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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2100899

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2100899

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2100899
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 18 janvier 2021 sous le n° 2100052, Mme B D, représentée par Me Guillon, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier Andrée Rosemon à lui payer des indemnités respectives de 40.000 euros au titre de la discrimination à raison de son handicap, de 40.000 euros au titre du harcèlement moral et de 20.000 euros au titre des troubles dans ses conditions d'existence occasionnés par l'illégalité fautive de la décision du 12 juin 2020 par laquelle la directrice adjointe chargée des ressources humaines l'a informée de l'application d'une retenue sur son traitement à compter du mois de juin 2020 pour absence de service fait du 2 janvier au 12 juin 2020 ;

2°) d'assortir ces indemnités des intérêts légaux à compter du 29 octobre 2020, eux-mêmes capitalisés ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier la somme de 6.000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient que :

- les dispositions des articles 6 et 6 sexies de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 et celles des articles 1er à 5 de la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 ont été méconnues ; son employeur n'a pas saisi le service d'appui au maintien dans l'entreprise d'un travailleur handicapé et s'est abstenu d'examiner les possibilités de reclassement ; le 8 juillet 2020, il a publié une offre d'emploi de cadre de santé et a attribué cet emploi à un autre agent à temps partiel thérapeutique ; cette attitude révèle un harcèlement moral au sens de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 ;

- elle peut prétendre à des indemnités respectives de 40.000 euros au titre de la discrimination à raison de son handicap, de 40.000 euros au titre du harcèlement moral et de 20.000 euros au titre des troubles dans ses conditions d'existence occasionnés par la décision du 12 juin 2020.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2021, le centre hospitalier Andrée Rosemon, représenté par Me Magnaval, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2.000 euros soit mise à la charge de Mme D au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

La clôture de l'instruction de l'affaire a été fixée au 15 juillet 2021 à 12 heures.

II. Par une requête enregistrée le 30 juin 2021 sous le n° 2100899, Mme B D, représentée par Me Guillon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 15 juin 2021 du silence gardé par le directeur du centre hospitalier Andrée Rosemon sur sa demande d'affectation sur un poste adapté de cadre formateur au sein de l'institut de formation en soins infirmiers de Cayenne ou de reclassement sur tout poste compatible avec son état de santé, sur sa demande tendant au versement de son plein traitement à compter du 4 juillet 2018, puis sur sa demande indemnitaire ;

2°) de condamner le centre hospitalier à lui payer une indemnité de 10.000 euros en réparation du préjudice moral occasionné par son absence d'affectation et une indemnité de 10.000 euros en réparation des troubles dans ses conditions d'existence occasionnés par la réduction de sa rémunération depuis le 4 juillet 2018 ;

3°) d'assortir ces montants des intérêts légaux à compter du 29 octobre 2020, eux-mêmes capitalisés ;

4°) d'enjoindre au centre hospitalier, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui proposer une affectation ou un reclassement dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, puis de lui payer la totalité de son traitement à compter du 4 juillet 2018 ;

5°) de mettre à la charge du centre hospitalier Andrée Rosemon la somme de 3.000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient que :

- le centre hospitalier a méconnu son obligation de reclassement prévue par l'article 71 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- depuis le 4 juillet 2018, il ne lui verse plus la totalité de son traitement et a commis une erreur d'appréciation en refusant de faire droit à sa demande.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 mars 2023, le centre hospitalier Andrée Rosemon, représenté par Me Magnaval, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2.000 euros soit mise à la charge de Mme D au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 ;

- le décret n° 89-376 du 8 juin 1989 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. C.

- et les observations de Me Seube substituant Me Magnaval, pour le centre hospitalier Andrée Rosemon, Mme D n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Cadre de santé de la fonction publique hospitalière, affectée au centre hospitalier Andrée Rosemon, Mme D a été victime, en août 2012, d'un accident non imputable au service. Elle a été placée en congé de maladie ordinaire, puis, à compter du 6 janvier 2014, en congé de longue maladie. Par une décision du 11 mai 2017, elle s'est vu reconnaître un taux d'incapacité supérieur ou égal à 80 % lui permettant de prétendre au bénéfice d'une carte d'invalidité et de l'allocation pour adultes handicapés du 1er février 2017 au 31 mai 2022. A compter du 4 juillet 2018, Mme D a été placée sur sa demande en position de reprise d'activité et le centre hospitalier a saisi le médecin du service santé travail, qui a estimé, le 28 août 2018, qu'elle devait bénéficier d'un temps partiel thérapeutique à hauteur de 50 %, puis l'a déclarée, le 5 octobre suivant, inapte à reprendre son poste, en relevant son aptitude à occuper un autre emploi.

2. Par deux requêtes enregistrées sous les n°s 2100052 et 2100899, qu'il y a lieu de joindre, Mme D demande l'annulation de la décision implicite de rejet née le 15 juin 2021 du silence gardé par le directeur du centre hospitalier sur sa demande d'affectation sur un poste adapté de cadre formateur au sein de l'institut de formation en soins infirmiers de Cayenne ou de reclassement sur un poste compatible avec son état de santé, sur sa demande tendant au versement de son plein traitement à compter du 4 juillet 2018, puis sur ses demandes indemnitaires. Elle demande, en outre, la condamnation de l'établissement à lui payer les montants respectifs de 10.000 euros au titre du préjudice moral occasionné par son absence d'affectation, de 10.000 euros au titre des troubles dans ses conditions d'existence occasionnés par la réduction de sa rémunération depuis le 4 juillet 2018, de 40.000 euros au titre de la discrimination à raison de son handicap, de 40.000 euros au titre du harcèlement moral et de 20.000 euros au titre des troubles dans ses conditions d'existence occasionnés par l'illégalité fautive de la décision du 12 juin 2020 par laquelle la directrice des ressources humaines l'a informée de l'application d'une retenue sur son traitement à compter du mois de juin 2020 pour absence de service fait du 2 janvier au 12 juin 2020.

3. Il résulte des articles 71 alors en vigueur de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière et 2 du décret du 8 juin 1989 pris pour l'application de ces dispositions, que lorsqu'un fonctionnaire est reconnu, par suite de l'altération de son état de santé, inapte à l'exercice de ses fonctions, il incombe à l'administration de rechercher si le poste qu'il occupe ne peut être adapté à son état ou, à défaut, de lui proposer une affectation dans un autre emploi de son grade compatible avec cet état. Si le poste ne peut être adapté ou si l'agent ne peut être affecté dans un autre emploi de son grade, il incombe à l'administration de tenter de le reclasser dans un autre emploi.

4. Il résulte de l'instruction que le directeur adjoint chargé des ressources humaines a proposé à Mme D un rendez-vous le 5 mars 2018, auquel elle ne s'est pas présentée, à l'effet d'examiner les conditions dans lesquelles elle pourrait reprendre le service. Si la requérante fait valoir que le 8 juillet 2020, le centre hospitalier a attribué à un autre agent un emploi de cadre de santé dans le cadre d'un temps partiel thérapeutique, le défendeur indique sans être sérieusement contredit que le taux d'incapacité de l'intéressée, déclarée inapte à reprendre son poste, ne lui permettait pas d'assurer ces fonctions. Si la requérante a sollicité son affectation sur un poste adapté de cadre formateur au sein de l'Institut de Formation en Soins Infirmiers de Cayenne, elle n'allègue pas qu'à la date du 15 juin 2021 à laquelle elle s'est vu opposer un refus implicite, un poste compatible avec son état de santé aurait été disponible. Alors que l'administration n'est tenue qu'à une obligation de moyen s'agissant du reclassement des agents publics devenus physiquement inaptes à occuper leur emploi et que le centre hospitalier fait valoir qu'aucun des emplois disponibles au sein de l'établissement n'était compatible avec les qualifications et l'état de santé de Mme D, celle-ci n'apporte aucun commencement de preuve de la possibilité de procéder à un reclassement en sa faveur. Enfin, le centre hospitalier n'était tenu par aucun texte de saisir le service d'appui au maintien dans l'entreprise d'un travailleur handicapé, que la requérante pouvait au demeurant saisir elle-même. Il en résulte que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite de rejet née le 15 juin 2021 sur ses demandes d'affectation sur un poste adapté de cadre formateur ou de reclassement. Elle n'est pas davantage fondée à demander l'annulation de la décision du 15 juin 2021 en tant qu'elle rejette sa demande tendant au versement de la totalité de son traitement à compter du 4 juillet 2018. En l'absence d'illégalité fautive, ses conclusions indemnitaires ne peuvent qu'être rejetées.

5. Il ne résulte d'aucun élément de l'instruction que l'absence de service accompli par Mme D du 2 janvier au 12 juin 2020 ne résulterait pas de l'impossibilité pour l'administration de procéder à son reclassement. L'intéressée devait, dès lors, être regardée comme étant, pendant cette période, dans une situation d'absence de service fait permettant à l'administration de décider d'une restitution des sommes perçues. Ainsi, la décision du 12 juin 2020 par laquelle la directrice adjointe chargée des ressources humaines l'a informée de l'application d'une retenue sur son traitement pour absence de service fait n'est entachée d'aucune illégalité fautive de nature à lui ouvrir droit à réparation.

6. Mme D, qui allègue avoir été victime de discrimination en raison de son handicap et de harcèlement moral, invoque la méconnaissance des articles 1er à 5 de la loi du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations, des articles 6 et 6 sexies alors en vigueur de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et de l'article 6 quinquies alors en vigueur de la même loi. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime de discrimination ou d'agissements de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. En l'espèce, la requérante n'apporte aucun élément de fait permettant de faire présumer de telles pratiques à son égard. Il en résulte qu'elle n'est pas fondée à demander la condamnation du centre hospitalier à réparer les préjudices qu'elle allègue avoir subis.

7. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions de Mme D tendant à ce qu'il soit enjoint au centre hospitalier de lui proposer une affectation et de lui payer la totalité de son traitement à compter du 4 juillet 2018 ne peuvent qu'être rejetées.

8. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge du centre hospitalier Andrée Rosemon, qui n'est pas la partie perdante, les sommes que Mme D demande à ce titre. Il n'y a pas lieu, en l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par le centre hospitalier.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme D sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier Andrée Rosemon présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au centre hospitalier Andrée Rosemon.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023

La rapporteure,

Signé

M.T. A Le président,

Signé

L. MARTINLe greffier,

Signé

J. LEBOURG

La République mande et ordonne au ministre de la Santé et de la Prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

N°s 2100052, 2100899

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