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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2000583

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2000583

jeudi 27 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2000583
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMARCAULT DEROUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, deux mémoires et des pièces complémentaires, enregistrés les 29 juillet et 28 octobre 2020, 22 décembre 2021 et 22 septembre 2022, Mme A E, représentée par Me Marcault-Derouard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 janvier 2019 par lequel le préfet de la Guyane lui a retiré le versement de la majoration de traitement de 40 % à compter du 1er janvier 2019 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 novembre 2019 par lequel le préfet de la Guyane l'a placée en disponibilité d'office pour raison de santé du 10 décembre 2017 au 9 décembre 2019 ;

3°) d'annuler l'arrêté du 21 janvier 2020 par lequel le préfet de la Guyane l'a maintenue en disponibilité d'office pour raison de santé pour une durée de 3 mois à compter du 10 décembre 2019 ;

4°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2020 par lequel le préfet de la Guyane l'a maintenue en disponibilité d'office pour raison de santé pour une durée de 3 mois à compter du 10 septembre 2020 ;

5°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de la placer en congé de longue durée à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

6°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui reverser la majoration de traitement de 40 % à compter du 1er janvier 2019 ;

7°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de reconstituer sa carrière ;

8°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le préfet de la Guyane a méconnu le caractère contradictoire de la procédure en prenant l'arrêté du 12 novembre 2019 dès lors qu'il ne l'a pas informée de ses droits et qu'elle n'a ainsi pu faire entendre le médecin de son choix par le comité médical avant la réunion du 28 novembre 2017 de ce comité ;

- les arrêtés litigieux sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son état anxio-dépressif chronique aurait dû lui permettre de bénéficier d'un congé de longue durée ;

- le préfet a méconnu son droit au reclassement professionnel dès lors qu'il ne l'a pas, préalablement à l'arrêté la plaçant en disponibilité d'office pour raison de santé, invitée à présenter une demande de reclassement ;

- l'arrêté du 21 janvier 2019 est entaché d'une erreur de droit dès lors que, résidant en Guyane en 2019, le préfet de la Guyane ne pouvait légalement suspendre la majoration de traitement de 40 %.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2022, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 50-407 du 3 avril 1950 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 53-1266 du 22 décembre 1953 ;

- le décret n° 57-87 du 28 janvier 1957 ;

- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le décret n° 2010-997 du 26 août 2010 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- les conclusions de M. D ;

- les observations de Me Marcault-Derouard, représentant Mme E ;

- et les observations de Mme B, représentant le préfet de la Guyane.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A E, gardienne de la paix affectée à la direction du département de la sécurité publique de Cayenne, a été placée en congé de longue maladie du 10 juin 2016 au 9 juin 2017. Elle a sollicité un congé de longue durée pour une durée de 6 mois à compter du 10 juin 2017. Le comité médical interdépartemental de la police nationale a émis un avis favorable à la demande de Mme E le 23 mai 2017. Par un courrier du 3 novembre 2017, elle a sollicité la prolongation de son congé de longue durée. Le comité médical interdépartemental de la police nationale a émis un avis défavorable à sa demande le 28 novembre 2017. Par un arrêté du 27 décembre 2018, le préfet de la Guyane a refusé sa demande de prolongation de congé de longue durée à compter du 10 décembre 2017. Puis, le préfet de la Guyane a suspendu le 21 janvier 2019 le versement à Mme E de la majoration de traitement de 40 % à compter du 1er janvier 2019. Par un arrêté du

12 novembre 2019, le préfet de la Guyane l'a placée rétroactivement en disponibilité d'office pour raison de santé pendant une période de 2 ans, du 10 décembre 2017 au 9 décembre 2019, position qu'il a prolongée de trois mois par un arrêté du 21 janvier 2020. Enfin, par un arrêté du 7 septembre 2020, le préfet de la Guyane a décidé le maintien en disponibilité d'office pour raison de santé de la requérante pour une période de trois mois à compter du 10 décembre 2020. Par la présente requête, Mme E demande l'annulation des arrêtés des 21 janvier et 12 novembre 2019 ainsi que ceux des 21 janvier et 7 septembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les arrêtés relatifs au placement et au maintien en disponibilité pour raisons de santé :

2. D'une part, il est constant que le comité médical interdépartemental de la police nationale n'a été saisi que pour statuer sur la prolongation du congé de longue durée de Mme E. Par suite, la requérante ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance du caractère contradictoire de la procédure suivie devant ce comité médical à l'encontre des arrêtés par lesquels le préfet de la Guyane l'a placée et maintenue en disponibilité d'office pour raisons de santé.

3. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait contesté l'arrêté du 27 décembre 2018 par lequel lui a été refusé la prolongation de son congé de longue durée. Mme E n'ayant pas repris le service le 10 décembre 2017, en dépit de l'avis du comité médical du 28 novembre 2017, le préfet de la Guyane a donc procédé à la régularisation de sa situation administrative par les arrêtés litigieux. Ainsi, et quand bien même sa pathologie relèverait de celles lui permettant de bénéficier d'un congé de longue durée, Mme E ne saurait utilement soutenir que les arrêtés par lesquels le préfet l'a placée et maintenue en disponibilité d'office pour raisons de santé sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation.

4. Enfin, aux termes de l'article 63 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique : " Lorsqu'un fonctionnaire est reconnu, par suite d'altération de son état de santé, inapte à l'exercice de ses fonctions, le poste de travail auquel il est affecté est adapté à son état de santé. Lorsque l'adaptation du poste de travail n'est pas possible, ce fonctionnaire peut être reclassé dans un emploi d'un autre corps ou cadre d'emplois en priorité dans son administration d'origine ou, à défaut, dans toute administration ou établissement public mentionnés à l'article 2 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, s'il a été déclaré en mesure de remplir les fonctions correspondantes [] ".

5. Il résulte de ces dispositions que l'administration doit, après avis du comité médical, inviter le fonctionnaire qui a été déclaré inapte à l'exercice de ses fonctions par suite de l'altération de son état physique et dont le poste de travail ne peut être adapté à présenter une demande de reclassement dans un emploi d'un autre corps. Toutefois, lorsque le fonctionnaire a été déclaré apte à reprendre ses fonctions et que le placement en disponibilité d'office n'intervient qu'à titre rétroactif pour régulariser la situation du fonctionnaire, l'administration ne saurait être tenue de l'inviter à présenter une demande de reclassement.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme E a été implicitement reconnue apte à reprendre le service, sous réserve des adaptations nécessaires, tant par le comité médical, dans son avis du 28 novembre 2017, que par le comité supérieur, dans son avis du 6 novembre 2018. Par suite, le placement de l'intéressée en disponibilité d'office pour raison de santé, intervenu à titre rétroactif pour régulariser sa situation administrative, n'avait pas à être précédé d'une période de préparation au reclassement.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation des arrêtés des 12 novembre 2019, 21 janvier 2020. Elle n'est pas non plus fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 7 septembre 2020 par les moyens qu'elle invoque.

En ce qui concerne l'arrêté relatif à la majoration de traitement de 40 % :

8. Aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire. Les indemnités peuvent tenir compte des fonctions et des résultats professionnels des agents ainsi que des résultats collectifs des services. S'y ajoutent les prestations familiales obligatoires ". Selon l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Le fonctionnaire en activité a droit : [] 2º A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. [] 3º A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans []. Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement pendant un an ; le traitement est réduit de moitié pendant les deux années qui suivent. L'intéressé conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence [] ; 4º A un congé de longue durée [] de trois ans à plein traitement et de deux ans à demi traitement. Le fonctionnaire conserve ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence [] ". Aux termes de l'article 37 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation de médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " [] Au traitement ou au demi-traitement s'ajoutent les avantages familiaux et la totalité ou la moitié des indemnités accessoires, à l'exclusion de celles qui sont attachées à l'exercice des fonctions ou qui ont le caractère de remboursement de frais ".

