jeudi 8 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2200017 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | JUNIEL AUDE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, deux mémoires et des pièces complémentaires, enregistrés les 6 et 7 janvier, 26 décembre 2022 et 3 février 2023, Mme E H, Mme C N et M. T J, M. G D, M. P B, Mme S K et M. O A, M. L M, M. F Q et Mme I U, représentés par la SELARL Mariema-Bouchet, demandent au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté n° PC 973 302 21 10045 du 13 juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Cayenne a délivré à la société civile immobilière de construction-vente (SCCV) La Villa Bourda un permis de construire sur les parcelles cadastrées BM 743 et 744 ;
2°) de mettre à la charge de la SCCV La Villa Bourda et de la commune de Cayenne le versement d'une somme de 7 000 euros à chacun d'entre eux, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- le permis contesté méconnaît les dispositions de l'article R*. 431-5 du code de l'urbanisme dès lors que la demande de permis de construire comporte des incohérences entre le formulaire Cerfa et les plans produits quant à la localisation précise du terrain d'assiette, au regard de la parcelle cadastrée BM 745 et de l'accès en double sens de circulation sur la parcelle cadastrée BM 742 ;
- il méconnaît les dispositions des articles R*. 431-8 et R*. 431-9 du code de l'urbanisme dès lors que la notice présentée à l'appui du projet en litige, d'une part, ne précise ni les plantations qui devront être conservées, supprimées ou créées sur le terrain d'assiette du projet ni les modalités de raccordement des ouvrages aux systèmes d'assainissement, d'autre part, prévoit de manière erronée un accès au parking des logements collectifs via la parcelle BM 742 et, enfin, le plan de masse est incomplet et le plan de coupe inexistant ;
- l'avis de la communauté d'agglomération du centre littoral (CACL) a été rendu avant même le dépôt en mairie de la demande de permis, de sorte que la CACL ne s'est pas prononcée sur le dossier soumis à l'autorité administrative ;
- les avis émis par l'Architecte des bâtiments de France et le Service départemental d'incendie et de secours sont irréguliers dès lors qu'ils n'auraient pas été rendus au regard d'un dossier complet, eu égard aux modifications apportées au projet ;
- le projet litigieux méconnaît les dispositions de l'article A du PLU de Cayenne dès lors que les plans ne mentionnent pas la largeur des accès et des voies de circulation au terrain d'assiette du projet ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UD4 du PLU de Cayenne dès lors que, d'une part, le bâtiment D ne respecte pas la distance de recul de 3 mètres vis-à-vis de la route de Bourda et que les bâtiments D et E sont à moins de 3 mètres de l'emprise que constitue la voie sise sur la parcelle BM 745 et, d'autre part, le bâtiment F ne respecte pas les 3 mètres de recul vis-à-vis des limites séparatives et que les bâtiments D et E empiètent sur les parcelles voisines eu égard aux débords de toiture ;
- il ne respecte pas l'obligation de 30 % de surface d'espace de pleine terre prévue par l'article UD 6 du PLU de la commune de Cayenne et qu'il ne prévoit aucun espace collectif ;
- il ne respecte pas les dispositions de l'article UD 7 du PLU de Cayenne dès lors que ne serait pas prévue la plantation d'arbre pour la création de parcs de stationnement non couverts ;
- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors que le bâtiment E se situe au niveau du dispositif de traitement des eaux usées de la résidence La Villa Bourda, ce qui aura pour effet de " fragiliser le bon fonctionnement de la station de traitement " et créera des nuisances pour les futurs résidents ;
- il ne respecte pas les règles de recul des constructions vis-à-vis des canaux d'évacuation des eaux, de sorte qu'il existerait un risque d'obstruction au bon écoulement des eaux, ainsi qu'un risque d'inondation et de mouvement de terrain.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 19 décembre 2022 et 2 janvier 2023, la SCCV La Villa Bourda, représentée par Me Page, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 8 000 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que, d'une part, elle est tardive, d'autre part, les requérants n'ont pas notifié leur recours administratif au pétitionnaire et, enfin, qu'ils ne justifient pas d'un intérêt pour agir ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 janvier 2023, la commune de Cayenne, représentée par Me Juniel, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que, d'une part, la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir contre le permis litigieux et, d'autre part, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par un courrier du 9 mai 2023, les parties ont été invitées, en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, à présenter leurs observations sur la possibilité pour le tribunal de surseoir à statuer jusqu'à la régularisation du permis de construire contesté par la production, dans un délai déterminé, d'un permis modificatif visant à garantir le respect de la règle de recul de 3 mètres par les bâtiments D et E au regard de la voie constituée par la rue " Jacob le Maire " sur la parcelle BM 745.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le plan local d'urbanisme de la commune de Cayenne ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bernabeu ;
- les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public ;
- les observations de Me Sémonin, substituant la Selarl Mariama-Bouchet, représentant Mme H et autres ;
- les observations de Me Page, représentant la SCCV La Villa Bourda ;
- et les observations de Me Juniel, représentant la commune de Cayenne.
