Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 27 décembre 2023, le 6 mai 2024 et le 13 août 2025, Mme A... Tshefu et M. C..., représentés par Me Cabarrus, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) la décharge des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et des contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis d’un montant de 35 305 euros et 5 724 euros au titre des années 2017 et 2018, respectivement, ainsi que des intérêts de retard et des majorations correspondants ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 5 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la rémunération de M. Tshefu d’un montant de 64 000 euros affectée à son compte courant d’associé ainsi que les revenus distribués pour les montants de 42 652 euros au titre de l’année 2017 et de 7 000 euros au titre de l’année 2018, doivent être considérés comme indisponibles compte tenu de la situation nette négative de la société et de sa trésorerie à la date du 31 décembre 2017 ;
- aucun intérêt de retard ni aucune majoration ne peut être appliqué dès lors que les rehaussements des impositions sont injustifiés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2024, le directeur régional des finances publiques de la Guyane conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Topsi,
- les conclusions de M. Gillmann, rapporteur public.
Les parties n’étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. La Selas Tshefu et Duboisset, qui exerce une activité libérale réglementée de cabinet d’avocats, a fait l’objet d’une vérification de comptabilité au titre des années 2017 et 2018. L’administration fiscale a considéré que la somme de 64 000 euros versée à M. C..., en qualité d’associé, à la date du 31 décembre 2017, est constitutive d’une rémunération soumise à l’impôt sur le revenu. Par ailleurs, le service a relevé que des sommes de 42 652 euros au titre de l’année 2017 et de 7 000 euros au titre de l’année 2018 n’ont pas été comptabilisées en tant que revenus distribués au sens du 2° de l’article 109-1 du code général des impôts. Mme A... Tshefu et M. C... ont reçu une proposition de rectification en date du 30 novembre 2020, des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2017 et 2018, lesquelles ont été mises en recouvrement le 15 février 2023. Les avis d’impôt ont été émis le 26 avril 2023 et mis en recouvrement le 30 avril suivant. Les réclamations du 14 juin 2023 et du 2 octobre 2023 formées par les contribuables ont été rejetées, respectivement, le 10 juillet 2023 et le 30 novembre 2023. Par leur requête, ils demandent au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et des contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis d’un montant de 35 305 euros et 5 724 euros au titre des années 2017 et 2018, respectivement, ainsi que des intérêts de retard et majorations correspondants.
Sur le bien-fondé des cotisations supplémentaires d’impôts sur le revenu
En ce qui concerne l’imposition au titre des traitements et salaires
2. Aux termes de l’article 12 du code général des impôts : « L'impôt est dû chaque année à raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année. ». Aux termes de l’article 156 du même code : « L'impôt sur le revenu est établi d'après le montant total du revenu net annuel dont dispose chaque foyer fiscal. (…). ».
3. Selon les dispositions de l’article 12 du code général des impôts précitées, la disposition d’un revenu ne s’entend pas nécessairement de sa perception effective, mais peut résulter de la renonciation à percevoir cette somme que le contribuable aurait pu prélever, y compris lorsque cette renonciation est effectuée dans un souci de bonne gestion et dans l’intérêt de l’entreprise. Par ailleurs, il résulte des dispositions combinées des articles 12 et 156 du code général des impôts que les sommes inscrites par une société au crédit du compte courant d’associé ouvert dans ses écritures au nom d’un de ses dirigeants sont à retenir, pour l’assiette de l’impôt sur le revenu au titre d’une année déterminée, si le retrait effectif de la somme au plus tard le 31 décembre de cette année n’est pas rendu impossible, en fait ou en droit, par des circonstances telles que, notamment, la situation de trésorerie de la société. Il appartient au contribuable d’apporter la preuve que le retrait était impossible.
