Le Tribunal Administratif de la Guyane, saisi d’un recours pour excès de pouvoir par M. B..., a examiné la légalité de l’arrêté préfectoral du 27 décembre 2023 refusant le renouvellement de son titre de séjour. Le préfet avait motivé son refus par une menace pour l’ordre public, fondée sur une condamnation pénale de l’intéressé pour violences conjugales. Le tribunal a jugé que cette condamnation, bien qu’étant un élément d’appréciation, ne suffisait pas à établir une menace actuelle et réelle pour l’ordre public, et a annulé l’arrêté en application des articles L. 423-23 et L. 412-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il a enjoint au préfet de délivrer un titre de séjour à M. B... dans un délai de deux mois.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée 2 février 2024, M. A... B..., représenté par Me Tshefu, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 27 décembre 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de procéder au renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale avec autorisation de travail » dans un délai de quinze jours à compter du prononcé du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du préfet de la Guyane la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B... soutient que la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour méconnaît les dispositions des articles L. 423-23, L. 423-8 et L. 412-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2024, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête de M. B....
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B... sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience, en application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Marcisieux a été entendu au cours de l’audience publique.
Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant haïtien né le 15 avril 1997 à Saint-Marc (Haïti), est entré sur le territoire français en 2012. Il a obtenu la délivrance de plusieurs titres de séjour successifs depuis 5 février 2016 et a sollicité le renouvellement de son dernier titre de séjour. Par un arrêté, dont M. B... demande l’annulation, le préfet de la Guyane a refusé de procéder au renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé.
D’une part, aux termes de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ».
D’autre part, aux termes de L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ». Aux termes de l’article L. 432-1 du même code : « La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. »
Lorsque l’administration oppose à un ressortissant étranger un motif lié à la menace à l’ordre public pour refuser de faire droit à sa demande de titre de séjour, il appartient au juge de l’excès de pouvoir, saisi d’un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu’elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. La menace pour l’ordre public s’apprécie au regard de l’ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l’étranger en cause. Il n’est donc ni nécessaire, ni suffisant que le demandeur ait fait l’objet de condamnations pénales. L’existence de celles-ci constitue cependant un élément d’appréciation au même titre que d’autres éléments tels que la nature, l’ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.
Il ressort des termes mêmes de l’arrêté attaqué que pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. B..., le préfet de la Guyane a retenu la circonstance que la présence en France de l’intéressé constitue une menace pour l’ordre public dès lors qu’il a été condamné le 9 février 2023 à une peine d’emprisonnement de trois mois avec sursis pour des faits de violences suivie d’incapacité n’excédant pas huit jours en présence d’un mineur par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité commis le 22 août 2022 et violation de domicile d’autrui à l’aide de manœuvre, menace, voie de fait ou contrainte du même jour. Il ressort du jugement du tribunal correctionnel précité et produit par le requérant dans la présente instance que le requérant a reconnu les faits pour lesquels il a été condamné. Dans ces conditions, le préfet de la Guyane n’a pas entaché la décision attaquée d’erreur d’appréciation en retenant que le comportement de M. B... caractérisait une menace pour l’ordre public au sens et pour l’application des dispositions précitées de l’article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 412-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doivent être écartés.
En second lieu, M. B... ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 423-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors, d’une part qu’il n’a nullement sollicité le bénéfice d’un titre de séjour sur ce fondement et, d’autre part, que le préfet n’a pas entendu examiner sa situation au regard de ces dispositions. Ce moyen doit dès lors être écarté comme inopérant.
Il résulte de tout de ce qui précède que les conclusions aux fins d’annulation du requérant et, partant, ses conclusions à fins d’injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet de la Guyane.
Délibéré après l’audience du 6 novembre 2025 à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Marcisieux, conseillère,
Mme Lebel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2025.
La rapporteure,
Signé
M.-R. MARCISIEUX
Le président,
Signé
O. GUISERIX
La greffière,
Signé
S. MERCIER
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. NICANOR