Considérant ce qui suit :
1. La SCCV La Villa Bourda a sollicité le 30 mars 2021 un permis de construire pour une résidence de trois villas jumelées de type T5 et de 14 logements collectifs de type T2 (2) et T3 (12) sis au 400 route de Bourda à Cayenne. Par un arrêté du 13 juillet 2021, le maire de Cayenne a accordé le permis de construire sollicité, tout en l'assortissant d'un certain nombre de prescriptions. Par un courrier du 8 septembre 2021, réceptionné le 10 septembre 2021 par les services de la mairie de Cayenne, un collectif de copropriétaires de la résidence Villa Bourda, composé de Mme H, Mme N, M. J, M. D, M. B, Mme K, M. A, M. M, M. Q, Mme U et M. R, a formé un recours gracieux à l'encontre de ce permis de construire. Par la présente requête, Mme H, Mme N, M. J, M. D, M. B, Mme K, M. A, M. M, M. Q et Mme U demandent l'annulation de l'arrêté du 13 juillet 2021.
Sur les fins de non-recevoir soulevées par la commune de Cayenne :
2. D'une part, la SCCV La Villa Bourda soutient que la requête est tardive dès lors que le permis en litige a fait l'objet d'un affichage régulier sur le terrain d'assiette du projet pendant une période continue de deux mois à compter du 30 août 2021.
3. Aux termes de l'article R*. 600-2 du code de l'urbanisme prévoit que : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ". Aux termes de l'article R*. 424-15 du même code : " Mention du permis explicite ou tacite ou de la déclaration préalable doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté ou dès la date à laquelle le permis tacite ou la décision de non-opposition à la déclaration préalable est acquis et pendant toute la durée du chantier. [] Un arrêté du ministre chargé de l'urbanisme règle le contenu et les formes de l'affichage ". Aux termes de l'article A. 424-18 du code précité : " Le panneau d'affichage doit être installé de telle sorte que les renseignements qu'il contient demeurent lisibles de la voie publique ou des espaces ouverts au public pendant toute la durée du chantier ".
4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'affichage du permis de construire sur le terrain d'assiette de la construction autorisée doit être effectué de telle façon que les mentions qu'il comporte soient visibles et lisibles de la voie publique.
5. Il ressort des pièces du dossier que l'affichage du permis litigieux a été effectué sur une clôture en grillage rigide attenante à la rue " Jacob le Maire ", sise sur la parcelle privée BM 745, perpendiculairement à l'axe de la route de Bourda, et en retrait de cette voie publique de plusieurs mètres. De sorte que cet affichage, eu égard à sa position, était partiellement visible pour les usagers empruntant la route de Bourda. En tout état de cause, et à supposer même que la rue " Jacob le Maire " puisse être qualifiée d'espace ouvert au public, il ressort des pièces du dossier que l'emplacement de cet l'affichage était en retrait de cette voie de plusieurs mètres, de sorte que la mention des voies et délais de recours, dont la police de caractère était plus petite que celle concernant les informations sur le projet, n'était pas lisible depuis la rue. Par suite, l'affichage ainsi réalisé ne répondait pas aux exigences de la réglementation en vigueur et n'a pu avoir pour effet de faire commencer à courir le délai de recours prévu à l'article R*. 600-2 du code de l'urbanisme. Il y a donc lieu d'écarter la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête.
6. D'autre part, la SCCV La Villa Bourda soutient que le recours administratif ne lui aurait pas été notifié, en méconnaissance des dispositions de l'article R*. 600-1 du code de l'urbanisme. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que ce recours, formulé par l'ensemble des requérants, a été envoyé par courrier en recommandé avec accusé de réception à la SCCV La Villa Bourda, qui l'a réceptionné le 13 septembre 2021. Par suite, l'obligation de notification du recours administratif au pétitionnaire dans un délai 15 jours, prévue par les dispositions de l'article R*. 600-1 du code de l'urbanisme, a été remplie.
7. Enfin, la SCCV La Villa Bourda soutient que les requérants ne justifieraient pas d'un intérêt à agir à l'encontre du permis litigieux.
8. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".
9. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous les éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat, justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du permis sollicité se situe sur les parcelles cadastrées BM 743 et BM 744, contigües à la parcelle BM 742 sur laquelle l'ensemble des requérants justifient, par la production d'acte notarié ou d'attestation d'un tel acte, être en copropriété. Eu égard à l'importance du projet, à savoir la construction d'un ensemble de bâtiments d'habitat collectif et de villas jumelées pour un total de 17 logements sur 3 bâtiments, les requérants, qui sont voisins immédiats du projet en litige, doivent être regardés comme ayant chacun un intérêt à agir à l'encontre du permis contesté. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté litigieux sont recevables sur ce point.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme :
11. Aux termes de l'article R*. 431-5 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire précise : [] c) La localisation et la superficie du ou des terrains ".
12. D'une part, il ressort de la lecture du Cerfa de la demande de permis litigieux que le projet prévoyait la réalisation de 36 places de parking, dont 11 devaient être sises sur la parcelle BM 745, de sorte qu'il n'y a pas de contradictions sur ce point avec le plan de masse qui fait état d'une dizaine de places de parking sur la parcelle précitée.
13. D'autre part, si la notice explicative prévoyait que l'accès au parking des logements collectifs se ferait par la résidence voisine La Villa Bourda, sise sur la parcelle BM 742, il ressort toutefois des écritures en défense ainsi que des plans complémentaires produits dans le cadre de l'instruction de la demande de permis, et notamment du plan de masse projeté (réseaux EU), que cet accès n'a pas été retenu et qu'un autre, via la rue " Jacob le Maire ", sur la parcelle BM 745, a été privilégié, une servitude de passage ayant été accordée par la société immobilière de Kourou, propriétaire de cette parcelle, à la SCCV La Villa Bourda. Dans ces conditions, l'inexactitude relevée dans la notice explicative quant aux voies d'accès du projet en litige n'a pas été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur sa conformité à la règlementation applicable.
14. Enfin, il est constant que le terrain d'assiette du projet litigieux se situe sur les parcelles BM 743 et 744. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R*. 431-5 du code de l'urbanisme ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'incomplétude du dossier du permis de construire :
15. Aux termes de l'article R*. 431-8 : " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; [] e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; /f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ". Aux termes de l'article R*. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. /Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. /Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder ".
16. Si les requérants soutiennent que la notice présentée à l'appui du projet en litige ne précise pas les plantations qui devront être conservées, supprimées ou créées sur le terrain d'assiette de ce projet, il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment des plans modifiés attestant de la conformité du projet aux règles d'urbanisme applicables, que huit arbres sont prévus au niveau des places de stationnement, afin de se conformer aux dispositions du plan local d'urbanisme de Cayenne en matière de stationnement. Par suite, l'absence de précisions sur les plantations supprimées ou conservées n'est pas de nature à fausser l'appréciation de la commune de Cayenne sur la conformité du projet au regard de la réglementation applicable.
17. S'agissant du raccordement au système d'assainissement, il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan de masse projeté (réseaux EU) que le projet en litige prévoit la construction de deux cuves d'assainissement, auxquels seront raccordés l'ensemble des bâtiments construits. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le permis litigieux serait incomplet sur ce point.
18. Enfin, la circonstance que le plan de masse initial prévoyait un accès au parking des logements collectifs via la parcelle BM 742 alors que cet accès a été modifié à l'occasion du plan de masse projeté (réseaux EU) en le faisant passer par la parcelle BM 745, grâce à la création d'une servitude de passage sur cette parcelle, n'a pas été de nature à fausser l'appréciation portée par la commune de Cayenne sur la conformité du projet aux règles de desserte des terrains par les voies publiques ou privées. De même, n'a pas été davantage de nature à fausser l'appréciation portée par la commune de Cayenne sur la conformité du projet à la réglementation d'urbanisme la circonstance que le dossier de demande serait dépourvu de plan de coupe et que le plan de masse serait incomplet.
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'avis de la communauté d'agglomération du centre littoral :
19. Aux termes de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme : " : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : [] d) Le document attestant de la conformité du projet d'installation d'assainissement non collectif au regard des prescriptions réglementaires, prévu au 1° du III de l'article L. 2224-8 du code général des collectivités territoriales, dans le cas où le projet est accompagné de la réalisation ou de la réhabilitation d'une telle installation ".
20. Il ressort des pièces du dossier que la communauté d'agglomération du centre littoral a rendu un avis sur la conformité du projet aux règles applicables en matière d'assainissement le 19 mars 2021, avant la délivrance du permis de construire sollicité. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'avis de la communauté d'agglomération du centre littoral ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne la régularité des avis rendus dans le cadre de la demande de permis :
21. Les requérants soutiennent que les avis émis par l'Architecte des bâtiments de France et le service départemental d'incendie et de secours de Guyane sont irréguliers dès lors qu'ils n'auraient pas été rendus au regard d'un dossier complet, eu égard aux modifications apportées au projet.
22. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que les modifications apportées au projet initial soient telles, eu égard à leur importance et à leur nature, qu'elles aient eu pour incidence de remettre en cause la conception générale du projet, l'implantation des bâtiments et leur hauteur. De sorte qu'elles n'ont pas eu pour conséquence de modifier substantiellement le permis initial et, partant, aient nécessité une nouvelle demande de permis. Par suite, les requérants ne sauraient utilement soutenir que les avis précités des 12 avril et 10 mai 2021 sont irréguliers dès lors qu'ils ont été rendus sur le projet en litige tel que conçu initialement.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article A du PLU de Cayenne :
23. Aux termes de l'article A du plan local d'urbanisme de la commune de Cayenne : " 1. La destination et l'importance des constructions ou installations doivent être compatibles avec la capacité de la voierie publique ou privée qui les dessert. /2. En cas d'accès existants desservant de nouvelles opérations, ces derniers ne doivent pas présenter une largeur inférieure à 4,00 mètres. Jusqu'à 4 logements, l'emprise minimale de la voie de desserte en double sens ne peut être inférieure à 4,00 mètres. De 5 à 9 logements, l'emprise minimale de la voie de desserte en double sens ne peut être inférieure à 6,00 mètres. A partir de 10 logements, l'emprise minimale de la voie de desserte en double sens ne peut être inférieure à 10 mètres [] ". Le PLU de la commune de Cayenne définit les emprises publiques et voies comme comprenant à la fois les espaces ouverts au public affectés aux déplacements, quel qu'en soit le mode d'utilisation, ainsi que les espaces végétalisés paysagers qui les accompagnent.
