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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2101071

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2101071

jeudi 27 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2101071
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTSHEFU EMILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2021, l'Organisation des Producteurs et Eleveurs de Guyane (OPEG), représentée par Me Tshefu, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 28 avril 2021 du silence gardé par le directeur de l'environnement, de l'agriculture, de l'alimentation et de la forêt (DEAAF) de la Guyane sur sa demande d'agrément pour l'accès aux aides au titre des mesures en faveur des productions agricoles (MFPA) du programme d'options spécifiques à l'éloignement et à l'insularité (POSEI) 2020 en matière de " Structuration de l'élevage (hors transformation) " ;

2°) d'enjoindre au directeur de la DEAAF, sous astreinte de 1.000 euros par jour de retard, de lui délivrer cet agrément dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3.000 euros au titre des frais d'instance.

L'OPEG soutient que :

- l'administration a retiré son agrément implicitement renouvelé jusqu'au 8 mai 2022 sans respecter le principe du contradictoire ;

- le droit acquis au renouvellement implicite de l'agrément accordé le 9 mai 2019 a été méconnu ; il en va de même, d'une part, de l'article 5 de l'arrêté préfectoral n° R03-2019-07-09-010 du 9 juillet 2019 excluant tout retrait implicite et prévoyant la notification des refus d'agrément, d'autre part, de l'article L.242-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 septembre 2022, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête en opposant sa tardiveté et l'absence de moyen fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée au 30 septembre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le règlement (UE) nº 228/2013 du Parlement européen et du Conseil du 13 mars 2013 ;

- le règlement d'exécution (UE) n° 180/2014 de la Commission du 20 février 2014 établissant les modalités d'application du règlement (UE) n°228/2013 ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- l'arrêté préfectoral n° R03-2019-07-09-010 du 9 juillet 2019 portant sur les conditions d'agrément au titre de structures éligibles pour l'accès aux aides POSEI-MFPA ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. C,

- et les observations de Me Fettler substituant Me Tshefu pour la société Vivenda et celles de Mme B pour le préfet de la Guyane.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 9 mai 2016, le directeur adjoint de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt de la Guyane a délivré à l'Organisation des Producteurs et Eleveurs de Guyane (OPEG) un agrément sous le n° 2014-GPA-008 pour l'accès aux aides au titre des mesures en faveur des productions agricoles animales du programme d'options spécifiques à l'éloignement et à l'insularité (POSEI) à compter de la campagne 2016.

2. Aux termes de l'article D. 691-19 du code rural et de la pêche maritime : " Les préfets, en tant qu'autorités coordinatrices désignées par le programme POSEI-France pour sa mise en œuvre au niveau local, peuvent : () 4° Définir les conditions supplémentaires d'agrément des opérateurs pour l'accès aux mesures en faveur des productions agricoles () ". Par un arrêté n° R03-2019-07-09-010 du 9 juillet 2019 portant sur les conditions d'agrément au titre des structures éligibles pour l'accès aux aides POSEI-MFPA pour la mise en œuvre de la nouvelle procédure de contrôle d'agrément et d'éligibilité concernant notamment les filières de l'élevage en application des décrets du 22 janvier 2018 relatif au programme d'options spécifiques à l'éloignement et à l'insularité (POSEI-France) et du 6 septembre 2018 relatif au régime de sanctions dans le cadre du programme POSEI-France, le préfet de la Guyane a défini les nouvelles conditions d'agrément, a précisé que les critères d'éligibilité étaient valables à compter de la campagne 2019, et a abrogé son précédent arrêté n° 2014 286-0019/DAAF du 13 octobre 2014.

3. Par un courrier du 30 juillet 2019, le directeur de l'environnement, de l'agriculture, de l'alimentation et de la forêt (DEAAF) de la Guyane a informé l'OPEG de la fin de la reconduction tacite des agréments en 2019 et de la nécessité de solliciter le renouvellement de son agrément pour la campagne 2020. Par un courrier du 30 août 2019, l'OPEG a déposé cette demande de renouvellement pour l'accès aux aides au titre des mesures en faveur des productions agricoles du programme POSEI 2020 en matière de " Structuration de l'élevage hors transformation ". Par un courrier du 22 juillet 2020, le directeur de la DEAAF a indiqué à l'OPEG que le dossier de demande de renouvellement de son agrément déposé le 30 août 2019 était incomplet.

