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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2501021

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2501021

mardi 28 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2501021
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantMATHURIN KANCEL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de la Guadeloupe, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du 10 septembre 2025 portant radiation des cadres de M. B... pour limite d'âge. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, le requérant n'ayant pas justifié de sa situation personnelle et étant à l'origine de l'urgence qu'il invoquait en raison de ses démarches tardives. Il a également considéré qu'aucun moyen soulevé n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision, l'administration étant en situation de compétence liée pour prononcer la radiation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :
Par une requête et trois mémoires complémentaires, enregistrés le 1er octobre, le 25 octobre et le 27 octobre 2025, M. A... B..., représenté par Me Arvis, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de la décision du 10 septembre 2025 du ministre de de l’écologie, de l’aménagement du territoire, des transports de la ville et du logement, portant radiation des cadres pour limite d’âge compter du 6 octobre 2025 ;

2°) d’enjoindre au ministre de prononcer sa réintégration provisoire, jusqu’à l’intervention du jugement au fond, dans un délai de 15 jours courant, à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros, au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :
Sur l’urgence :
- l’urgence est constituée dans la mesure où il est privé de son salaire.





Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle méconnait le principe du contradictoire en méconnaissance de l’article L.121-1 du code des relations entre le public et l’administration ;
- elle méconnait les droits des travailleurs handicapée, les articles L.131-8 du code général de la fonction publique et L.4624-6 du code du travail ;
- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance de l’article L.121-1 du code des relations entre le public et l’administration ;
- elle méconnait l’article L.556-2 du code général de la fonction publique dans la mesure où sa demande de prolongation d’activité déposée le 18 septembre 2025 suspend toute mesure de radiation des cadres ;
- elle est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur de fait, dans la mesure où l’administration a confondu la limite d’âge statuaire avec l’âge de départ à la retraite, en contradiction avec les données de l’ENSAP et de l’Assurance Retraite ;
- elle méconnait l’article 3-II du décret n°2005-1785 du 30 décembre 2005 dans la mesure où en cas de détachement, et tant que son administration d’origine ne l’a pas réintégré, il devait continuer à être rémunéré ;
- le refus de suivre les recommandations médicales l’a exposé à un risque manifeste pour sa santé ;
- elle n’a pas pu être prise en situation de compétence liée dans la mesure où il n’a pas été tenu compte de sa possibilité de bénéficier des dispositions de l’article L.556-2 du code général de la fonction publique ;
- contrairement à ce qu’affirme l’administration, il n’a jamais été destinataire des courriels des 25 mars et 2 avril 2025 l’alertant de l’imminence de sa limite d’âge.


Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 et 27 octobre 2025, le ministre de l’écologie, de l’aménagement du territoire, des transports de la ville et du logement, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :
- le recours est irrecevable car la requête en référée comme la requête au fond ne sont pas signées ;
- la condition d’urgence n’est pas remplie ; il ne donne aucune précision quant à sa situation personnelle pour justifie de cette urgence ; de plus le requérant est à l’origine de l’urgence qu’il invoque, en n’ayant jamais formé de demande de prolongation d’activité avant le 5 avril 2025, ne l’a fait que tardivement le 18 septembre 2025 et n’a même pas entrepris de démarche pour percevoir sa retraite ;
- en l’absence de demande de prolongation d’activité et compte tenu de la limite d’âge fixée à 62 ans et survenant le 6 octobre 2025, l’administration était en situation de compétence liée pour prendre la décision en litige ; les moyens invoqués sont, en tout état de cause inopérants. Au surplus, si le requérant a entendu invoquer devant le juge pour la première fois le bénéfice d’un enfant à charge, cette circonstance n’a jamais évoqué devant l’administration, pas même lors de sa demande du 18 septembre 2025.

Par un mémoire, enregistré le 26 octobre 2025, l’établissement public de gestion d’entretien et d’exploitation des routes de Guadeloupe, représenté par Me Mathurin-Kancel, conclut au rejet de la requête et à ce soit à la charge de M. B..., la somme de 1500 euros, au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d’urgence n’est pas remplie ;
- le requérant ne pas la démonstration qu’il existait un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2501020, enregistrée le 1er octobre 2025, par laquelle M. B... demande l’annulation de la décision du 10 septembre 2025 du ministre de l’écologie, de l’aménagement du territoire, des transports de la ville et du logement.
Vu :
- le code du travail ;
- le code général de la fonction publique ;

- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le décret n°2005-1785 du 30 décembre 2005 relatif au détachement sans limitation de durée de fonctionnaires de l'Etat en application de l'article 109 de la loi n° 2004-809 du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales ;
-le décret n° 2009-1744 du 30 décembre 2009 pris pour l'application de l'article 1-3 de la loi n° 84-834 du 13 septembre 1984 relative à la limite d'âge dans la fonction publique et le secteur public ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de la Guadeloupe a désigné M. Santoni pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 23 janvier 2025 :
- le rapport de M. Santoni, juge des référés,
- les observations de M. B..., qui maintient ses conclusions et précise qu’il n’a jamais été reçu les courriels des 25 mars, 2 avril et 7 avril 2025, l’avertissant que sans demande de prolongation d’activité faite avant le 5 avril 2025, sa limite d’âge est fixée au 5 octobre 2025, la réception sur son téléphone portable n’étant pas toujours parfaite ; que ce n’est que par courrier du 25 août 2025, reçu le 15 septembre 2025, qu’il a appris que sans demande de prolongation d’activité, il serait à la retraite le 6 octobre 2025. C’est alors qu’il a consulté le site gouvernemental ENSAP et celui de l’Assurance Retraite, qui faisant part d’un départ à la retraite au plus tôt à l’âge de 62 ans et 9 mois. C’est ainsi qu’il a formulé sa demande de prolongation d’activité le 18 septembre 2025 en toute sérénité.
- le ministre de l’écologie, de l’aménagement du territoire, des transports de la ville et du logement et le directeur de l’établissement public de gestion d’entretien et d’exploitation des routes de Guadeloupe n’étaient ni présents ni représentés.


La clôture de l’instruction a été prononcée à 10h30, à l’issue de l’audience.

Un mémoire du ministre de l’écologie, de l’aménagement du territoire, des transports de la ville et du logement a été enregistré le 27 octobre et n’a pas été communiqué.

Considérant ce qui suit :
1. M. B..., agent d’exploitation principal des travaux publics de l’Etat, né le 5 octobre 1963, détaché auprès du syndicat mixte des routes de Guadeloupe, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de la décision du 10 septembre 2025 du ministre de de l’écologie, de l’aménagement du territoire, des transports de la ville et du logement.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ».

3. Il résulte de l’instruction qu’aucun des moyens tels que soulevé par M. B... n’est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Dans ces conditions, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête et la condition d’urgence, la requête de M. B... ne peut qu’être rejetée en toutes ses conclusions.

4. Dans les circonstances de l’espèce, les conclusions présentées par l’établissement public de gestion d’entretien et d’exploitation des routes de Guadeloupe, sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.



O R D O N N E :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l’établissement public de gestion d’entretien et d’exploitation des routes de Guadeloupe présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B..., au ministre de ministre de l’écologie, de l’aménagement du territoire, des transports de la ville et du logement et à l’établissement public de gestion d’entretien et d’exploitation des routes de Guadeloupe.



Fait à Basse-Terre, le 28 octobre 2025.

Le juge des référés,

Signé :

J-L. SANTONI


La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme
La greffière

Signé

L. LUBINO



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