Le Tribunal administratif de la Guyane, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté préfectoral du 25 août 2025 refusant un titre de séjour à M. B..., ressortissant haïtien. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, l’arrêté n’étant pas assorti d’une obligation de quitter le territoire français et le requérant ne démontrant pas la réalité de sa précarité financière. La requête a été rejetée en toutes ses conclusions, sans examen des moyens de fond soulevés (compétence, motivation, méconnaissance de l’article L. 423-23 du CESEDA et de l’article 8 de la CEDH).
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 octobre 2025, M. A... B..., représenté par Me El Allaoui, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’arrêté préfectoral du 25 août 2025 portant refus de séjour ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et, passé ce délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice.
Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors que, en l’absence de récépissé et de délivrance d’un titre de séjour, il ne pourra plus exercer d’activité professionnelle, aucun employeur ne le recruterait, qu’il doit subvenir à ses besoins et à l’entretien de son foyer qui sera placé dans une situation de grande précarité financière, impactant sa vie et celle de sa partenaire, de nationalité française, et que le refus de titre aura pour effet de le séparer de sa partenaire et de rompre la stabilité de sa vie familiale ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* le signataire de l’arrêté litigieux ne justifie pas de sa compétence ;
* la décision est insuffisamment motivée ;
* elle méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’il est pacsé avec Mme C... D..., de nationalité française, depuis le 18 septembre 2020, qu’il participe à l’entretien du foyer, qu’il maîtrise la langue française et est inséré dans la société produisant l’ensemble de ses certificats de travail et bulletins de paie, ainsi que plusieurs attestations démontrant son engagement au sein de la ville de Kourou, qu’il évolue au sein d’une famille dont les membres ont fait l’acquisition de la nationalité française et enfin qu’il occupe un poste d’agent de sécurité et est membre d’une association depuis plusieurs années.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 octobre 2025, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés dans la requête n’est fondé.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 13 octobre 2025 sous le numéro 2501722 par laquelle M. B... demande l’annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Au cours de l’audience publique tenue en présence de Mme Delmestre-Galpe, greffière d’audience, M. Guiserix a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me El Allaoui et de M. B... ;
- le préfet de la Guyane n’étant ni présent ni représenté.
La clôture d’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant haïtien né en 1988, est entré sur le territoire en 2016, à l’âge de 26 ans. Le 21 mars 2024, il a sollicité son admission au séjour au titre de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par un arrêté du 25 août 2025, le préfet de la Guyane a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. B... demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, d’ordonner la suspension de l’exécution de cet arrêté.
Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ».
Pour justifier de l’urgence à suspendre l’exécution de la décision par laquelle le préfet de la Guyane a refusé sa demande de titre de séjour, M. B... soutient que le refus de titre de séjour aura pour effet de le séparer de sa partenaire et de rompre la stabilité de sa vie familiale. Toutefois, il résulte de l’instruction que l’arrêté contesté prononce à son encontre un refus de séjour qui n’est pas assorti d’une obligation de quitter le territoire français, de sorte qu’il n’est pas soumis à une mesure d’éloignement susceptible d’être mise en œuvre à tout moment pouvant entraîner une séparation avec sa partenaire. Par ailleurs, si M. B... fait valoir que l’absence de délivrance d’un titre de séjour le place dans une situation de grande précarité financière, il ne produit à l’instance aucune pièce de nature à démontrer la réalité de ses allégations. Par suite, aucune des circonstances qu’il avance n’est, en l’état de l’instruction, de nature à caractériser une situation d’urgence au sens des dispositions précitées.
Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B... doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d’injonction et celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et au préfet de la Guyane.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2025.
Le juge des référés,
Signé
O. GUISERIX
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
R. DELMESTRE GALPE