24. Il ressort des pièces du dossier que la voie de desserte au terrain d'assiette du projet litigieux, comportant 17 logements répartis sur 4 bâtiments, est la rue " Jacob le Maire " sise sur la parcelle BM 745, voie d'accès existante qui permet de desservir la résidence des Salines de Bourda, sise sur la parcelle BM 669. Si les requérants relèvent qu'aucun élément du permis de construire ne permet de connaître la largeur de la voie de circulation sise sur la parcelle BM 745, la SCCV La Villa Bourda fait état d'une emprise totale de 15 mètres de largeur, en prenant en compte les places de stationnement créées sur la parcelle BM 745. Si les pièces du dossier ne permettent pas d'établir avec précision la largeur de cette voie, il ressort néanmoins de celles-ci, et notamment du plan de masse projeté (réseaux EU) qu'elle apparaît comme composée d'une chaussée de 6 mètres de largeur, d'un trottoir de 1,5 mètres de largeur ainsi que d'un espace enherbé et planté, de telle sorte que l'emprise de cette voie de desserte ne saurait être inférieure à 10 mètres. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article A du PLU de Cayenne ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UD 6 du PLU de Cayenne :
25. Aux termes de l'article UD 6 : " 1 - Au moins 30 % de la superficie de la parcelle ou de l'unité foncière devra être préservé en pleine terre sans surplomb (hors stationnement) et plantés d'essences végétales locales. 2 - Pour les opérations d'ensemble de plus de 1 000 m2 de surface de plancher destinée à l'habitation créée ou réalisable dans le cas des lotissements, il sera aménagé un espace collectif planté et équipé d'un seul tenant. Cet espace, affecté en aire de jeux, de sports ou de loisirs, devra être en adéquation avec l'importance du programme au sein duquel il s'inscrit. Sa superficie ne sera pas inférieure à 10 % du terrain aménagé ".
26. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit 940,46 m2 d'espaces verts, augmentés d'une surface de 126 m2 d'espace vert collectif d'un seul tenant, soit plus de 30 % des 2 426 m2 correspondant à la surface totale du terrain d'assiette. En outre, le projet litigieux portant sur une surface de plancher de 1 236 m2, l'espace collectif d'un seul tenant ne saurait être considéré comme étant inférieur à 10 % du terrain aménagé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UD 6 du PLU de Cayenne ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UD 7 du PLU de Cayenne :
27. Aux termes de l'article UD 7 : " 1 - Les parcs de stationnement non couverts sont autorisés sous condition qu'ils soient plantés à raison d'un arbre de haute tige pour 4 places ".
28. Il ressort des pièces du dossier, qu'outre les deux amandiers conservés, le projet prévoit la plantation de 6 nouveaux arbres pour 19 places, selon les dispositions de l'article UD 7 du PLU de Cayenne. Par suite ce moyen ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme :
29. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".
30. Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.
31. En l'espèce, la circonstance que le bâtiment E se situerait à côté du système d'assainissement de la résidence la Villa Bourda, dont sont propriétaires les requérants, en méconnaissance d'un guide de bonnes pratiques ne saurait être regardée, à elle seule, alors même que ce système ne respecte pas lui-même les prescriptions de ce guide vis-à-vis des bâtiments constituant la résidence la Villa Bourda, comme portant un risque d'atteinte à la salubrité publique. Par suite, le maire de la commune de Cayenne n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation sur ce point.
En ce qui concerne la méconnaissance du plan de prévention des risques liés aux mouvement de terrains :
32. Il ressort du plan de prévention des risques liés aux mouvements de terrain que le terrain d'assiette du projet se situe en zones bleues B3 (constructibles avec prescriptions). Ce plan prévoit que, pour ces zones, une étude technique doit être réalisé par un bureau d'étude compétent afin de définir les mesures de constructions adaptées au projet et au site. Cette étude doit porter uniquement sur la stabilité du terrain, vis-à-vis des glissements de versant de grande ampleur et définir les mesures de protections adéquates éventuellement nécessaires. Il prévoit aussi, s'agissant des prescriptions particulières en matière d'eaux de ruissellement, que ces dernières doivent être canalisées et évacuées en évitant tout désordre dans les pentes.
33. En l'espèce, le maire de Cayenne a assorti le permis accordé, ayant été pris à la suite d'une étude des risques liés aux mouvements de terrain conformément au plan de prévention des risques liés aux mouvements de terrains, de prescriptions particulières visant au bon écoulement des eaux pluviales, et notamment que les axes et le sens d'écoulement des eaux pluviales ne devaient pas être modifiés, que l'écoulement devait se faire vers un exutoire particulier, que les eaux pluviales provenant des toitures devaient être conduites via les caniveaux et les fossés d'évacuation prévus à cet effet, sans qu'elles ne soient déversées dans le réseau public d'assainissement urbain, et que des mesures de précaution devaient être prises afin d'éviter la dégradation des fonds voisins.
