Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 mai 2026, les sociétés BMJ, LDTP - LAMI DOMINIQUE TRAVAUX et SOTRAG CARAIBES, désignées « le groupement », représentées par Me Orier, demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution des contrats conclus avec les sociétés attributaires, par la Société Publique Locale Cœur Energie, pour les lots n°1 et n°14, du marché de construction du groupe scolaire Cornet à Petit-Canal ;
2°) de mettre à la charge de la Société Publique Locale Cœur Energie la somme de 5 000 euros, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- l’urgence est justifiée, dès lors que le marché a été signé entre la SPL et la SDTP SARL et est en cours d'exécution, alors même qu’un référé précontractuel a été régulièrement introduit par la société BMJ ; que la conclusion de ce marché a eu d’importantes répercussions financières sur le groupement représenté par la société BMJ dans la mesure où les deux lots litigieux représentaient un total de 1 844 252,68 euros, soit 10 % du chiffre d’affaires de la société BMJ.
- il existe un doute sérieux quant à la légalité des contrats en litige : Le rejet des offres est insuffisamment motivé ; le règlement de consultation, en ce qui concerne notamment la méthode de notation et la définition des sous-critères, est entachée d’irrégularité ; en l’absence d’informations propres au classement sans suite de la précédente consultation, il n’a pu régulièrement contrôler si les éléments essentiels du marché dont la procédure a été abandonnée ont été fidèlement repris ou non, tout comme il n’a pu contrôler si le vice de procédure relatif aux délais de réponses apportées aux candidats ayant entaché la précédente procédure a été résorbé ; les dispositions de l’article L.2141-2 du code de la commande publique ont été méconnues, compte tenu de la production irrégulière des attestations fiscales et sociales ;
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 18 mars 2026 sous le numéro 2600351 par laquelle le groupement requérant, demande notamment l’annulation des contrats en litige.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Santoni, vice-président, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. En septembre 2024, la ville de Petit-Canal a approuvé le programme de construction du groupe scolaire Cornet et décidé de s’appuyer sur la société publique locale Cœur d’Energie en lui confiant un mandat de maîtrise d’ouvrage. Après un classement sans suite d’une première procédure de passation ayant pour objet la construction du groupe scolaire Cornet et par avis d’appel public à la concurrence publié le 6 août 2025, la société publique locale Cœur d’Energie a initié une procédure de consultation en vue de l’attribution d’un marché public de travaux comportant 15 lots. La société BMJ, mandataire du groupement d’entreprises composé des sociétés LDTP - LAMI DOMINIQUE TRAVAUX et SOTRAG CARAIBES a remis une offre pour les lots n°1 et n°14 qui n’a pas été retenue, ainsi que l’en informé la société publique locale Cœur d’Energie par un courrier de 26 novembre 2025. Par une ordonnance du 5 mai 2026, le juge des référés du tribunal de céans, a rejeté le recours en référé contractuel introduit sur le fondement de l’article L. 551-13 du code de justice administrative par le groupement d’entreprises. Par le présent recours, le groupement d’entreprises demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l’exécution des contrats conclus avec les sociétés attributaires, par la Société Publique Locale Cœur Energie, pour les lots n°1 et n°14, du marché de construction du groupe scolaire Cornet à Petit-Canal.
2. Indépendamment des actions dont disposent les parties à un contrat administratif et des actions ouvertes devant le juge de l'excès de pouvoir contre les clauses réglementaires d'un contrat ou devant le juge du référé contractuel sur le fondement des articles L. 551-13 et suivants du code de justice administrative, tout tiers à un contrat administratif susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par sa passation ou ses clauses est recevable à former devant le juge du contrat un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses non réglementaires qui en sont divisibles.
3. Il appartient au juge du contrat, lorsqu’il constate l’existence de vices entachant la validité du contrat, d’en apprécier l’importance et les conséquences. Ainsi, il lui revient, après avoir pris en considération la nature de ces vices, soit de décider que la poursuite de l’exécution du contrat est possible, soit d’inviter les parties à prendre des mesures de régularisation dans un délai qu’il fixe, sauf à résilier ou résoudre le contrat.
4. Lorsque le tribunal administratif est saisi d’une demande contestant la validité d’un contrat, le juge des référés peut être saisi, sur ce fondement, d’une demande tendant à la suspension de son exécution.
5. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : «Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / (…).». Aux termes de l’article L. 522-1 du même code : «Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. / (…).». Et aux termes de l'article L. 522-3 dudit code : «Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1.». Enfin, le premier alinéa de l’article R. 522-1 de ce code dispose : «La requête visant au prononcé de mesures d’urgence doit (...) justifier de l’urgence de l’affaire.».
6. la condition d'urgence à laquelle est subordonnée le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre ; qu'il en va ainsi, alors même que cette décision n'aurait un objet ou des répercussions que purement financiers et que, en cas d'annulation, ses effets pourraient être effacés par une réparation pécuniaire ; qu'il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
7. Pour justifier de l’urgence à statuer, le groupement requérant fait valoir que le marché a été signé entre la SPL et la SDTP SARL et est en cours d'exécution, alors même qu’un référé précontractuel a été régulièrement introduit par la société BMJ ; que la conclusion de ce marché a eu d’importantes répercussions financières sur le groupement représenté par la société BMJ dans la mesure où les deux lots litigieux représentaient un total de 1 844 252,68 euros, soit 10 % du chiffre d’affaires de la société BMJ. Ce faisant, le groupement requérant, qui verse au dossier un extrait du compte de résultat de l’exercice 2025 de la société BMJ, n’établit pas que l’attribution de ces contrats à une autre société préjudicierait de manière grave et immédiate à sa situation financière. La condition d’urgence prévue par les dispositions précitées de l’article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut, par suite, être regardée comme remplie.
8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l’existence d’un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des contrats en litige, que les conclusions présentées par le groupe de sociétés requérantes à fin de suspension de l’exécution des contrats conclus avec les sociétés attributaires, par la Société Publique Locale Cœur Energie, pour les lots n°1 et n°14, du marché de construction du groupe scolaire Cornet à Petit-Canal, doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions présentées au titre de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête des sociétés BMJ, LDTP - LAMI DOMINIQUE TRAVAUX et SOTRAG CARAIBES est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée aux sociétés BMJ, LDTP - LAMI DOMINIQUE TRAVAUX et SOTRAG CARAIBES, et à la SDTP.
Copie en sera notifiée à la commune de Petit-Canal.
Fait à Basse-Terre, le 1er juin 2026.
Le juge des référés,
Signé :
J-L. SANTONI
La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme
La greffière
Signé :
L. LUBINO