Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 février 2023 et des mémoires non communiqués enregistrés les 14 et 15 janvier 2026, M. A... C..., représenté par Me Pialou, demande au tribunal :
1°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 374 597,52 euros en réparation des préjudices qu’il estime avoir subi suite à son affectation au sein du rectorat de la Guyane ainsi que la somme de 344 euros mensuelle au titre de la maladie désignée par une allocation temporaire d’indemnité de 30% selon le barème en vigueur, assortie des intérêts légaux à compter de la date de réception de sa demande indemnitaire préalable ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C... soutient que :
- le recteur de l’académie de la Guyane a commis une faute en ne l’affectant pas en tant qu’enseignant en sciences et techniques médico-sociales en Guyane ;
- la mauvaise gestion par le recteur et le médecin conseiller technique du rectorat de la Guyane de sa situation de vulnérabilité vis-à-vis de la Covid-19 ainsi que le traitement défaillant de sa demande d’autorisation spéciale d’absence sont fautifs ;
- le recteur de l’académie de la Guyane a commis une faute en ne procédant à aucun aménagement raisonnable de son poste de travail ;
- il a commis une faute en ne tenant pas compte de ses signalements de dangers graves et imminent pour sa vie ou pour sa santé ;
- il a commis une faute en refusant de lui communiquer son dossier administratif personnel ;
- il a subi des faits constitutifs de harcèlement moral de la part de plusieurs personnels du rectorat de l’académie de la Guyane ;
- il a subi un préjudice de perte de chance d’évolution de carrière et d’obtention des primes liées à l’exercice effectif de son métier de professeur certifié qui doit être évalué à 50 000 euros ;
- il a subi un préjudice de retraite et de diminution de l’espérance de vie qui doit être évalué à 15 000 euros ;
- il a subi un préjudice résultat du harcèlement moral dont il a fait l’objet qui doit être évalué à hauteur de 50 000 euros ;
- il a subi une aggravation d’un état dépressif sévère qui doit être évalué à hauteur de 200 000 euros ;
- il a subi un préjudice moral ainsi que des troubles dans ses conditions d’existence qui doivent être évalués à 50 000 euros ;
- le préjudice résultant du retard pris pour lui communiquer son dossier administratif personnel doit être évalué à 5 000 euros ;
- il a subi un préjudice au titre d’heures supplémentaires non payées au titre de l’année 2021/2022 à hauteur de 4 253,12 euros ;
- il a subi un préjudice au titre de l’allocation temporaire d’indemnité pour maladie reconnue imputable au service à hauteur de 344,40 euros par mois.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2025, le recteur de l’académie de la Guyane conclut au rejet de la requête de M. C....
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C... sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de l’éducation ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l’Etat ;
- la loi n° 2020-473 du 25 avril 2020 ;
- le décret n°91-1195 du 27 novembre 1991 ;
- le décret n° 82-453 du 28 mai 1982 ;
- le décret n° 99-823 du 17 septembre 1999 ;
- le décret n° 2021-1162 du 8 septembre 2021 pris pour l'application de l'article 20 de la loi n° 2020-473 du 25 avril 2020 de finances rectificative pour 2020 ;
- la circulaire du 9 septembre 2021 relative à l’identification et aux modalités de protection des agents publics civils reconnus vulnérables à la Covid-19 et la note d’information du 9 septembre 2021 relative aux modalités de prise en charge des agents territoriaux vulnérables présentant un risque de développer une forme grave d’infection à la Covid-19 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Marcisieux et les conclusions de M. Gillmann, rapporteur public,
- les observations de Me Pialou, représentant M. C... ;
- les observations de M. D..., représentant le recteur de l’académie de la Guyane.
Considérant ce qui suit :
M. C..., enseignant en sciences et techniques médico-sociales, a été affecté au sein de l’académie de Paris du 1er septembre 2017 au 31 août 2020. Il a ensuite été affecté au sein de l’académie de la Guyane à compter du 1er septembre 2020 en zone de remplacement (TZR) rattaché administrativement au lycée Melchior et Garré. Par un courrier du 25 octobre 2022, réceptionné par les services du rectorat de la Guyane le 28 octobre 2022, M. C... a adressé une demande indemnitaire préalable tendant à l’indemnisation des préjudices qu’il estime avoir subi suite à son affectation au sein du rectorat de la Guyane. Par sa requête, M. C... demande au tribunal de condamner l’Etat à lui verser la somme de 374 597,52 euros, assortie des intérêts au taux légal, au titre des préjudices qu’il estime avoir subi du fait du comportement fautif du rectorat de Guyane.
