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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2300897

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2300897

mercredi 5 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2300897
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantPALOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 mai 2023, M. C B, représenté par Me Palou, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 21 mars 2023 par lequel le préfet de la Guyane a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite compte tenu du fait que l'exécution de la décision litigieuse prive le requérant des allocations d'aide au retour à l'emploi auxquelles il a droit et qui lui sont nécessaires pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses enfants, notamment de ceux de son fils A qui vit avec lui ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté est entaché, dans son ensemble, d'un vice de compétence tenant à l'identité de son signataire ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2023, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond enregistrée sous le numéro 2300896.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Schor, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 5 juillet 2023 à 10h15, en présence de

Mme Mercier, greffière d'audience, Mme Schor, statuant en qualité de juge des référés, a procédé à la lecture de son rapport.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

2. M. B, ressortissant guyanien né en 1988 est entré sur le territoire français durant son enfance d'après ses déclarations. Il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L.423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 mars 2023, le préfet de la Guyane a rejeté sa demande. Par la présente instance, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cet arrêté.

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. M. B a été titulaire de quatre titres de séjour temporaires, dont le dernier a expiré le 14 août 2021, et en a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 21 mars 2023, le préfet de la Guyane a rejeté sa demande. D'une part, M. B soutient sans être contesté que ce refus lui est très préjudiciable car il a entraîné l'arrêt du versement de l'allocation de retour à l'emploi qu'il percevait jusqu'alors, d'autre part, le préfet de la Guyane ne fait état d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à la présomption d'urgence qui en résulte.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6. S'il ne conteste pas être célibataire, il ressort des pièces du dossier, et notamment des certificats de scolarité de M. B, qu'il est entré jeune en France, au plus tard à l'âge de 4,5 ans. Par ailleurs, deux de ses trois enfants ont la nationalité française et la mère de l'un d'entre eux atteste que le requérant contribue à son entretien et à son éducation. Le préfet de la Guyane n'allègue ni n'établit que M. B aurait conservé des attaches dans son pays d'origine, alors qu'il n'y a vécu que 4,5 ans. Si M. B ne conteste pas avoir fait l'objet d'une condamnation pénale en 2017 pour des faits de vol avec arme, il ressort des pièces du dossier et des indications données à l'audience d'une part qu'il n'a été incarcéré que durant quelques mois en 2012 et en 2017. Le préfet de la Guyane ne conteste pas que M. B a intégralement purgé sa condamnation. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le requérant n'a commis aucune infraction ou fait répréhensible qui aurait été inscrit aux fichiers des antécédents judiciaires depuis 2012, soit depuis onze ans à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, eu égard à la particulière ancienneté du séjour en France de M. B ainsi qu'au caractère ancien des infractions dont il a été reconnu coupable, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, paraît, en l'état de l'instruction, de nature à susciter un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, il y a lieu d'en suspendre l'exécution jusqu'au jugement de la requête au fond.

7. Eu égard, en premier lieu, au caractère provisoire des mesures susceptibles d'être ordonnées par le juge des référés et, en second lieu, au sens de la présente ordonnance, l'exécution de cette décision implique la délivrance à M. B d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête n° 2300896. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Guyane d'y procéder dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 21 mars 2023 est suspendue jusqu'au jugement de la requête au fond.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à M. B, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, valable jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au préfet de la Guyane.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 5 juillet 2023.

La juge des référés,

Signé

E. SCHOR

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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