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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2100569

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2100569

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2100569
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELEURL MARYSE SAGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et un mémoire complémentaires, enregistrés les 23 avril, 6 mai et 7 juin 2021 et 5 janvier 2023, M. K H, M. V J, M. R et Mme O A, M. C et Mme S Q, M. T G, M. U et Mme D M, représentés par Me Masclaux, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° PC 973 302 20 10080 du 27 octobre 2020 par lequel le maire de la commune de Cayenne a délivré à l'EURL " LES VAGUES " un permis de construire valant démolition, division parcellaire et construction d'un ensemble de six logements situés au 11 lotissement E, Chemin de la Source de Baduel, sur la parcelle cadastrée BP 23 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Cayenne, de l'EURL " Les Vagues " et de M. F N la somme de 1 000 euros à chacun d'entre eux, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- le permis contesté méconnaît les prescriptions du cahier des charges et du règlement du lotissement E dès lors qu'il prévoit la construction de six maisons jumelées sur un même lot, constructions dont l'emprise excèdent de 20% la superficie du lot et ne présentent pas une unité de structure et de composition ;

- il méconnaît les dispositions de l'article B.2.4 du titre II du plan local d'urbanisme relatif aux eaux pluviales dès lors qu'aucune évaluation sur le ruissellement n'a été effectuée ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UC-4.1 relatif à l'implantation par rapport aux voies et emprises publiques dans la mesure où les constructions sont implantées suivant un axe nord/Sud ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme en ce qu'il porte atteinte à l'environnement paysager ;

- il méconnaît les articles R. 431-9 du code de l'urbanisme et A.2.3 du titre II du règlement du plan local d'urbanisme relatif à la voirie dès lors que le plan de masse indique que le terrain est desservi par une voie privée de 6 mètres de largeur ;

- le dossier de demande du permis méconnaît l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme dès lors qu'il ne comporte aucun document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2022, la commune de Cayenne, représentée par Me Sagne, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 8 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que, d'une part, en ce qui concerne M. et Mme M, B A et B Q, le recours est tardif, d'autre part, la requête ne lui a pas été notifiée dans les 15 jours suivants son dépôt au greffe du tribunal administratif et, enfin, l'ensemble des requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir à l'encontre du permis litigieux ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un courrier du 6 janvier 2023, les parties ont été invitées, en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, à présenter leurs observations sur la possibilité pour le tribunal de surseoir à statuer jusqu'à la régularisation du permis de construire contesté par la production, dans un délai déterminé, de l'évaluation relative au ruissellement des eaux pluviales généré par le projet, en méconnaissance de l'article B, 2/, 4 du titre II du plan local d'urbanisme de la commune de Cayenne.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme de la commune de Cayenne ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. P ;

- les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public ;

- et les observations de Me Masclaux, représentant M. H et autres ;

- la commune de Cayenne et l'EURL Les Vagues n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. L'EURL Les Vagues a sollicité le 14 septembre 2020 un permis de construire pour la construction de six villas jumelées de type T4 avec terrasse et garage au lotissement E, 11 Chemin de la Source de Baduel. Par un arrêté du 27 octobre 2020, le maire de Cayenne a accordé le permis de construire sollicité, tout en l'assortissant d'un certain nombre de prescriptions. Par deux courriers des 16 et 18 décembre 2020, réceptionnés le 5 janvier 2021 par les services de la mairie de Cayenne, M. H, M. J, M. Q, M. G, M. L et Mme I ont formé un recours gracieux à l'encontre de ce permis de construire. Par un courrier du 22 décembre 2020, réceptionné le 28 décembre 2020, les requérants précités ont notifié leur recours gracieux au pétitionnaire, l'EURL Les Vagues. Par la présente requête, M. H, M. J, M. et Mme A, M. et Mme Q, M. G et M. et Mme M demandent l'annulation de l'arrêté du 27 octobre 2020.

Sur les fins de non-recevoir soulevées par la commune de Cayenne :

2. D'une part, la commune de Cayenne soutient que la requête est tardive en ce qui concerne Mme A, Mme Q et les époux M dès lors qu'ils n'ont pas formé de recours gracieux, leur nom n'étant pas inscrit sur les courriers des 16 et 18 décembre 2020. Toutefois, la commune n'apporte pas la preuve d'un affichage régulier pendant une durée de deux mois sur le terrain d'assiette du projet, en vertu de l'article R*. 600-2 du code de l'urbanisme. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête ne peut qu'être écartée.

