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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2201729

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2201729

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2201729
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantFETTLER VIRGINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er décembre 2022, M. B A, représenté par Me Fettler, demande au juge des référés :

1°) suspendre l'exécution de l'arrêté du préfet de la Guyane portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixation du pays de destination, pris à son encontre le 3 novembre 2022 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de procéder au réexamen sa situation dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer, en attendant ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et ce, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- l'urgence est présumée dès lors qu'est attaquée une décision de refus de titre de séjour et que le mesure d'éloignement peut être mise en œuvre à tout moment ;

- plusieurs moyens sont susceptibles de faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision à savoir, le défaut de motivation, l'erreur manifeste d'appréciation, l'erreur de droit, la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de libertés fondamentales.

Le préfet de la Guyane, à qui la requête a été communiquée le 02 décembre 2022, n'a pas produit d'observations.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le sous le numéro 2201730 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 14 décembre 2022 en présence de Mme Pauillac, greffière, le rapport de M. Martin, juge des référés, et les observations de Me Fettler pour M. A qui reprend les moyens développés par écrit et ajoute que M. A séjourne depuis six ans en Guyane, démontre l'excellence de son parcours académique et peut se prévaloir de la présence de sa famille proche sur le territoire.

Le préfet de la Guyane n'étant pas représenté.

La clôture de l'instruction a été fixée le 14 décembre 2022 à 10 heures 55 mn, à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1.Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

2.Il résulte du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que lorsque, comme en l'espèce, une décision administrative fait l'objet d'une requête en annulation, le juge des référés, saisi en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

3. M. A, ressortissant haïtien né en 1994, est irrégulièrement entré en 2016 en France où il vit depuis de façon continue et fait des études supérieures depuis 2017. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 3 novembre 2022 par lequel le préfet de la Guyane lui refusé le séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

En ce qui concerne l'urgence :

4. La condition d'urgence est satisfaite lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre, ce qui s'apprécie concrètement, compte tenu des justifications fournies et de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

5. En l'espèce, la décision de refus d'admission au séjour ne crée pas par elle-même une situation d'urgence. En revanche, le caractère non suspensif d'un recours pour excès de pouvoir contre la décision faisant obligation de quitter le territoire français prononcée en Guyane et le fait qu'en conséquence une telle mesure peut être mise en œuvre à tout moment emportent la caractérisation de l'urgence à suspendre l'exécution de cette décision.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

6. M. A est entré sur le territoire alors qu'il était âgé de 22 ans. Il ressort des pièces du dossier que le requérant vit avec l'ensemble de sa famille sur le territoire français, est scolarisé depuis 2017 à l'Université de la Guyane où il a obtenu une Licence et un Master 1 et est actuellement en Master 2. En outre, M. A établit être en phase d'insertion par le travail dans la société française. Dès lors, le moyen tiré de l'atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales paraît, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la mesure d'éloignement prise à son encontre par l'arrêté litigieux. Par suite, les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander la suspension, jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête en annulation visée ci-dessus, de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre le 3 novembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7.Il y a seulement lieu, en exécution de la présente ordonnance, d'enjoindre au préfet de la Guyane de délivrer à M. A, sous quinze jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Dans les circonstances de l'affaire, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros à verser à M. A, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français comprise dans l'arrêté du préfet de la Guyane en date du 3 novembre 2022 est suspendue, jusqu'à ce qu'il ait été statué au principal.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour, l'autorisant à travailler, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'État versera à M. A une somme de 900 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet de la Guyane.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 14 décembre 2022.

Le juge des référés,

Signé

L. MARTIN

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

Le Greffier en chef

Ou par délégation

Signé

C.PAUILLAC

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