jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2100876 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 juin 2021 et le 6 octobre 2022, Mme B A, représentée par Me Marciguey, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions de refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour et de délivrance d'un récépissé opposées oralement le 4 décembre 2020, le 8 février 2021 et le 12 avril 2021 par des agents de la préfecture de Guyane ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane d'enregistrer sa demande et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- les décisions en litige n'ont pas perdu leur objet ;
- elles sont entachées d'incompétence ;
- la décision du 12 avril 2021 est entachée d'un défaut de motivation ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit ;
- elles méconnaissent les dispositions des articles L. 311-4, R. 311-4 et R. 313-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2022, le préfet de la Guyane, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient, à titre principal, que la requête est irrecevable et, subsidiairement, que les moyens développés par le requérant ne sont pas fondés.
Par un courrier du 30 septembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2022, le préfet de la Guyane, représenté par Me Tomasi, conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme C.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, née en 2001, de nationalité chinoise, est entrée en France de manière régulière le 25 décembre 2010 à l'âge de neuf ans. Le 4 décembre 2020, l'intéressée a obtenu un premier rendez-vous afin de déposer sa demande de titre de séjour et par une décision orale du même jour, les services préfectoraux lui ont refusé l'enregistrement de sa demande et de lui délivrer un récépissé. Le 8 février 2021, elle a obtenu un deuxième rendez-vous qui a conduit à un même refus. Enfin, le 12 avril 2021, Mme A a obtenu un troisième rendez-vous et les services préfectoraux lui ont à nouveau refusé l'enregistrement de sa demande ainsi que la délivrance d'un récépissé. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler les décisions de refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour et de délivrance d'un récépissé opposées oralement les 4 décembre 2020, 8 février 2021 et 12 avril 2021 par des agents de la préfecture de la Guyane.
Sur le non-lieu à statuer :
2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.
3. Il ressort des pièces du dossier qu'un récépissé de demande de titre de séjour, valable du 5 août 2021 au 4 février 2022, a été délivré à Mme A postérieurement à la date d'introduction de la requête. De même, il ressort de l'extrait de l'application de gestion des dossiers des ressortissants étrangers en France (AGDREF), produit par le préfet le 26 septembre 2022, qu'un nouveau récépissé de demande de titre de séjour, valable du 2 septembre 2022 au 1er décembre 2022, a été délivré à l'intéressée. Toutefois, la requérante fait valoir, d'une part, que les décisions en litige ont reçu exécution dès lors notamment qu'elles l'ont privée de la possibilité de s'inscrire dans une formation ou de travailler et, d'autre part, que les récépissés délivrés ne satisfont pas à sa demande dans la mesure où ils ne l'autorisent pas à travailler. Ainsi, les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête, à l'exception de celles tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Guyane d'enregistrer sa demande de titre de séjour, ne sont pas devenues sans objet. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer ne peut être accueillie qu'en ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction relatives à l'enregistrement de la demande de titre de séjour de la requérante.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
4. Mme A joint à la requête un formulaire de demande d'admission au séjour signé de sa main ainsi que les courriers de confirmation de rendez-vous pour le 4 décembre 2020, le 8 février 2021 et le 12 avril 2021. Dès lors que le préfet se borne à soutenir que les décisions portant refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour n'existent pas sans toutefois nier le passage en préfecture de Mme A à ces trois dates, celle-ci doit être regardée comme s'étant bien présentée au guichet de la préfecture le 4 décembre 2020, le 8 février 2021 ainsi que le 12 avril 2021. Ainsi, l'existence des décisions orales de refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour doit être tenue pour établie. La fin de non-recevoir opposée par le préfet ne peut donc qu'être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
5. Aux termes de l'article R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Il est remis à tout étranger admis à souscrire une demande de première délivrance ou de renouvellement de titre de séjour un récépissé qui autorise la présence de l'intéressé sur le territoire pour la durée qu'il précise () ". Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet.
6. D'une part, aux termes de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité et, le cas échéant, de ceux de son conjoint, de ses enfants et de ses ascendants. ".
7. En l'espèce, et en ce qui concerne les décisions orales opposées le 8 février 2021, la requérante produit le courrier portant confirmation de rendez-vous sur lequel a été porté la mention " incomplet " au stylo et énonce, sans être contredite en défense, que le motif opposé par la préfecture réside dans l'absence d'un passeport en cours de validité dès lors que celui-ci est en cours de renouvellement. Toutefois, il n'est pas contesté que Mme A a produit, à l'appui de sa demande, d'autres documents permettant de justifier de son état civil ainsi que de sa nationalité et notamment d'anciens passeports, un acte de naissance ainsi qu'un document de circulation délivré par la République française et faisant état de son état civil et de sa nationalité. Ainsi, le caractère incomplet du dossier de demande de Mme A ne peut être regardé comme établi.
8. D'autre part, il est constant que Mme A a formulé, lors des rendez-vous du 4 décembre 2020 et du 12 avril 2021 à la préfecture de la Guyane, des demandes de titre de séjour en se prévalant de sa vie privée et familiale et que des refus d'enregistrement de ses demandes lui ont été opposés. Il n'est pas contesté par le préfet de la Guyane que Mme A a produit, à l'appui de ses demandes, l'ensemble des pièces prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que son dossier était donc complet au regard des pièces dont la production est prescrite par le code précité.
9. Ainsi, le préfet de la Guyane, qui était tenu d'enregistrer les demandes de titre de séjour formulées par Mme A et de lui délivrer des récépissés, a méconnu les dispositions de l'article R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, Mme A est fondée à demander l'annulation des décisions orales des 4 décembre 2020, 8 février 2021 et 12 avril 2021 par lesquelles le préfet de la Guyane a refusé d'enregistrer ses demandes de titre de séjour et de lui délivrer des récépissés.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Il résulte de ce qui précède que Mme A bénéficie d'un récépissé de demande de titre de séjour, valable du 2 septembre 2022 au 1er décembre 2022, qui ne l'autorise toutefois pas à travailler. Eu égard au motif d'annulation retenu et compte tenu de la nature de la demande de titre de séjour présentée sur le fondement du 1° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais repris à l'article L. 423-15, conformément à l'article R. 431-14 du même code désormais en vigueur, établissant la liste des titres de séjour dont le récépissé autorise le titulaire à travailler, il sera enjoint au préfet de la Guyane d'assortir ce récépissé d'une autorisation de travail, dans un délai qu'il convient de fixer à quinze jours à compter de la notification de la présente décision. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte de 50 euros par jour de retard passé le délai de deux mois.
Sur les frais liés au litige :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros à verser à Mme A au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction de la requête tendant à l'enregistrement de la demande de titre de séjour de Mme A.
Article 2 : Les décisions orales des 4 décembre 2020, 8 février 2021 et 12 avril 2021 par lesquelles le préfet de la Guyane a refusé d'enregistrer les demandes de titre de séjour de Mme A et de lui délivrer des récépissés sont annulées.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à Mme A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, un récépissé l'autorisant à travailler, sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé ce délai.
Article 4 : L'Etat versera à Mme A une somme de 900 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Guyane.
Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Martin, président,
Mme Schor, première conseillère,
Mme Deleplancque, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
La rapporteure,
Signé
C. C
Le président,
Signé
L. MARTIN La greffière,
Signé
M-Y. METELLUS
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026