4. Par ailleurs, en novembre 2019, la Cour des comptes européenne a réalisé un audit sur la demande d'aide présentée par l'OPEG au titre du 1er semestre 2018. Par un courrier du 10 avril 2020, le directeur de l'ODEADOM a informé l'OPEG de la nécessité de produire pour le 17 avril des éléments à la Cour, qui faisait état, dans ses constatations préliminaires, de pratiques abusives et d'un taux d'inéligibilité des dépenses de 90,79%. L'OPEG a répondu les 25 et 30 avril 2020. Par un courrier du 11 août suivant adressé à l'ODEADOM, le directeur de la DEAAF de la Guyane a fait état des manquements de l'OPEG relevés par la Cour des comptes, notamment concernant les prescriptions des articles D.551-24 et D.551-27 à 29 du code rural et de la pêche maritime, lui a demandé de lui adresser un courrier d'avertissement avec un délai de mise en conformité limité à quatre mois, sous peine de retrait de l'agrément et l'a informé de la suspension des paiements au titre de la campagne 2020. Par un courrier du 13 août 2020, le directeur par intérim de la DEAAF a adressé ce courrier d'avertissement à l'OPEG en l'informant sans ambiguïté qu'en l'absence de mise en conformité avant le 13 décembre suivant son agrément serait retiré. L'OPEG a déposé des pièces complémentaires le 17 décembre 2020, après l'expiration de ce délai, sans justifier de sa mise en conformité avec les prescriptions règlementaires.

5. L'OPEG, qui a déposé, le 28 février 2021, une demande de solde au titre de la campagne 2020, demande l'annulation de la décision implicite de rejet née le 28 avril 2021 du silence gardé sur cette demande, qu'elle analyse comme un refus de renouvellement de son agrément.

6. En admettant même que la décision implicite de rejet née sur la demande de solde au titre de la campagne 2020 puisse être regardée comme un refus implicite d'agrément, l'OPEG ne conteste pas qu'elle ne satisfaisait plus aux conditions d'éligibilité prévues par les articles D.551-24 et D.551-27 à 29 du code rural et de la pêche maritime, comme l'avait relevé la Cour des comptes. Elle invoque, toutefois, le retrait illégal de son droit acquis au renouvellement tacite de son agrément jusqu'au 8 mai 2022.

7. Aux termes de l'article L.242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits () que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ". Par dérogation, l'article L.242-2 du même code autorise l'administration, sans condition de délai à : " 1° Abroger une décision créatrice de droits dont le maintien est subordonné à une condition qui n'est plus remplie ; 2° Retirer une décision attribuant une subvention lorsque les conditions mises à son octroi n'ont pas été respectées ". Au surplus, l'agrément délivré le 9 mai 2016 à l'OPEG précise que " Sous la réserve des modifications des textes, cet agrément ouvre droit aux aides figurant en annexe. Cet agrément est reconductible tant qu'il ne fait pas l'objet d'une démarche d'annulation ou de modification par l'opérateur ou par la DAAF ". En admettant que l'agrément de l'OPEG aurait été tacitement renouvelé jusqu'au 8 mai 2022, l'Etat pouvait légalement le retirer, ainsi qu'il l'a fait, en tout état de cause avant l'expiration d'un délai de quatre mois alors que le retrait n'était soumis à aucune condition de délai, par le courrier du 30 juillet 2019 faisant état sans ambiguïté de la fin de la reconduction tacite de l'agrément et de la nécessité d'en solliciter le renouvellement pour la campagne 2020. Le moyen tiré du retrait illégal d'une décision créatrice de droits ne peut, dès lors, qu'être écarté.

8. Dans les circonstances exposées aux points 3 et 4, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire ne peut qu'être écarté, l'OPEG ayant été mis à même de présenter ses observations à plusieurs reprises.

9. Si l'OPEG soutient que les dispositions de l'article 5 de l'arrêté préfectoral du 9 juillet 2019 excluent tout retrait implicite des agréments, compte tenu des mentions du courrier du 30 juillet 2019 faisant état de la fin de la reconduction tacite de l'agrément et de la nécessité d'en solliciter le renouvellement pour la campagne 2020, elle ne peut être regardée comme ayant fait l'objet d'un retrait implicite de son agrément. Le moyen ne peut en tout état de cause qu'être écarté.

10. Enfin, le défaut de notification d'un refus d'agrément est sans incidence sur la légalité de cette décision.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Guyane, que l'OPEG n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite de rejet née le 28 avril 2021 du silence gardé sur sa demande. Sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'Organisation des Producteurs Eleveurs de Guyane est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'Organisation des Producteurs et éleveurs de Guyane, à la Direction de l'Agriculture et de la Forêt et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 202La rapporteure,

Signé

M.T. A Le président,

Signé

L. MARTINLa greffière,

Signé

S. MERCIER

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire et au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation le greffier,

Signé

M-Y. METELLUS

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