4. Il résulte de l’instruction qu’une somme de 64 000 euros a été déduite des bénéfices soumis à l’impôt sur les sociétés et qu’elle a été débitée du compte de rémunération du personnel et des dirigeants et créditée au compte courant d’associé de M. Tshefu, le 31 décembre 2017. Toutefois, les contribuables soutiennent n’avoir pu disposer effectivement de la somme de 64 000 euros compte tenu de l’insuffisance de la trésorerie de la société. Ils produisent les relevés bancaires des comptes de la société au 31 décembre 2017 justifiant d’un solde de 158,85 euros et 15 874,94 euros, soit un solde total de 16 033,80 euros. De plus, le défendeur n’allègue ni n’établit que la société disposait d’autres capitaux disponibles. Dans ces conditions, Mme et M. Tshefu sont fondés à soutenir que la situation de trésorerie de la Selas Tshefu et Duboisset rendait impossible le retrait effectif, au 31 décembre 2017, de la somme inscrite à son compte courant d’associé à cette date, à l’exception de la somme de 16 033,80 euros pour laquelle les requérants n’établissent pas que la trésorerie de la société faisait obstacle à son prélèvement effectif.
5. Par suite, il y a lieu de prononcer une réduction de base d’imposition au titre du salaire de M. Tshefu à concurrence de la somme de 16 033 euros, soit d’un montant de 47 966 euros.
En ce qui concerne l’imposition au titre des revenus de capitaux mobiliers
6. Aux termes de l’article 109 du code général des impôts : « 1. Sont considérés comme revenus distribués : / (…) 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. / (…) ». En outre, il résulte des dispositions combinées de l’article 12 et du 3 de l’article 158 du code général des impôts que les sommes à retenir, au titre d’une année déterminée, pour l’assiette de l’impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers sont celles qui, au cours de ladite année, ont été mises à la disposition du contribuable, soit par voie de paiement, soit par voie d’inscription à un compte courant sur lequel l’intéressé a opéré, ou aurait pu, en droit ou en fait, opérer un prélèvement au plus tard le 31 décembre de l’année d’imposition.
7. Il résulte de l’instruction que M. Tshefu, président de la Selas Tshefu et Duboisset, détient 75% des parts de la société. Son compte courant d’associé a été crédité d’une somme totale de 42 652 euros au titre de l’année 2017 et de 7 000 euros au titre de l’année 2018, lesquelles n’ont pas été justifiées ni comptabilisées en tant que revenus distribués. Les contribuables soutiennent que ces sommes n’étaient pas disponibles au regard d’une trésorerie insuffisante de la société. Compte tenu de ce qui a été dit au point 4 du présent jugement, au titre de l’année 2017, la somme de 42 652, 23 euros n’était pas disponible. En revanche, les contribuables ne démontrent par aucune pièce qu’au 31 décembre 2018, la somme de 7 000 euros n’a pas été mise à la disposition de M. Tshefu.
8. Par suite, il y a lieu de prononcer une réduction totale de base d’imposition au titre des revenus de capitaux mobiliers pour l’année 2017 uniquement.
Sur les intérêts de retard et les majorations
9. Mme et M. Tshefu sont seulement fondés à obtenir la décharge, par voie de conséquence, des intérêts de retard et majorations correspondant aux impositions dont le présent jugement remet en cause le bien-fondé.
Sur les frais liés à l’instance
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme et M. Tshefu et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La base imposable à l’impôt sur le revenu de Mme et M. Tshefu au titre de l’année 2017 est réduite, d’une part, d’un montant de 47 966 euros s’agissant du salaire de M. Tshefu et, d’autre part, d’un montant de 42 652,23 euros s’agissant des revenus de capitaux mobiliers.
Article 2 : Mme et M. Tshefu sont déchargés des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et des contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre de l’année 2017 à concurrence de la réduction de la base d’imposition prononcée à l’article 1er ainsi que du paiement des intérêts de retard correspondants.
Article 3 : L’Etat versera à Mme et M. Tshefu une somme de 1 200 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme et M. Tshefu et au directeur régional des finances publiques de la Guyane.
Délibéré après l'audience du 4 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Marcisieux, conseillère,
Mme Topsi, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2025.
La rapporteure,
Signé
M. TOPSI
Le président,
Signé
O. GUISERIX
La greffière,
Signé
R. DELMESTRE-GALPE
La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER