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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2300568

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2300568

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2300568
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantPEPIN JULIETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 avril 2023, M. D B C, représenté par Me Pépin, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article

L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision d'octobre 2019 par laquelle le préfet de la Guyane a refusé d'enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour ainsi que de l'arrêté du 13 décembre 2022 par lequel le préfet de la Guyane a rejeté sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite eu égard au risque de mise en œuvre immédiate de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre et au caractère non suspensif du recours en annulation qu'il a introduit contre l'arrêté attaqué ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées car :

- elles sont entachées d'incompétence ;

- la décision d'octobre 2019 méconnaît les dispositions des articles R.431-10 et R431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet de la Guyane qui n'a pas produit d'observations.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond enregistrée sous le numéro 2300567.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 26 avril 2023 à 10 heures 30, en présence de Mme Mercier, greffière d'audience, Mme A, statuant en qualité de juge des référés, a lu son rapport et entendu les observations de Me Pialou, se substituant à Me Pépin, représentant

M. B C, qui persiste dans ses écritures et de M. B C.

Le préfet de la Guyane n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, né en 1969, de nationalité brésilienne, est entré de manière irrégulière sur le territoire français en 1987. Il a obtenu plusieurs titres de séjour entre 2014 et 2017, dont le dernier a expiré le 19 octobre 2019. Il s'est présenté en préfecture en octobre 2019 pour demander le renouvellement de ce titre de séjour. Une décision de refus d'enregistrement de cette demande lui a été opposée au motif que son dossier n'était pas complet, en l'absence d'un passeport d'une durée de validité suffisante. Toutefois, notamment en raison de la pandémie de Covid-19 entraînant la fermeture des services consulaires, ce n'est qu'en décembre 2021 qu'il a pu obtenir un passeport valide. Il n'a ensuite pu déposer sa demande complète qu'en avril 2022. Par un arrêté du 13 décembre 2022, le préfet de la Guyane a refusé de l'admettre au séjour. Par la présente instance, M. B C demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de ces deux décisions.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2.Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

" Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3.Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du même code : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

5. La condition d'urgence est satisfaite lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre, ce qui s'apprécie concrètement, compte tenu des justifications fournies et de l'ensemble des circonstances de l'espèce. Alors que l'urgence doit, en principe, être constatée en cas de refus de renouvellement d'un titre de séjour, le préfet de la Guyane n'a fait état d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à cette présomption.

6. En l'espèce, d'une part la décision implicite d'octobre 2019 dont le requérant demande la suspension porte sur un refus d'enregistrement de la demande de renouvellement de titre de séjour du requérant. D'autre part, l'arrêté du 13 décembre 2022, dont la suspension est demandée, mentionne une première demande de titre de séjour et non un renouvellement de titre de séjour. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment des explications fournies par le requérant non contredit en défense, qu'il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour dès 2019, avant l'expiration de son titre de séjour alors en cours de validité, et c'est en raison d'abord d'une erreur figurant sur le passeport qui lui a été délivré par les autorités consulaires du Brésil, puis de la fermeture des services en raison de la pandémie de Covid-19, qu'il n'a pu faire enregistrer sa demande que le 20 avril 2022, et que cette demande a alors été qualifiée de première demande. Dans les circonstances particulières de l'espèce, cette demande doit être regardée comme une demande de renouvellement de titre de séjour et non comme une première demande de titre de séjour. Il en résulte, eu égard au contexte d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le territoire de la Guyane et aux arguments en présence, que la condition d'urgence, prévue par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, doit être regardée comme satisfaite en ce qui concerne les deux décisions sont la suspension de l'exécution est demandée.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux :

Quant à la décision d'octobre 2019 :

7. Aux termes de l'article R.311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur en octobre 2019 : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité. () ". Il n'est pas contesté que M. B C a présenté en préfecture une demande de renouvellement de son titre de séjour arrivant à expiration en octobre 2019. Il ressort des pièces du dossier qu'à cette occasion, il a fourni les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité. La circonstance que son passeport expirait prochainement à cette date n'est pas de nature à justifier légalement le refus d'enregistrement de sa demande de renouvellement de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des dispositions de l'article R.311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile paraît, en l'état de l'instruction, de nature à susciter un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, M. B C est fondé à demander, sans qu'il soit besoin pour le juge des référés de se prononcer sur les autres moyens, la suspension de l'exécution, jusqu'à ce qu'il ait été statué au principal, de la décision de refus d'enregistrement de sa demande de renouvellement de titre de séjour, jusqu'au jugement de la requête au fond.

Quant à l'arrêté du 13 décembre 2022 :

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B C est arrivé en France en 1987 et y réside de façon continue depuis 2010. S'il se déclare célibataire, c'est parce que son épouse est décédée en 2013. Par ailleurs il a un enfant né en 1991 et justifie avoir régulièrement travaillé a minima en 1994, 1995, 2016, 2018 et 2019. Il justifie ainsi d'une ancienneté, d'une stabilité et d'une intensité de son séjour en France ainsi que d'une intégration particulière au sein de la société française. Il en résulte, dans les circonstances de l'espèce, que le moyen tiré d'une atteinte disproportionnée au droit de M. B C au respect de sa vie privée paraît, en l'état de l'instruction, de nature à susciter un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, M. B C est fondé à demander, sans qu'il soit besoin pour le juge des référés de se prononcer sur les autres moyens, la suspension de l'exécution, jusqu'à ce qu'il ait été statué au principal, de l'arrêté du 13 décembre 2022, jusqu'au jugement de la requête au fond.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. L'exécution de la présente ordonnance, qui suspend les décisions en cause, implique la délivrance à M. B C d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans l'attente du jugement au principal de sa requête. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Guyane d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Pépin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à son profit de la somme de 1 500 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision de refus d'enregistrement de la demande de renouvellement du titre de séjour en octobre 2019 et de l'arrêté du 13 décembre 2022 est suspendue jusqu'au jugement de la requête au fond.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à M. B C, dans l'attente du jugement de la requête au fond, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Me Pépin, conseil de M. B C, en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B C et au préfet de la Guyane.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 27 avril 2023.

La juge des référés,

Signé

E. A

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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