Le Tribunal Administratif de la Guyane, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a examiné la demande de suspension de l'arrêté du préfet de la Guyane du 14 mai 2025 refusant un titre de séjour à M. B..., ressortissant haïtien, et l'obligeant à quitter le territoire. Le juge a considéré que la condition d'urgence était présumée s'agissant d'une obligation de quitter le territoire français. Cependant, il a estimé qu'aucun des moyens soulevés, tirés notamment de l'incompétence de l'auteur de l'acte, du défaut de motivation, de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. Par conséquent, la requête a été rejetée.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 octobre 2025, M. A... B..., représenté par Me Balima, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) suspendre en toutes ses dispositions l’arrêté AES/EM du 14 mai 2025 du préfet de la Guyane portant refus de séjour et obligation de quitter Le territoire français avec délai de départ et fixant le pays de destination ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard en application des articles L.911-1 et L.911-3 du code de justice administrative ;
3°) à défaut, d’enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l’article l.761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, distraits au profit de Me Balima.
Il soutient que :
Sur l’urgence
- la condition d’urgence est remplie, dès lors qu’il fait l’objet d’une mesure d’éloignement qui peut être mise en œuvre à tout moment en l’absence de recours suspensif, alors qu’il peut être exposé à des traitements contraires à l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d’origine ;
Sur l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :
En ce qui concerne l’ensemble des décisions
-elles ont entachées d’une incompétence de l’auteur de l’acte ;
- elles sont dépourvues de base légale, dès lors qu’elles ont été prises plus d’un an après qu’il ait fait l’objet d’un contrôle de son droit au séjour et qu’il ait sollicité une réponse motivée concernant son refus de titre de séjour ;
-elles sont entachées d’un défaut de motivation, dès lors qu’elles ne prennent pas en compte sa situation personnelle et la situation sécuritaire prévalant à Haïti, alors qu’il est entré sur le territoire en 2017, qu’il a étudié à l’université de Guyane en 2019, qu’il a bénéficié de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, qu’il est le père d’un enfant scolarisé sur le territoire et qu’il a effectué des démarches en vue d’obtenir un titre de séjour ;
-elles méconnaissent les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales dès lors qu’il demeure sur le territoire depuis presque 10 ans et qu’il justifie d’une vie privée et familiale et d’efforts d’intégration considérables ;
-elles sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. et 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, pour les mêmes motifs ;
-elles sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’articles L.435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors que le préfet ne justifie pas son refus de lui accorder un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » au titre de son pouvoir discrétionnaire ;
En ce qui concerne plus particulièrement la décision portant refus de séjour
-elles est entachée d’une erreur de droit dès lors que cette décision ne correspond pas à la situation du requérant au regard de sa vie privée et familiale et de ses droits fondamentaux.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 octobre 2025, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- l’urgence est ici présumée ;
-aucun des moyens soulevés dans la requête n’est fondé.
M. B... été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 29 août 2025.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 10 octobre 2025 sous le numéro 2501709 par laquelle
M. B... demande l’annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention internationale des droits de l’enfant ;
- la charte des droits fondamentaux de l’union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Au cours de l’audience publique tenue en présence de Mme Delmestre Galpe, greffière d’audience, M. Guiserix a lu son rapport. Les parties n’étant ni présentes ni représentées.
La clôture d’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant haïtien né en 1985 est, d’après ses déclarations, entré en France en 2017. Par un arrêté en date du 14 mai 2025, le préfet de la Guyane a refusé son droit au séjour et l’a obligé à quitter le territoire français avec un délai volontaire de départ de 30 jours. Par la présente requête, M. B... demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, d’ordonner la suspension de l’exécution de ces décisions.
Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ».
Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ».
Pour justifier de l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, M. B... soutient que l’arrêté en litige méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et se prévaut de l’ancienneté de sa présence sur le territoire, de la circonstance que son fils réside en Guyane et de ses efforts d’intégration. Toutefois, M. B..., qui est célibataire et dont le fils est majeur, ne fait pas état d’éléments suffisants permettant de caractériser l’existence d’une vie privée et familiale au sens des stipulations précitées, alors au demeurant qu’il n’établit pas être dépourvu d’attaches privées et familiales dans son pays d’origine où il a vécu jusqu’à l’âge de trente-et-un an. Par ailleurs, le requérant, qui a bénéficié de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé en 2019, ne justifie pas, par les pièces qu’il produit, de l’intensité de son intégration sociale en France en se bornant à produire une attestation de scolarité de l’université de Guyane pour l’année 2018-2019.
Dans ces conditions, l’arrêté en litige ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale tel que protégé par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
6.
Aucun des autres moyens soulevés dans la requête n’est, en l’état de l’instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté attaqué.
7.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition d’urgence, que la requête de M. B... doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1 : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et au préfet de la Guyane.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2025.
Le juge des référés
Signé
O. GUISERIX
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
R. DELMESTRE GALPE