Sur la responsabilité de l’Etat :
En ce qui concerne la faute tirée de l’absence d’affectation de M. C... en sciences et techniques médico-sociales :
Aux termes de l’article 12 de la loi du 13 juillet 1983 désormais codifié à l’article L. 411-5 du code général de la fonction publique : « Le grade est distinct de l'emploi. Le grade est le titre qui confère à son titulaire vocation à occuper l'un des emplois qui lui correspondent ». Sous réserve de dispositions statutaires particulières, tout fonctionnaire en activité tient de son statut le droit de recevoir, dans un délai raisonnable, une affectation correspondant à son grade.
Aux termes de l’article 3 du décret n° 99-823 du 17 septembre 1999 relatif à l’exercice des fonctions de remplacement dans les établissements d’enseignement du second degré : « L'arrêté d'affectation dans l'une des zones prévues à l'article 2 ci-dessus des personnels mentionnés à l'article 1er indique l'établissement public local d'enseignement ou le service de rattachement de ces agents pour leur gestion. Le territoire de la commune où est implanté cet établissement ou ce service est la résidence administrative des intéressés. ». En outre, ce décret prévoit que les personnels enseignants qu'il vise peuvent être chargés, dans le cadre de l'académie et conformément à leur qualification, d'assurer le remplacement de professeurs momentanément absents ou d'occuper un poste provisoirement vacant au sein de la zone de remplacement dans laquelle ils sont affectés, éventuellement de la zone limitrophe.
Il résulte de ces dispositions que si le pouvoir réglementaire a soumis ces personnels à un régime particulier en permettant notamment qu'ils remplissent, entre deux remplacements, leurs obligations de service par des activités autres que des activités d'enseignement proprement dites, il n'a pas entendu les soustraire à l'obligation statutaire selon laquelle l'activité d'enseignement doit s'effectuer, à titre principal, dans la spécialité de l'enseignant, la participation à un autre enseignement ne pouvant être qu'accessoire. Toutefois, les contraintes particulières liées à l'activité de remplacement, notamment le caractère fréquemment discontinu des affectations du fait du caractère provisoire des vacances de poste ou momentané des absences des enseignants titulaires qu'ils sont appelés à remplacer, autorisent le recteur à confier à ces enseignants, même lorsqu'ils n'effectuent aucun enseignement dans leur spécialité faute de poste vacant ou de titulaire absent, un enseignement en dehors de leur spécialité, conformément à leurs qualifications, dès lors que celui-ci demeure accessoire.
Il résulte de l’instruction que M. C... a été rattaché administrativement au lycée Melkior et Garré au sein de l’académie de la Guyane à compter du 1er septembre 2020 en qualité de TZR et qu’il a été affecté à l’année au sein de ce même lycée seulement au titre des années scolaires 2021-2022 et 2022-2023 afin d’enseigner dans une classe de formation complémentaire d’initiative local carrières sanitaires et sociales à compter du 8 novembre 2021 et qu’il enseignait sa discipline en 2022-2023 pour une quotité de 18 heures par semaine. Or, le recteur de l’académie de la Guyane n’apporte aucun élément permettant de justifier la circonstance qu’aucune mission d’enseignement ni aucune activité pédagogique n’a été confié au requérant durant l’année scolaire 2020-2021. Ainsi, eu égard à l’absence de missions effectives confiées à M. C... au cours de l’année scolaire 2020-2021, l’Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne la mauvaise gestion du recteur et du médecin conseiller technique du rectorat de Guyane de sa situation de vulnérabilité vis-à-vis de la Covid-19 ainsi que le traitement défaillant de sa demande d’autorisation spéciale d’absence :
