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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2201226

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2201226

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2201226
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 septembre 2022, M. F B A, représenté par Me Barriquault, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2022 par lequel le préfet de la Guyane a rejeté sa demande de titre de séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de son pays d'origine ou tout pays où il serait légalement admissible ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane, à titre principal, de renouveler son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans cette attente, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la légalité de l'arrêté pris dans son intégralité :

- il est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle révèle un défaut d'examen particulier ;

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 mars 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un courrier du 17 mars 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de son pays d'origine étaient susceptibles de faire l'objet d'un non-lieu à statuer.

Un mémoire présenté pour M. B A a été enregistré le 10 mars 2023.

Par une décision du 4 novembre 2022, M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale avec le concours de Me Marciguey.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né en 1969, de nationalité équatorienne, est entré en France en 2002 selon ses déclarations. Le 16 décembre 2021, l'intéressé a sollicité le renouvellement de son admission au séjour sur le fondement de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 juillet 2022, le préfet de la Guyane a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de son pays d'origine ou tout pays où il serait légalement admissible. Par une ordonnance n°2201225 du 23 septembre 2022, le tribunal a suspendu l'exécution de cet arrêté et enjoint au préfet de la Guyane de réexaminer la situation de M. B A. Par une décision du 5 janvier 2023, le préfet de la Guyane a délivré à M. B A une autorisation provisoire de séjour. Par la présente requête, M. B A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2022.

Sur le non-lieu à statuer :

2. Il ressort de l'extrait de l'application de gestion des dossiers des ressortissants étrangers en France (AGDREF), produit par le préfet de la Guyane le 8 mars 2023, que ce dernier a délivré à M. B A, postérieurement à la date d'introduction de la requête, une autorisation provisoire de séjour valable du 5 janvier au 4 avril 2023. Il s'ensuit que le préfet a implicitement mais nécessairement abrogé l'arrêté du 20 juillet 2022 en tant qu'il oblige le requérant à quitter le territoire français. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation du requérant dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme E, cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, qui disposait, en vertu de l'article 2 de l'arrêté n° R03-2022-04-12-00001 du 12 avril 2022 régulièrement publié, d'une subdélégation de M. D, directeur général de la sécurité, de la règlementation et des contrôles, en cas d'absence ou d'empêchement de celui-ci. Il n'est pas établi que ce dernier n'était pas absent ou empêché et M. D disposait d'une délégation du préfet de la Guyane prévue par l'article 1er de l'arrêté n° R03-2022-04-08-00008 du 8 avril 2022, régulièrement publié. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire manque en fait.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et se fonde sur l'énonciation précise des infractions commises par le requérant, dépourvu de famille et d'enfant sur le territoire français et ne percevant que de trop faibles revenus. La motivation d'une décision administrative n'a pas à être exhaustive, de sorte que la circonstance que l'arrêté attaqué ne mentionne pas la pathologie du requérant n'est pas de nature à faire regarder cet arrêté comme dépourvu de motivation. Par ailleurs, l'intensité de l'intégration par le travail relève de la qualification juridique des faits et non de la motivation de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen particulier.

5. En troisième lieu, en se bornant à soutenir que " il ne reconnaît pas l'ensemble des infractions qui sont mentionnées ", M. B A n'apporte aucune précision ni aucun élément de nature à remettre sérieusement en cause le fait qu'il a été condamné à plusieurs reprises. Par ailleurs, la circonstance que le préfet estime que les revenus du requérant sont insuffisants, alors que le requérant se borne à produire ses bulletins de paye du mois de décembre, qui ne permettent pas d'évaluer son salaire moyen, n'est pas de nature à entacher d'erreur de fait l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré des erreurs de fait doit être écarté.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire) ". Aux termes de l'article L. 423-23 du même code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "

7. Le requérant, tout en relevant que le préfet ne produit aucun jugement de condamnation le concernant, ne conteste pas qu'il a commis une série d'agissements délictueux ayant donné lieu à plusieurs condamnations depuis 2013. Ainsi, il ne conteste pas sérieusement avoir été condamné ou mis en cause chaque année depuis 2018, après l'avoir été en 2005 et 2006 pour entrée et séjour irrégulier d'un étranger en France puis en 2013 pour conduite d'un véhicule sans assurance et en état alcoolique, en 2018 pour recel de biens provenant d'un vol et usurpation d'une plaque d'immatriculation, en 2019 pour conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique et sans assurance, en 2020 pour menace de mort avec ordre de remplir une condition, en 2021 pour violence ayant entraîné une incapacité de travail inférieure à huit jours, et récidive de conduite sous l'empire de stupéfiants. Dans ces conditions et eu égard au caractère répété et récent des infractions commises par M. B A, la circonstance que le requérant séjourne régulièrement en France depuis 2010 ne suffit pas à ôter à sa présence en France le caractère de menace pour l'ordre public. Par suite, M. B A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations et dispositions précitées.

8. En dernier lieu, malgré une mesure d'instruction en ce sens, le requérant n'établit pas qu'il a fondé sa demande de renouvellement de titre de séjour sur les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprenant celle du

11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, pour les motifs exposés aux points 8 et 9, M. B A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît ces dispositions et le moyen doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. B A tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F B A et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023 à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

La rapporteure,

Signé

E. C

Le président,

Signé

L. MARTINLa greffière,

Signé

C. PAUILLAC

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

S. MERCIER

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