34. Dans ces conditions, le maire de la commune de Cayenne ayant entendu précisé les conditions d'application des prescriptions générales prévues dans le plan de prévention des risques de mouvements de terrain, le moyen tiré de la méconnaissance de ces prescriptions ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UD 4 du PLU de Cayenne :
S'agissant de la distance de recul vis-à-vis des limites séparatives :
35. Aux termes de l'article UD 4 : " 1 - L'implantation des constructions se fera : soit en limite séparative ; soit en retrait de la limite séparative, de telle manière que la distance horizontale de tout point du bâtiment à édifier au point le plus proche de la limite séparative soit au moins égale à la moitié de la hauteur de ce bâtiment mesurée à l'égout du toit sans jamais être inférieure à 3 mètres ".
36. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan de masse projeté que l'implantation du bâtiment D est en limite séparative des parcelles n° 745 et 742, de même que le bâtiment E, de sorte que le moyen n'est pas fondé sur ce point. Le bâtiment F est en limite séparative de la parcelle BM 669 et sa façade sud à 3 mètres de la limite séparative de la parcelle n° 742, de sorte que, là encore, le moyen n'est pas fondé.
S'agissant de la distance de recul vis-à-vis des voies et emprises publiques d'accès :
37. Aux termes de l'article UD 4 : " 1 - Les constructions devront s'implanter en respectant un recul de 3 mètres minimum par rapport à l'alignement des voies publiques ou privées, ou de la limite d'emprise publique qui s'y substitue. Cette règle ne s'applique pas pour les annexes où l'implantation est libre ".
38. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la distance de recul du bâtiment D avec la route de Bourda est comprise entre 3,07 et 3,27 mètres. Si les requérants soutiennent le fait que n'est pas pris en compte les débords de toiture, il ressort toutefois du PLU de Cayenne que les débords sont exclus de cette mesure. De sorte que, sur ce point, le projet contesté respecte l'article UD 4 du PLU de Cayenne.
39. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que les bâtiments D et E ne respectent pas la règle de recul au regard de la voie d'accès que constitue la rue " Jacob le Maire " dès lors qu'ils sont implantés en limite séparative avec cette voie d'accès. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir, qu'en l'état de l'instruction, le permis litigieux méconnaît l'article UD 4 du PLU de Cayenne en tant que les bâtiments D et E ne respectent pas la règle de recul vis-à-vis de la rue " Jacob le Maire " sise sur la parcelle adjacente BM 745.
Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :
40. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".
41. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 13 juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Cayenne a délivré un permis de construire à la SCCV La Villa Bourda méconnaît l'article UD 4 du PLU de Cayenne en tant que les bâtiments D et E ne respectent pas la règle de recul de 3 mètres vis-à-vis de la voie que constitue la rue " Jacob le Maire ". Ce vice est toutefois susceptible de régularisation dès lors que la régularisation à opérer n'aurait pas pour conséquence de bouleverser la nature du projet. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de surseoir à statuer dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement, en vue de la régularisation du permis accordé au regard de ce qui a été retenu au point 39.
42. Il y a également lieu de surseoir à statuer, dans les mêmes conditions, sur les conclusions présentées tant par les requérants que par la SCCV La Villa Bourda et la commune de Cayenne tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il est sursis à statuer sur les conclusions de la requête des requérants ainsi que celles présentées par la SCCV La Villa Bourda et la commune de Cayenne tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative jusqu'à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement pour permettre au pétitionnaire de régulariser sa demande de permis de construire et à la commune de Cayenne de notifier au tribunal un permis de construire respectant la règle de distance de recul vis-à-vis des voies d'accès.
Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E H, Mme C N et M. T J, M. G D, M. P B, Mme S K et M. O A, M. L M, M. F Q et Mme I U, à la commune de Cayenne et à la SCCV La Villa Bourda.
Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Martin, président,
Mme Lacau, première conseillère,
M. Bernabeu, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.
Le rapporteur,
Signé
S. BERNABEU
Le président,
Signé
L. MARTIN Le greffier,
Signé
S. MERCIER
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026