9. Aux termes de l'article 1er du décret du 26 août 2010 relatif au régime de maintien des primes et indemnités des agents publics de l'Etat et des magistrats de l'ordre judiciaire dans certaines situations de congés, dans sa version applicable au litige : " I. - 1° Le bénéfice des primes et indemnités versées aux fonctionnaires relevant de la loi du

11 janvier 1984 susvisée, aux magistrats de l'ordre judiciaire et, le cas échéant, aux agents non titulaires relevant du décret du 17 janvier 1986 susvisé est maintenu dans les mêmes proportions que le traitement en cas de congés pris en application des 1°, 2° et 5° de l'article 34 de la loi du

11 janvier 1984 []. II. - Toutefois, les agents bénéficiaires des congés mentionnés au 1° du I ne peuvent, durant ces périodes de congés, acquérir de nouveaux droits au titre des primes et indemnités non forfaitaires qui ont le caractère de remboursement de frais et au titre des primes non forfaitaires qui sont liées à l'organisation et au dépassement du cycle de travail ".

10. Il résulte de la combinaison de ces dispositions qu'un fonctionnaire en congé de maladie ordinaire, de longue maladie ou de longue durée conserve, outre son traitement ou son demi-traitement, l'indemnité de résidence et le supplément familial de traitement, le bénéfice de la totalité ou de la moitié des indemnités accessoires qu'il recevait avant sa mise en congé, à l'exclusion de celles qui sont attachées à l'exercice des fonctions ou qui ont le caractère de remboursement de frais. La majoration de traitement accordée aux fonctionnaires en service dans les départements d'outre-mer sur le fondement de la loi du 3 avril 1950 et des textes qui l'ont complétée est liée au séjour de l'agent dans un département d'outre-mer et, par suite, attachée à l'exercice des fonctions. Toutefois, les dispositions de l'article 1er du décret du 26 août 2010 ont pour objet d'étendre la règle du maintien du traitement prévu par l'article 34 de la loi du

11 janvier 1984 aux primes et indemnités versés aux agents concernés dans les mêmes conditions et les mêmes périodes que le traitement en cas de congés annuels, de congés ordinaires de maladie et de congés pour maternité, à l'exception des primes liées à la manière de servir ou aux résultats obtenus, des primes liées au remplacement des agents, et des primes et indemnités représentatives de frais ou liées à l'organisation du travail. La majoration de traitement institué par l'article 3 de la loi du 3 avril 1950, qui présente le caractère d'une indemnité rattachée à l'exercice des fonctions, n'est pas au nombre des exceptions prévues par le décret. Elle entre donc dans le champ d'application du régime de maintien des primes et indemnités institué par ce texte.

11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme E a été placée en congé de maladie ordinaire à compter du 1er janvier 2019, selon l'arrêté précité. En vertu des dispositions de l'article 1er du décret du 26 août 2010, elle avait donc droit au maintien de la majoration de traitement accordée aux fonctionnaires en service en Guyane, prévue par la loi du 3 avril 1950 et les textes qui l'ont complétée, pendant la période de son congé de maladie ordinaire.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme E est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 21 janvier 2019 par lequel le préfet de la Guyane lui a retiré le versement de la majoration de traitement de 40 %.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Eu égard au motif d'annulation retenu à l'encontre de l'arrêté du 21 janvier 2019, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Guyane, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de procéder à la régularisation de la situation de la requérante par le versement des sommes correspondant à la majoration de traitement de 40 % non perçue à compter du 1er janvier 2019 et pendant toute la durée du congé de maladie ordinaire de Mme E.

Sur les frais du litige :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la requérante d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 21 janvier 2019 par lequel le préfet de la Guyane a retiré à Mme E le bénéfice de la majoration de traitement de 40 % à compter du 1er janvier 2019 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de reverser à Mme E les sommes correspondant à la majoration de traitement de 40 % non perçue à compter du 1er janvier 2019 et pendant toute la période de son congé de maladie ordinaire.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à Mme E au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Bernabeu, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.

Le rapporteur,

Signé

S. C

Le président,

Signé

L. MARTIN Le greffier,

Signé

S. MERCIER

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

M-Y. METELLUS

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