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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2001169

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2001169

jeudi 21 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2001169
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 24 novembre 2020 et 15 février 2021, Mme C E, représentée par Me Balima, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 février 2019 par lequel le préfet de la Guyane a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui délivrer dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler, subsidiairement de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2.000 euros au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme E soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence et d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'erreurs de fait qui révèlent un défaut d'examen de sa situation ; il a été pris en méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, 3-1, 9-1 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ainsi que des dispositions des articles L.313-11 7° et L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il porte atteinte au droit à l'éducation garanti par le préambule de la Constitution.

Par un courrier du 20 avril 2022, les parties ont été informées de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de la tardiveté de la requête.

Le préfet de la Guyane, à qui la requête a été communiquée le 26 novembre 2020, n'a pas produit d'observations.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du 24 septembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment son préambule ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante haïtienne, conteste l'arrêté du 19 février 2019 par lequel le préfet de la Guyane a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée de deux ans sur le fondement des dispositions alors en vigueur du sixième alinéa du III de l'article L.511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais reprises à l'article L.612-7 aux termes desquelles : " Lorsque l'étranger ne faisant pas l'objet d'une interdiction de retour s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative prononce une interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans () ".

2. L'arrêté en litige ayant été signé par M. D, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, qui disposait d'une délégation du préfet de la Guyane en vertu de l'article 6 de l'arrêté n° R03-2019-01-21-004 du 21 janvier 2019, régulièrement publié, à l'effet de signer notamment les interdictions de retour, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait.

3. En vertu du huitième alinéa du III de l'article L.511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la durée de l'interdiction de retour mentionnée au sixième alinéa est décidée en tenant compte de la durée de présence en France de l'étranger, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire. Le préfet, qui a reproduit les dispositions citées au point 1 du sixième alinéa du III de l'article L.511-1, a relevé que Mme E, entrée irrégulièrement en France, s'y était maintenue en dépit d'une mesure d'éloignement prononcée le 13 mars 2018, puis a fait état de ses liens familiaux en Guyane et en Haïti. Le préfet, qui n'était tenu, ni de viser les dispositions des premier et deuxième alinéa, inapplicables en l'espèce, ni de préciser que l'intéressée ne constituait pas une menace pour l'ordre public, ni de se prononcer sur l'existence de circonstances humanitaires, a suffisamment motivé la durée de l'interdiction de retour au regard des critères mentionnés par les dispositions précitées du huitième alinéa.

4. Si l'arrêté contesté mentionne que Mme E a déclaré, lors de son interpellation être " entrée sur le territoire national ce matin ", il ne ressort d'aucune autre pièce du dossier que le préfet, qui s'est fondé sur le maintien de l'intéressée en situation irrégulière en dépit de la mesure d'éloignement du 13 mars 2018, ne se serait pas livré à un examen sérieux de sa situation personnelle ou qu'il se serait fondé sur des faits matériellement inexacts.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique et au bien-être économique du pays ()". Née le 13 août 1977, entrée irrégulièrement en France en mai 2016, Mme E, hébergée par sa sœur à Kourou, invoque la présence de ses trois enfants nés en 2005, 2009 et 2011, de ses deux sœurs et de ses neuf neveux. Elle a, toutefois, conservé de fortes attaches en Haïti, où vit son époux, père de ses enfants, et où elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de trente-huit ans. Dans ces conditions, l'arrêté contesté n'a pas porté une atteinte excessive à son droit à la vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. L'arrêté en cause, qui n'a pas pour effet de séparer les enfants de A E de leurs parents, ne porte aucune atteinte à l'intérêt supérieur de ces enfants. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 3-1, 9-1 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peuvent, dès lors, qu'être écartés. Les enfants pouvant poursuivre leur scolarité hors de France, aucune atteinte au principe d'égal accès à l'instruction garanti par le treizième alinéa du Préambule de la Constitution de 1946, auquel se réfère celui de la Constitution de 1958, n'est caractérisée.

7 Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations, qui n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé, ne peut en tout état de cause qu'être écarté.

8. Enfin, les dispositions alors en vigueur des articles L. 313-11 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives au séjour ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre de l'interdiction de retour.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 19 février 2019. Sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 202La rapporteure,

Signé

M.T. B Le président,

Signé

L. MARTINLa greffière,

Signé

S. MERCIER

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation le greffier,

Signé

M-Y. METELLUS

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