D’une part, aux termes de l’article 20 de la loi du 25 avril 2020 de finances rectificative pour 2020, dans sa version applicable au litige : « I. Sont placés en position d'activité partielle les salariés de droit privé se trouvant dans l'impossibilité de continuer à travailler pour l'un des motifs suivants: / - le salarié est une personne vulnérable présentant un risque de développer une forme grave d'infection au virus SARS-CoV-2, selon des critères définis par voie réglementaire (…) / Pour les salariés mentionnés aux deuxième et troisième alinéas du même I, celui-ci s'applique jusqu'à une date fixée par décret et au plus tard le 31 juillet 2022 (…).». Aux termes de l’article 1er du décret du 8 septembre 2021 pris pour l’application de cet article : « I. - Les salariés vulnérables placés en position d'activité partielle en application des deux premiers alinéas du I de l'article 20 de la loi du 25 avril 2020 susvisée sont ceux répondant aux trois critères cumulatifs suivants, appréciés par un médecin dans les conditions prévues au II de l'article 2 : / 1° Être dans l'une des situations suivantes : / (…) d) Présenter une pathologie chronique respiratoire susceptible de décompenser lors d'une infection virale (broncho pneumopathie obstructive, asthme sévère, fibrose pulmonaire, syndrome d'apnées du sommeil, mucoviscidose notamment) ; (…) / 2° Être affecté à un poste de travail susceptible de les exposer à de fortes densités virales ; / 3° Ne pas pouvoir ni recourir totalement au télétravail, ni bénéficier des mesures de protection renforcées prévues à l'article 2 du présent décret ». Aux termes de la note d’information du directeur général des collectivités locales relative aux modalités de prise en charge des agents territoriaux vulnérables présentant un risque de développer une forme grave d’infection à la Covid-19 qui étend à la fonction publique territoriale les dispositions précitées, rendues applicables aux agents de la fonction publique d’Etat par la circulaire du 9 septembre 2021 susvisée : « 1.2. Les agents vulnérables non-sévèrement immunodéprimés [sont] (…) ceux qui se trouvent dans au moins l’une des situations suivantes : / (…) d) présenter une pathologie chronique respiratoire susceptible de décompenser lors d’une infection virale (…) ». Aux termes de la même note d’information : « 2.2. (…) Le placement en autorisation spéciale d’absence d’un agent public vulnérable ne peut être engagé qu’à la demande de celui-ci et sur la base d’un certificat délivré par un médecin de son choix. (…) / S’agissant des agents vulnérables non-sévèrement immunodéprimés, ce certificat médical atteste que l’intéressé : / se trouver dans l’une des situations énumérées au 1.2 ; / est affecté à un poste susceptible d’exposition à de fortes densités virales. / Il appartient à l’employeur de l’agent présentant ce certificat de la placer en autorisation spéciale d’absence si le télétravail n’est pas possible ». Enfin, ladite circulaire dispose que « lorsque l’employeur estime que la demande de placement en autorisation spéciale d’absence n’est pas fondée au motif que le poste sur lequel l’agent est affecté n’est pas susceptible d’exposition à des fortes densités virales, il saisit le médecin du travail, qui se prononce sur l’exposition à de fortes densités virales du poste et vérifier la mise en œuvre des mesures de protection renforcées ».
Il résulte de l’instruction que M. C... a formulé une demande de placement en autorisation spéciale d’absence (ASA) en raison de sa vulnérabilité à la Covid-19 par un courrier électronique du 5 septembre 2021. Il ressort des échanges de courriel entre l’intéressé et le docteur B..., médecin-conseiller technique du rectorat et avec la proviseure du lycée Melkior et Garré qu’il a été placé en ASA jusqu’au 31 décembre 2021. Si M. C..., dont la situation de vulnérabilité face à la Covid-19 n’est pas contestée, a repris le travail le 3 janvier 2022 dans une classe non adapté à son handicap dès lors qu’il présente une surdité et qu’aucun masque inclusif n’était prévu pour une salle de 15 m², il ressort du courrier du Défenseur des droits du 6 octobre 2022 produit par le requérant que la situation de ce dernier a été immédiatement réévaluée le 4 janvier 2022 eu égard à l’aggravation de la situation sanitaire et que M. C... a alors été placé en ASA jusqu’au 6 octobre 2022. En outre, il ne résulte pas de l’instruction que la décision de le placer en ASA aurait été prise par le médecin-conseiller technique du recteur. Par suite, M. C... n’est pas fondé à soutenir que l’Etat aurait commis une faute dans le traitement de sa situation de vulnérabilité vis-à-vis de la Covid-19 ainsi que de sa demande d’autorisation spéciale d’absence.
