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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2502130

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2502130

lundi 5 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2502130
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMORAGA ROJEL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de la Guyane, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint au préfet de la Guyane de délivrer un rendez-vous à Mme A..., ressortissante surinamaise, pour lui permettre de déposer sa demande de titre de séjour. La solution retenue est fondée sur l'urgence et l'utilité de la mesure, compte tenu de l'impossibilité pour la requérante d'obtenir un rendez-vous malgré ses démarches depuis plus de deux ans, de sa présence habituelle en France depuis 10 ans, de sa situation familiale (mère de quatre enfants, en couple avec un ressortissant en situation régulière) et de l'absence de réponse du préfet. Le juge a appliqué les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête enregistrée le 2 décembre 2025, Mme B... A..., représentée par Me Moraga Rojel demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d’’enjoindre au préfet de la Guyane de lui accorder un rendez-vous afin qu'elle puisse déposer sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1200 euros à verser à Me Moraga Rojel en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.



Elle soutient que :
- la condition d’urgence est remplie, dès lors qu’elle est privée de la possibilité d’effectuer une demande de titre de séjour et de se voir délivrer un récépissé, qu’elle demeure en situation irrégulière et est exposée à une mesure d’éloignement, qu’elle se trouve aujourd’hui dans une situation précaire anormalement longue depuis qu’elle tente, en vain, de prendre un rendez-vous en préfecture depuis plus de deux ans, alors qu’elle vit habituellement sur le sol français depuis 10 ans, qu’elle a été scolarisée sur le territoire , qu’elle est la mère de quatre enfants et vit en en couple avec un ressortissant surinamien en situation régulière ;
- la mesure sollicitée est utile dès lors qu’elle lui permettra de faire examiner sa demande de titre de séjour, alors qu’elle a, en vain, tenté de demander une convocation sur le site de la préfecture et par l’envoi de courriers ;
- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative.


La requête a été communiquée le 3 décembre 2025 au préfet de la Guyane, qui n’a pas produit d’observations.

Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 22 octobre 2025.



Vu les autres pièces du dossier.



Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.





Considérant ce qui suit :


1. Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative. ».

2. Par la présente requête, Mme A..., ressortissante surinamaise née en 1987, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer un rendez-vous en préfecture afin qu’elle puisse déposer une demande de titre de séjour.

3. Eu égard aux conséquences qu’a sur la situation d’un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l’enregistrement de sa demande et au droit qu’il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l’autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l’enregistrement de sa demande dans un délai raisonnable.

4. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu’en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que, si l’étranger établit qu’il n’a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n’ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu’il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l’intéressé. La condition d’urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d’obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l’étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d’urgence particulière.

5. Il résulte de l’instruction que, eu égard aux difficultés rencontrées par les ressortissants étrangers pour déposer leur demande de titre de séjour, en l’absence sur le site internet de la préfecture de plages horaires libres pour la prise de rendez-vous, le préfet de la Guyane a mis en place une alternative aux formalités en ligne. Les intéressés peuvent ainsi formuler une demande écrite devant être adressée par courrier postal aux services de la préfecture.

6. En l’espèce, Mme A... a résidé en Guyane de 1996 à 2003, et de nouveau à partir de 2015. Elle justifie de sa présence en Guyane depuis cette dernière date par les pièces qu’elle verse. L’intéressée établit en outre vivre en couple avec un compatriote en situation régulière, en produisant une attestation de paiement de la caisse d’allocations familiales de la Guyane sur laquelle figurent leurs noms, et démontre être la mère 4 enfants présents sur le territoire, dont elle verse les certificats de scolarité. La requérante justifie enfin, avoir adressé un courrier au préfet de la Guyane, dont il a été accusé réception le 15 juin 2023, sollicitant un rendez-vous en préfecture afin de déposer sa demande de titre de séjour. Ses démarches sont restées infructueuses. Dans ces conditions tenant à l’ancienneté de ses démarches, à sa situation privée et familiale et à l’absence de diligences des services de la préfecture, la demande de l’intéressée revêt un caractère urgent et utile au sens des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative. Enfin, il ne résulte pas de l’instruction que cette demande ferait obstacle à l’exécution d’une décision administrative, ni qu’elle se heurterait à une contestation sérieuse.

7. Il y a lieu d’enjoindre au préfet de la Guyane d’adresser à Mme A... une convocation afin de lui permettre de déposer sa demande de titre de séjour, dans le délai d’un mois suivant la notification de la présente ordonnance, sans qu’il y ait lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

8. Mme A... ayant obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a donc lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve qu’elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge de l’État le versement à Me Moraga Rojel d’une somme de 700 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.





O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de la Guyane de fixer un rendez-vous à Mme A... dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : Sous réserve que Me Moraga Rojel renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, ce dernier lui versera une somme de 700 euros en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A... et au préfet de la Guyane.


Rendue publique par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2026.


Le juge des référés,
Signé
O. GUISERIX

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.


Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,

Signé

M-Y METELLUS



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