... soutient que la décision attaquée est entachée d’une erreur de fait dès-lors qu’il n’a pas consommé de stupéfiants et que le résultat du test de dépistage résulte d’une erreur de l’appareil utilisé ou d’une contamination car l’officier de police judiciaire ne portait pas de gants. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment de l’avis de rétention de son permis de conduire dressé le 19 septembre 2024, que le requérant a fait l’objet d’une interception à cette même date à 9h15 sur la commune de Baie-Mahault. D’après cet avis dressé par un agent assermenté dont les mentions font foi jusqu’à preuve du contraire, que l’intéressé a signé, M. C... a fait l’objet d’un contrôle routier à l’occasion duquel un test de dépistage de produits stupéfiants par prélèvement salivaire s’est révélé positif. L’officier de la police judiciaire a ensuite procédé aux vérifications prévues par le cinquième alinéa de l’article L. 235-2 du code de la route en effectuant un prélèvement salivaire à la suite duquel le rapport d’expertise toxicologique établi par le laboratoire d’analyses toxicologiques médico-légale du Lamentin en Martinique, réalisé par le docteur E... le 23 septembre 2024, a mis en évidence la présence de cannabis. En se bornant à indiquer qu’il n’a pas consommé de drogue, et que le matériel utilisé pour les examens aurait été contaminé puisque l’agent ne portait pas de gants, qu’il avait consommé du CBD et de l’ibuprofène pour soulager une douleur dentaire, le requérant ne conteste pas utilement les résultats, qu’aucun élément probant ne permet d’infirmer la matérialité des faits de consommation de produits stupéfiants. Enfin, il résulte de ce qui a été énoncé au point précédent que le requérant ne peut se prévaloir des résultats des analyses d’urines réalisées de sa propre initiative. Par suite, le moyen tiré de l’erreur de fait doit être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 224-7 du même code : « Saisi d'un procès-verbal constatant une infraction punie par le présent code de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire, le représentant de l'État dans le département où cette infraction a été commise peut, s'il n'estime pas devoir procéder au classement, prononcer à titre provisoire soit un avertissement, soit la suspension du permis de conduire ou l'interdiction de sa délivrance lorsque le conducteur n'en est pas titulaire. Il peut également prononcer à titre provisoire soit un avertissement, soit la suspension du permis de conduire à l'encontre de l'accompagnateur d'un élève conducteur lorsqu'il y a infraction aux dispositions des articles L. 234-1 ».

11. L’intéressé soutient que l’arrêté en cause est entaché d’illégalité dès lors que l’autorité préfectorale a pris cet acte plus de 120 heures après que son permis de conduire ait été saisi par les forces de police et qu’il lui a été notifié tardivement.

12. Toutefois, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des pièces du dossier notamment de l’arrêté attaqué que ce dernier a été pris par le préfet sur le fondement de l’article L. 224-7 du code de la route et non de l’article L. 224-2. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 224-2 du code de la route doit être écarté.

13. Par ailleurs, les conditions de la notification au conducteur de l’arrêté de suspension provisoire du permis de conduire ne conditionnent pas la légalité de cette suspension. Cette notification a en effet pour seul objet de rendre celle-ci opposable à l’intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Dès lors, la circonstance que M. C... n’ait reçu que le 4 janvier 2025 notification de la décision du 19 septembre 2024 attaqué suspendant son permis de conduire n’est pas de nature à l’entacher d’illégalité. Par suite, le moyen doit être écarté.

14. En dernier lieu, la gravité de l'infraction consistant en une conduite sous l'emprise de stupéfiants est constitutive d'un danger pour la sécurité du requérant et celle des autres utilisateurs de la route. Dans ces conditions, et alors même que le requérant fait état de ses problèmes de déplacement professionnel liés à la suspension en litige et, par conséquent des conséquences financières liées à la perte potentielle de son emploi, il n'est pas fondé à soutenir qu'en prononçant la suspension de son permis de conduire pour une durée de six mois, le préfet de la Guadeloupe a pris une mesure entachée d'erreur d'appréciation et disproportionnée au regard des dispositions précitées.
15. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que M. C... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 26 septembre 2024 par lequel le préfet de la Guadeloupe a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de six mois. Par suite, sa requête doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C... et au préfet de la Guadeloupe.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2025.



Le président,
Signé
F. HO SI FAT
La greffière,
Signé
N. ISMAËL




La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme
La greffière

Signé

N. ISMAËL

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