En ce qui concerne l’absence d’aménagement raisonnable de son poste de travail :
Aux termes du I de l’article 6 sexies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, désormais codifié à l’article L. 131-8 du code général de la fonction publique : « Afin de garantir le respect du principe d'égalité de traitement à l'égard des travailleurs handicapés, les employeurs visés à l'article 2 prennent, en fonction des besoins dans une situation concrète, les mesures appropriées pour permettre aux travailleurs mentionnés aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 5212-13 du code du travail d'accéder à un emploi ou de conserver un emploi correspondant à leur qualification, de développer un parcours professionnel et d'accéder à des fonctions de niveau supérieur ainsi que de bénéficier d'une formation adaptée à leurs besoins tout au long de leur vie professionnelle, sous réserve que les charges consécutives à la mise en œuvre de ces mesures ne soient pas disproportionnées, notamment compte tenu des aides qui peuvent compenser en tout ou partie les dépenses supportées à ce titre par l'employeur. / Ces mesures incluent notamment l'aménagement de tous les outils numériques concourant à l'accomplissement de la mission des agents, notamment les logiciels métiers et de bureautique ainsi que les appareils mobiles. ». L’article 2-1 du décret du 28 mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique dispose que : « Les chefs de service sont chargés, dans la limite de leurs attributions et dans le cadre des délégations qui leur sont consenties, de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité. » » et son article 26 prévoit que : « Le médecin de prévention est habilité à proposer des aménagements de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions justifiés par l'âge, la résistance physique ou l'état de santé des agents. (…) Lorsque ces propositions ne sont pas agréées par l'administration, celle-ci doit motiver son refus et le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail doit en être tenu informé. ». Aux termes de l’article R. 911-12 du code de l'éducation : « Les personnels enseignants des premier et second degrés (…), lorsqu'ils sont confrontés à une altération de leur état de santé, peuvent solliciter un aménagement de leur poste de travail ou une affectation sur un poste adapté, dans les conditions prévues aux articles R. 911-15 à R. 911-30 ». L’article R. 911-13 du code de l’éducation dispose que : « Un fonctionnaire peut, sur sa demande, bénéficier de l'aménagement du poste adapté auquel il est affecté. ». Aux termes de l’article R. 911-15 de ce code : « L'aménagement du poste de travail est destiné à permettre le maintien en activité des personnels mentionnés à l'article R. 911-12 dans le poste occupé ou, dans le cas d'une première affectation ou d'une mutation, à faciliter leur intégration dans un nouveau poste. ». Aux termes de l’article R. 911-16 du même code : « Préalablement à toute décision d'aménagement du poste de travail, l'autorité compétente recueille l'avis du médecin conseiller technique ou du médecin de prévention et celui du supérieur hiérarchique du demandeur ». Enfin, l’article R. 911-17 du même code dispose qu’« En cas de décision favorable de l'autorité compétente, les modalités de l'aménagement du poste de travail sont mises en œuvre par le supérieur hiérarchique de ce fonctionnaire. ».
Il résulte de l’ensemble de ces dispositions qu’un enseignant, à la suite de l’altération de son état physique, peut solliciter un aménagement de son poste de travail.
Il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d’appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu’il est soutenu qu’une mesure a pu être empreinte de discrimination, s’exercer en tenant compte des difficultés propres à l’administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s’attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l’égalité de traitement des personnes. Ainsi, s’il appartient au requérant qui s’estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d’établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d’apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doutes, il lui appartient toujours de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d’instruction utile.
Il résulte de l’instruction que M. C... a informé les services du rectorat de la Guyane de sa qualité de travailleur handicapé par un courrier électronique du 19 mars 2020 a demandé les démarches à suivre en raison de cette circonstance et que ce n’est que, suite à un rendez-vous avec le médecin de prévention le 21 mai 2022, que des aménagements de son poste ont été préconisés. Aussi, il ressort d’un courrier du médecin généraliste de M. C... que celui-ci souffre notamment d’une hypertonie du membre supérieur actif avec forte crispation du poignet et douleur ainsi que des troubles de la dextérité manuelle avec manque de précision du geste, de troubles auditifs bilatéraux avec appareillage auditif et de migraines et céphalées et qu’eu égard à la photophobie et à la phonophobie qu’il présente, un environnement calme est plus adapté à sa situation, qu’eu égard à ses tendances ochlophobes, un regroupement important de personne majore ses troubles de l’humeur ainsi que ses autres pathologies que sont l’asthme, l’hypertension, les migraines et céphalées et enfin que ses difficultés psychomotrices lui rendent particulièrement difficile toute écriture manuscrite. Or, M. C... n’établit pas avoir saisi le recteur d’une demande d’aménagement de poste eu égard à sa situation de handicap avant le mois de mai 2022, ni avoir transmis de certificat médical avant cette date. En outre, il ressort de ce qui a été dit au point 5 de ce jugement que M. C... n’a reçu aucune affectation effective au cours de l’année 2020-2021, ainsi que des échanges par courriel avec la proviseure que des aménagements de postes auraient pu être réalisés si le requérant avait accepté le poste qui lui a été proposé en section d’enseignement professionnelle. S’agissant de l’année scolaire 2021-2022, il résulte du point 7 de ce jugement que M. C... était en ASA excepté une journée en janvier 2022 et enfin, s’agissant de l’année scolaire 2022-2023, le requérant n’établit pas que les recommandations de la médecin du travail du mois de mai 2022 n’auraient pas été respectées par l’administration. Par suite, M. C... n’est pas fondé à soutenir que l’Etat aurait commis une faute en l’absence d’aménagement de son poste de travail.
En ce qui concerne l’absence de prise en compte de ses signalements de situation de danger grave et imminent :
Il résulte des dispositions de l’article L. 421-1 du code de l’éducation que les lycées sont des établissements publics locaux d’enseignement et des articles L. 421-3 et R. 421-8 du même code que ces établissements, dotés de la personnalité morale, sont dirigés par un chef d’établissement qui représente l’Etat en son sein. Il résulte, en outre, de l’article R. 421-10 du code de l’éducation que le chef d’établissement a le pouvoir de prendre toutes dispositions, en liaison avec les autorités administratives compétentes, pour assurer la sécurité des personnes et des biens, l’hygiène et la salubrité de l’établissement. Aux termes de l’article 5-6 du décret du 28 mai 1982 relatif à l’hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu’à la prévention médicale dans la fonction publique : « I. - L'agent alerte immédiatement l'autorité administrative compétente de toute situation de travail dont il a un motif raisonnable de penser qu'elle présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé ainsi que de toute défectuosité qu'il constate dans les systèmes de protection. (…) ». Aux termes de l’article 5-7 du même décret alors en vigueur : « Le représentant du personnel au comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail qui constate qu'il existe une cause de danger grave et imminent, notamment par l'intermédiaire d'un agent, en alerte immédiatement le chef de service ou son représentant selon la procédure prévue au premier alinéa de l'article 5-5 et consigne cet avis dans le registre établi dans les conditions fixées à l'article 5-8. / Le chef de service procède immédiatement à une enquête avec le représentant du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail qui lui a signalé le danger et prend les dispositions nécessaires pour y remédier. Il informe le comité des décisions prises. / En cas de divergence sur la réalité du danger ou la façon de le faire cesser, notamment par arrêt du travail, de la machine ou de l'installation, le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail compétent est réuni d'urgence, dans un délai n'excédant pas vingt-quatre heures. L'inspecteur du travail est informé de cette réunion et peut y assister. / Après avoir pris connaissance de l'avis émis par le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail compétent, l'autorité administrative arrête les mesures à prendre. / A défaut d'accord entre l'autorité administrative et le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail sur les mesures à prendre et leurs conditions d'exécution, l'inspecteur du travail est obligatoirement saisi. ».
Il résulte de l’instruction que M. C... a adressé, par un courrier électronique du 15 novembre 2021, un signalement de danger grave et imminent en raison du défaut de gestion administrative de sa situation au regard de la Covid-19 et qu’il a été placé en congé de maladie ordinaire du 23 novembre 2021 au 10 décembre 2021 pour dépression sévère. Il ressort d’un courrier du proviseur du lycée professionnel Melkior-Garré daté du 4 janvier 2022 que celui-ci a reçu M. C... le 13 décembre 2021 et lui a alors proposé de mettre en place un aménagement de son poste de travail en cas de reprise en janvier 2022 et a saisi le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) le 4 janvier 2022 qui a rendu ses conclusions au mois de janvier 2022 alors que le requérant était à nouveau placé en ASA. Par suite, M. C... n’est pas fondé à soutenir que l’Etat aurait commis une faute en l’absence de prise en compte de ses signalements de situation de danger grave et imminent.