3. D'autre part, la commune de Cayenne soutient que le présent recours ne lui aurait pas été notifié, et ne l'aurait pas été non plus au pétitionnaire du permis litigieux. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le recours a été envoyé par courrier avec accusé de réception le 25 avril 2021 tant à l'administration qu'à l'EURL Les Vagues. Par suite, l'obligation de notification au pétitionnaire et à l'auteur de l'autorisation d'urbanisme dans un délai 15 jours, prévue par les dispositions de l'article R*. 600-1 du code de l'urbanisme, doit être regardé comme étant remplie.

4. Enfin, la commune de Cayenne soutient que les requérants ne justifieraient pas d'un intérêt à agir à l'encontre du permis litigieux.

5. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

6. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous les éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat, justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du permis sollicité se situe en bout du lotissement E, sur la parcelle cadastrée n° 23, reliée à la voie publique par le chemin dit E, qui passe devant l'ensemble des propriétés de chaque requérant. Ainsi, eu égard à l'importance du projet et à sa localisation, à savoir la construction de 6 villas en bout du chemin E, M. H, voisin immédiat de la parcelle concernée, justifie d'un intérêt à agir à l'encontre du permis litigieux. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté litigieux sont recevables sur ce point.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme :

8. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

9. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou encore à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé, dans le second temps du raisonnement, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux mentionnés par cet article et, le cas échéant, par le plan local d'urbanisme de la commune. Pour apprécier aussi bien la qualité du site que l'impact de la construction projetée sur ce site, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, de prendre en compte l'ensemble des éléments pertinents et notamment, le cas échéant, la covisibilité du projet avec des bâtiments remarquables, quelle que soit la protection dont ils bénéficient par ailleurs au titre d'autres législations.

10. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le site où la construction est projetée présenterait un grand intérêt urbanistique dès lors que ce site s'insère dans un quartier résidentiel et que le projet ne fait qu'ajouter des résidences dans le quartier. Si les requérants relèvent que le projet va rompre la continuité urbanistique selon laquelle chaque lot du lotissement E ne doit comporter qu'une construction individuelle, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette rupture aurait un impact tel qu'il porterait atteinte au caractère des lieux avoisinants. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des prescriptions du cahier des charges du lotissement E :

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est pas non plus allégué par les requérants, que la majorité des co-lotis du lotissement E ait sollicité le maintien des prescriptions du cahier des charges de 1960. Il s'ensuit que, dès l'application des dispositions de l'article L. 315-2-1 du code de l'urbanisme, aujourd'hui abrogées, le 8 juillet 1988, le cahier des charges du lotissement E était caduc. Par suite, les requérants ne sauraient utilement soulever que le permis litigieux méconnaît les prescriptions prévues dans ce cahier des charges.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R*. 431-10 du code de l'urbanisme :

12. Aux termes de l'article R*. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : [] /c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; /d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

13. Toutefois, la circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

14. En l'espèce, les requérants soutiennent, sans être contredit sur ce point, que le dossier de permis de construire ne comportait pas de document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet par rapport aux constructions avoisinantes ni de documents photographiques permettant de situer le terrain dans l'environnement. S'il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire ne comportait pas de documents photographiques permettant de situer le terrain dans l'environnement proche et le paysage lointain et que le plan d'insertion n'était pas suffisant, à lui seul et eu égard à la vue utilisée, pour apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes, ces omissions et insuffisances n'ont néanmoins pu fausser l'appréciation portée par le maire sur la conformité du projet à la réglementation applicable dès lors que le dossier comportait un ensemble de plans suffisamment précis et étayés permettant à l'autorité administrative de porter, en connaissance de cause, son appréciation tant sur l'insertion du projet dans son environnement que sur sa conformité à la réglementation applicable.

En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions du PLU de Cayenne relatives à l'implantation des constructions :

15. Aux termes de l'article UC-4 : " 1. Le long des axes structurants, les constructions devront s'implanter en respectant un recul minimal de 10 mètres par rapport à l'alignement des voies publiques ou privées, ou de la limite d'emprise publique qui s'y substitue. [] 2. Le long des autres voies, l'implantation des constructions est libre. /3. En secteur UC2 uniquement : [] les constructions devront s'implanter selon une orientation Nord-ouest/Sud-est ".

16. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet litigieux se situe en zone UC. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'implantation des constructions projetées devraient suivre un axe Nord-ouest/Sud-est.

En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions relatives à la desserte des constructions projetées :

17. Les requérants soutiennent, d'une part, que la demande de permis de construire prévoyait une emprise de 10 mètres concernant l'accès au terrain du projet litigieux, ce qui méconnaît les dispositions de l'article R*. 431-9 du code de l'urbanisme et, d'autre part, que le projet est incompatible avec les capacités de desserte de la voie privée dès lors que cet accès est inférieur à 6 mètres.

18. Aux termes de l'article R*. 431-9 du code de l'urbanisme : " [] Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder ". Aux termes de l'article A du titre II du plan local d'urbanisme : " 2/ Voirie : 1. La destination et l'importance des constructions ou installations doivent être compatibles avec la capacité de la voie publique ou privée qui les dessert. 2. En cas d'accès existants desservant de nouvelles opérations, ces derniers ne doivent pas présenter une largeur inférieure à 4 mètres. [] De 5 à 9 logements, l'emprise minimale de la voie de desserte en double sens ne peut être inférieure à 6 mètres ".

19. Si la notice jointe à la demande de permis de construire prévoyait une servitude de passage d'une largeur de 10 mètres, cette inexactitude n'a toutefois pu fausser l'appréciation du projet au regard de la réglementation applicable dès lors que le plan de masse prévoyait lui-même que la voie est inférieure à 10 mètres, puisqu'indiquant qu'elle est de six mètres. Par suite, le permis litigieux n'a ni méconnu les dispositions de l'article R*. 431-9 du code de l'urbanisme, ni celles de l'article A du plan local d'urbanisme de la commune de Cayenne.

En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions du PLU de la commune de Cayenne relatives à l'évacuation des eaux pluviales :

20. Aux termes de l'article B du titre II du plan local d'urbanisme de la commune de Cayenne : " 2/ Assainissement : [] Eaux pluviales : [] 4. Quelle que soit l'opération d'urbanisation, l'imperméabilisation et le ruissellement engendrés devront être quantifiés afin de mesurer les incidences sur les volumes d'eau à transiter dans le réseau communal. Conformément à la loi sur l'eau, la réalisation de toute nouvelle opération ne devra pas générer un débit à l'exutoire de la parcelle aménagée supérieur à celui observé avant aménagement. En conséquence les rejets supplémentaires devront être retenus temporairement sur le terrain par un dispositif de stockage adapté au projet, et à la charge du porteur de l'opération ". Il résulte de ces dispositions qu'une évaluation permettant de quantifier l'imperméabilisation et le ruissellement engendrés par les constructions projetées doit être réalisé préalablement à la délivrance d'un permis de construire.

21. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une telle évaluation ait été portée au dossier de la demande de permis de construire avant sa délivrance. Il s'ensuit qu'en l'absence d'une telle évaluation préalable, qui aurait permis à l'autorité administrative de vérifier la conformité du projet au regard des règles prévues dans le plan local d'urbanisme en matière d'assainissement et d'évacuation des eaux de pluie, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du plan local d'urbanisme de la commune de Cayenne doit, en l'état de l'instruction, être accueilli.

Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

22. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".

23. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 27 octobre 2020 par lequel le maire de la commune de Cayenne a délivré un permis de construire à l'EURL Les Vagues est entaché d'un vice tenant à l'absence d'évaluation préalable quant à l'imperméabilisation et au ruissellement engendrés par les constructions projetées. Ce vice est toutefois susceptible de régularisation. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de surseoir à statuer dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement, en vue de la régularisation du permis accordé au regard de ce qui a été retenu au point 21.

24. Il y a également lieu de surseoir à statuer, dans les mêmes conditions, sur les conclusions présentées tant par les requérants que par la commune de Cayenne tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur les conclusions de la requête des requérants ainsi que celles présentées par la commune de Cayenne tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative jusqu'à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement pour permettre à la commune de Cayenne de notifier au tribunal la régularisation du permis de construire en litige, au regard de ce qui a été mentionné au point 21.

Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. K H, M. V J, M. R et Mme O A, M. C et Mme S Q, M. T G, M. U et Mme D M, à la commune de Cayenne, à l'EURL Les Vagues et à Monsieur F N.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Bernabeu, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.

Le rapporteur,

Signé

S. P

Le président,

Signé

L. MARTIN Le greffier,

Signé

M.-Y. METELLUS

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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