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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2001191

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2001191

jeudi 21 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2001191
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCOMPPER-GAUDY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 novembre 2020, Mme C B, représentée par Me Compper-Gaudy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2020 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de réexaminer sa situation à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui accorder un rendez-vous ;

3°) d'enjoindre au préfet, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2.000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que l'arrêté en cause a été pris en méconnaissance des dispositions des articles L.313-11 6°, L.313-11 7° et L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puis qu'il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 mars 2022, le préfet de la Guyane, représenté par Me Mathieu, conclut au rejet de la requête en opposant sa tardiveté et l'absence de moyen fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante haïtienne, conteste l'arrêté du 3 juin 2020 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour en qualité de parent d'un enfant français.

2. Si le préfet de la Guyane fait valoir que l'arrêté du 3 juin 2020 a été notifié le même jour, il ressort des pièces du dossier que le pli recommandé n'a été déposé auprès des services postaux que le 29 juin suivant. S'il est vrai que la mention manuscrite " reçu le 8 octobre 2020 " apposée sur ce pli sans être suivie de la signature du destinataire est dépourvue de valeur probante, le préfet de la Guyane n'apporte pas la preuve qui lui incombe de la date de notification de son arrêté. Dans ces conditions, le délai de recours contentieux de deux mois imparti par le premier alinéa de l'article R.421-1 du code de justice administrative n'a pu courir et la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête enregistrée le 30 novembre 2020 ne peut qu'être écartée.

3. En vertu du 6° de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit au parent étranger d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. Les dispositions du second alinéa du même article imposant au demandeur de justifier que l'auteur de la reconnaissance de paternité contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant ou de produire une décision de justice, applicables aux demandes présentées à compter du 1er mars 2019, sont inapplicables à la demande de Mme B présentée le 10 avril 2018.

4. Si un acte de droit privé opposable aux tiers est en principe opposable dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient cependant à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec même dans le cas où cette fraude revêt la forme d'un acte de droit privé. Ce principe peut conduire l'administration à ne pas tenir compte d'actes de droit privé opposables aux tiers. Ainsi, il appartient au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre de en qualité de parent d'un enfant français, que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française ou d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription n'est pas acquise, la délivrance de la carte de séjour temporaire sollicitée par la personne se présentant comme parent d'un enfant français.

5. Mme B a une fille née à Cayenne le 5 novembre 2016, reconnue par anticipation le 26 septembre 2016 par un Français. Si le préfet s'est fondé sur l'absence de preuve de la présence en Guyane de Mme B avant la naissance de son enfant, la requérante produit un certificat de vaccination et un récépissé de demande d'asile délivrés respectivement le 7 et le 22 décembre 2015. Elle produit, en outre, une attestation circonstanciée établie le 1er septembre 2020 par le père et plusieurs factures émises en 2019 et 2020. Dans ces conditions, alors que la fraude ne se présume pas, ni l'absence de vie commune avec le père, ni le signalement du 9 août 2019 au procureur de la République pour des reconnaissances multiples de paternité, dont il n'est d'ailleurs pas justifié, ni aucun autre élément produit en défense ne permettent d'établir avec certitude que le lien de filiation revendiqué et la nationalité française de l'enfant auraient été obtenus par fraude. Dans ces conditions, en refusant d'admettre Mme B au séjour sur le fondement de l'article L.313-11 6° ° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable aux demandes présentées avant le 1er mars 2019, le préfet a fait une inexacte application de ce texte. Dès, lors, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, la requérante est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 3 juin 2020.

6. Il y a lieu, sur le fondement de l'article L.911-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Guyane de délivrer à Mme B, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, un récépissé l'autorisant à travailler, conformément à l'article R.431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puis de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois, sans qu'il soit nécessaire d'assortir ces injonctions d'une astreinte. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'enjoindre au préfet, à qui il appartient de fixer les modalités du réexamen, d'accorder un rendez-vous à Mme B.

7. Il y a lieu, en l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à payer à Mme B au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 3 juin 2020 par lequel le préfet de la Guyane a refusé d'admettre Mme B au séjour est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à Mme B un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, puis de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 900 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de la Guyane.

Une copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 202La rapporteure,

Signé

M.T. A Le président,

Signé

L. MARTINLa greffière,

Signé

S. MERCIER

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation le greffier,

Signé

M-Y. METELLUS

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