En ce qui concerne le refus d’accéder à son dossier administratif personnel :
Aux termes de l’article L. 300-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions (…) » Aux termes de l’article L. 311-1 du même code : « Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ». Par ailleurs, aux termes de l’article L. 137-1 du code général de la fonction publique : « Le dossier individuel de l'agent public doit comporter toutes les pièces intéressant la situation administrative de l'intéressé, enregistrées, numérotées et classées sans discontinuité. » Aux termes de l’article L. 137-4 de ce même code : « Tout agent public a accès à son dossier individuel. ».
M. C... fait valoir qu’il a sollicité la communication de son dossier individuel auprès du rectorat de la Guyane et qu’un refus lui a été opposé, ce qui n’est contredit par aucune pièce du dossier. En outre, il résulte de l’avis du 23 juin 2022 de la commission d’accès aux documents administratifs produit par l’intéressé que cette commission a été saisie le 18 mai 2022 par le requérant suite au refus allégué. Ainsi, et dès lors qu’hors le cas où une procédure disciplinaire est en cours et où le droit d’accès au dossier individuel est régi par des dispositions spéciales, il résulte des dispositions précitées que le dossier individuel d’un agent public est au nombre des documents administratifs communicables à l’agent intéressé. Ainsi, M. C... est fondé à soutenir qu’en refusant de lui communiquer une copie de son dossier individuel, le recteur de l’académie de la Guyane a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l’administration.
En ce qui concerne le harcèlement moral
Aux termes du premier alinéa de l’article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, désormais codifié à l’article L. 133-2 du code général de la fonction publique : « Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ». Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d’agissements constitutifs de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d’en faire présumer l’existence. Il incombe à l’administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d’apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu’il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d’instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu’ils sont constitutifs d’un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l’administration auquel il est reproché d’avoir exercé de tels agissements et de l’agent qui estime avoir été victime d’un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l’exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dès lors qu’elle n’excède pas ces limites, une simple diminution des attributions justifiée par l’intérêt du service, en raison d’une manière de servir inadéquate ou de difficultés relationnelles, n’est pas constitutive de harcèlement moral.
M. C... fait valoir que le comportement du recteur de l’académie de la Guyane ainsi que celui de membres du rectorat est constitutif de harcèlement moral eu égard à l’absence d’affectation dont il a fait l’objet au cours de l’année scolaire 2020-2021, de l’absence de remise de ses arrêtés d’affectation, de la tentative alléguée de l’occuper sur des tâches pédagogiques ne correspondant pas à sa qualification, à un acharnement du médecin conseiller-technique à son égard, à une atteinte volontaire à son intégrité et son professionnalisme par un représentant de la direction de l’établissement et auprès des élèves, à la non prise en compte de la nécessité d’aménagement de son poste, de l’absence de prise en compte de ses alertes pour danger grave et imminent.
D’une part, il résulte de l’instruction que les échanges avec les services du rectorat ainsi qu’avec le médecin conseiller-technique ne comportent aucun propos dénigrant, violent, ni remettant en cause la capacité d’enseignement de M. C.... De plus, la circonstance, certes fautive, que le requérant n’a pas été affecté à un enseignement spécifique au cours de l’année 2020-2021, ne révèle pas, par elle-même des agissements dénigrants alors même qui résulte des nombreux échanges produit qu’une affectation dans un enseignement a été recherché par le rectorat En outre, il est allégué et non contredit par les pièces du dossier que M. C... a obtenu ses arrêtés d’affectation tardivement, si cette situation relève d’un dysfonctionnement des services du rectorat, sans révéler de volonté d’agissement relevant du harcèlement dès lors que les informations étaient disponibles sur la plateforme « I-prof ».
D’autre part, M. C... se prévaut d’une atteinte à son professionnalisme dès qu’un représentant de la direction du lycée professionnel Melkior et Garré l’aurait tenu responsable de l’échec de ses élèves s’il ne se présentait pas à leur rentrée le 8 novembre 2021. Toutefois, il ressort des termes de cet échanges que son interlocuteur a exprimé une inquiétude quant à la pénalisation des élèves en l’absence d’un professeur, cette inquiétude ne révélant aucune accusation à l’encontre du requérant.
