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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2100322

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2100322

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2100322
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBENHAMIDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 mars 2021 et le 21 septembre 2022, l'association Association pour adultes et jeunes F), représentée par Mes Behamida et Dell'Ova, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de l'inspectrice du travail C du

31 juillet 2020 refusant l'autorisation de licencier Mme D ainsi que la décision implicite par laquelle la ministre du travail a rejeté le recours hiérarchique exercé contre cette décision ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'auteur de la décision implicite de rejet n'est pas compétent ;

- les décisions attaquées sont entachées d'inexacte qualification juridique des faits.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 25 et le 26 août 2021, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Un mémoire présenté pour l'APAJH a été enregistré le 11 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- et les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D a été recrutée par l'association pour adultes et jeunes F)), en qualité d'aide médico-psychologique. Le 23 janvier 2019, l'association s'apercevait que plusieurs dépenses auraient été engagées au profit personnel de Mme D. Mme D était déléguée du personnel de l'association requérante. A la suite d'une procédure disciplinaire, cette association a demandé à l'inspectrice du travail l'autorisation de licencier Mme D, salariée protégée. Par une décision implicite du 31 juillet 2020, l'inspectrice du travail C a refusé cette autorisation. L'APAJH a exercé le

8 septembre 2020 un recours hiérarchique contre cette décision et le silence gardé pendant plus

8 janvier 2021. Toutefois, par une décision du 31 mars 2021, la ministre du travail a annulé la décision de l'inspectrice du travail, retiré la décision implicite de rejet du recours hiérarchique formé par l'association requérante contre cette décision et refusé l'autorisation de licenciement de Mme D. Par la présente requête, l'APAJH demande au tribunal d'annuler la décision de l'inspectrice du travail C du 31 juillet 2020, ainsi que la décision implicite de la ministre du travail rejetant le recours hiérarchique contre cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

3. Aux termes de l'article L. 2421-3 du code du travail : " Le licenciement envisagé par l'employeur d'un membre élu à la délégation du personnel au comité social et économique titulaire ou suppléant ou d'un représentant syndical au comité social et économique ou d'un représentant de proximité est soumis au comité social et économique, qui donne un avis sur le projet de licenciement dans les conditions prévues à la section 3 du chapitre II du titre Ier du livre III. / () / Lorsqu'il n'existe pas de comité social et économique dans l'établissement, l'inspecteur du travail est saisi directement. () ". Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reproches au salarie sont d'une gravite suffisante pour justifier son licenciement compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.

4. Par sa décision du 31 mars 2021, la ministre du travail a annulé la décision de l'inspecteur du travail du 31 juillet 2020 et retiré la décision implicite de rejet du recours hiérarchique formé par l'association requérante contre cette décision. A supposer que cette décision n'ait pas été notifiée par l'administration, elle a, en tout état de cause, été communiquée à l'association requérante par le présent tribunal le 26 août 2021. En l'absence de recours contentieux, cette décision est devenue définitive. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation des décisions 31 juillet 2020 et du 8 janvier 2021 ont perdu leur objet. En revanche ces conclusions doivent être regardées comme tendant à l'annulation de la décision du

31 mars 2021.

5. En premier lieu, l'APAJH soutient que la décision implicite de la ministre du travail est entachée d'incompétence. Ainsi qu'il a été dit au point 3, cette décision a été définitivement retirée par la décision du 31 mars 2021, de sorte que le moyen est inopérant et doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 431-4 du code du travail, dans sa version en vigueur à la date d'émission des chèques litigieux : " () Le comité d'entreprise a pour objet d'assurer une expression collective des salariés, permettant la prise en compte permanente de leurs intérêts dans les décisions relatives à la gestion et à l'évolution économique et financière de l'entreprise, à l'organisation du travail, à la formation professionnelle et aux techniques de production. / Il formule, à son initiative, et examine, à la demande du chef d'entreprise, toute proposition de nature à améliorer les conditions de travail, d'emploi et de formation professionnelle des salariés, leurs conditions de vie dans l'entreprise. () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que, au moment de l'octroi du prêt litigieux,

Mme D se trouvait dans une grande détresse financière et sociale. Si l'utilisation par Mme D de bons essences n'est pas précisément déterminée, il ressort des pièces du dossier qu'elle a soldé des créances personnelles au moyen de quatre chèques tirés sur le compte de l'association requérante et datés du 10 juillet 2018, pour un total de 1 246,09 euros. Cependant, la question de la possibilité pour l'association de consentir un prêt aux salariés ayant plus de trois mois d'ancienneté, pour un montant maximum de 1 500 euros tous les trois ans avait été discutée le 25 mai 2018, bien que non approuvée. Cette question n'a ensuite pas pu être remise à l'ordre du jour des réunions du comité d'entreprise, notamment en raison de refus du président du comité d'entreprise de signer les ordres du jour qui lui étaient soumis et qui comportaient ce point. Par suite, l'association requérante est fondée à soutenir que la circonstance que Mme D ait bénéficié d'une somme de 1 246,09 euros allouée par le comité d'entreprise de l'APAJH le 10 juillet 2018 constitue une faute pour la bénéficiaire. Toutefois, d'une part il ressort des pièces du dossier que la somme de 1 246,09 euros a fait l'objet d'une convention signée par la secrétaire du comité d'entreprise le 10 juillet 2018, d'autre part la ministre du travail fait valoir sans être contestée en réplique que Mme D a intégralement remboursé cette somme. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu notamment du fait que Mme D a depuis ce prêt, intégralement remboursé les sommes litigieuses, cette faute ne présente pas un caractère de gravité suffisant de nature à justifier le licenciement demandé par l'association requérante. Dans ces conditions, l'APAJH n'est pas fondée à soutenir que le refus d'autorisation de licencier Mme D pour ces faits est entaché d'erreur d'appréciation et le moyen doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de l'AJAPH doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, la somme que l'AJAPH demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'APAJH est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association pour les adultes et jeunes F, à Mme B D et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

E. A

Le président,

Signé

L. MARTIN

La greffière,

Signé

M-Y. METELLUS

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

2

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