Enfin, le fait, au demeurant non établit, que les élèves n’ont pas été informés de son absence justifiée et auraient alors été obligés de se présenter tous les matins en cours et à attendre leur professeur, le soumettant aux critiques desdits élèves, ces circonstances, pour regrettables qu’elles soient, et à les supposer établies, demeurent isolées. Il résulte, en outre, des points 11 et 13 que l’Etat n’a pas commis de faute dans le traitement de sa demande d’ASA, dans la prise en compte de son handicap ainsi que dans le cadre de l’adaptation de son poste de travail. La circonstance, non contredite en défense que sa demande de maladie professionnelle n’a pas été acceptée et que le CHSCT a reconnu l’existence d’une situation de danger grave et imminent s’agissant de M. C... n’est pas de nature à caractériser rune situation de harcèlement moral.
Il résulte de ce qui précède que M. C... n’est pas fondé à soutenir qu’il a été victime d’agissements constitutifs de harcèlement moral de la part des personnels du rectorat de l’académie de Guyane et ainsi ne démontre pas l’existence d’une faute de nature à engager la responsabilité de l’administration.
Sur les préjudices subis par M. C... :
En premier lieu, si M. C... se prévaut d’un préjudice de perte de chance d’évolution de carrière et d’obtenir des primes liées à l’exercice effectif de son métier de professeur certifié. Toutefois, l’intéressé n’établit pas que l’absence d’affectation effective fautive au cours de l’année scolaire 2020-2021 aurait été un frein à sa carrière et qu’il aurait eu droit au versement de primes. Par suite, le préjudice allégué n’est pas établi.
En deuxième lieu, M. C... se prévaut d’un préjudice de retraite et de diminution de son espérance de vie. Il n’apporte toutefois aucun élément de nature à établir l’existence de ces deux préjudices distincts. Par suite, il ne peut prétendre à aucune indemnisation à ce titre.
En troisième lieu, en l’absence de faute de l’Etat s’agissant d’une situation de harcèlement moral, M. C... ne peut prétendre à aucune indemnisation à ce titre.
En quatrième lieu, les préjudices allégués de retraite, de diminution de son espérance de vie ne sont établis par aucune pièce du dossier et sont, en tout état de cause, sans lien avec les fautes retenues.
En cinquième lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d’existence de M. C... en les évaluant à la somme de 2 000 euros.
En sixième lieu, si M. C... se prévaut d’un préjudice financier en raison d’heures supplémentaires non payées au cours de l’année scolaire 2021-2022, il n’établit pas qu’un tel préjudice serait en lien avec les fautes retenues, un tel préjudice n’étant au demeurant, établi par aucune pièce du dossier.
En septième lieu, si M. C... se prévaut d’un préjudice financier tiré de l’application des dispositions relatives à l’allocation temporaire d’invalidité, il n’établit pas qu’un tel préjudice serait en lien avec les fautes retenues, un tel préjudice n’étant, au demeurant, établi par aucune pièce du dossier.
Enfin, en huitième et dernier lieu, si M. C... se prévaut d’un préjudice tiré de l’absence de transmission d’une copie de son dossier individuel, il n’établit pas que cette absence de communication lui aurait causé un préjudice, ni même ne se prévaut des raisons qui ont fondé sa demande de communication. Par suite, le préjudice allégué n’est pas établi.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
La demande indemnitaire de M. C... a été réceptionnée par les services du rectorat de l’académie de Guyane le 28 octobre 2022. M. C... a droit aux intérêts au taux légal à compter de cette date.
Sur les conclusions tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à M. C... au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L’Etat est condamné à verser la somme de 2 000 euros à M. C..., assorti des intérêts au taux légal à compter du 28 octobre 2022.
Article 2 : l’Etat versera la somme de 1 500 euros à M. C... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et au ministre de l’éducation nationale.
Copie en sera adressée au recteur de l’académie de Guyane.
Délibéré après l’audience du 22 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Marcisieux, conseillère,
Mme Lebel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2026.
La rapporteure,
Signé
M.-R. MARCISIEUX
Le président,
Signé
O. GUISERIX
Le greffier,
Signé
J. AREXIS
La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
R. DELMESTRE GALPE