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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2600379

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2600379

vendredi 20 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2600379
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de la Guyane, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A... d'une demande d'injonction visant à faire enregistrer la demande d'asile de son fils, se heurtant à un délai de rendez-vous de 258 jours. Le juge a reconnu l'urgence et a estimé que ce délai excessif constituait une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile, liberté fondamentale. En application de l'article L. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, transposant la directive 2013/32/UE, il a enjoint au préfet de la Guyane d'enregistrer la demande d'asile dans un délai de dix jours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 février 2026, Mme B... A... demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre au préfet de la Guyane d’enregistrer sa demande d’asile dans un délai de trois jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la condition d’urgence est caractérisée dès lors que son enfant s’est vu délivrer une convocation pour se présenter au guichet unique des demandeurs d’asile le 26 mai 2026, soit dans un délai de 258 jours, ce qui empêche son enfant de séjourner régulièrement sur le territoire et de bénéficier des conditions matérielles d’accueil ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit de son enfant de bénéficier des conditions matérielles d’accueil du demandeur d’asile résultant de l’impossibilité d’enregistrer sa demande d’asile ;
- ce défaut d’enregistrement de sa demande d’asile dans les délais prévus par le CESEDA porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit de solliciter l’asile sur le territoire français.


Par un mémoire en défense enregistré le 20 février 2026, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
- la condition d’urgence n’est pas remplie ;
- aucun des moyens soulevés dans la requête n’est fondé.


Par un mémoire en réplique enregistré le 20 février 2026, Mme A... conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Au cours de l’audience publique tenue en présence de Mme Metellus, greffière d’audience, M. Guiserix a lu son rapport ; les parties n’étaient présentes ni représentées.

La clôture d’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

Mme A..., ressortissante haïtienne née en 1995, a été reçue le 10 septembre 2025 au service de premier accueil des demandeurs d’asile aux fins d’obtenir un rendez-vous au guichet unique des demandeurs d’asile pour l’enregistrement de la demande d’asile de son fils, né à Cayenne en avril 2025. Un rendez-vous lui a été fixé au 26 mai 2026, soit dans un délai de 258 jours. Par la présente requête, Mme A... demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de la Guyane de la convoquer dans un délai de trois jours pour l’enregistrement de la demande d’asile de son fils.

Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. (…) ».

Sur l’urgence :

Il résulte de l’instruction que, à la date de la présente ordonnance, le délai de 258 jours, pendant lequel Mme A... ne peut avoir la protection demandée ainsi que l’accès aux conditions matérielles d’accueil dont bénéficient les demandeurs d’asile, apparaît manifestement excessif. Ainsi, la requérante justifie d’une situation d’urgence particulière au sens des dispositions de l’article L.521-2 du code de justice administrative.



Sur l’atteinte manifestement grave et illégale à une liberté fondamentale :

Le droit constitutionnel d’asile, qui a le caractère d’une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. L’article L. 521-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile prévoit que l’enregistrement de la demande d’asile « a lieu au plus tard trois jours ouvrés après la présentation de la demande à l’autorité administrative compétente, sans condition préalable de domiciliation. Toutefois, ce délai peut être porté à dix jours ouvrés lorsqu’un nombre élevé d’étrangers demandent l’asile simultanément ».

Ces dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, transposant les objectifs de la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013, font peser sur l’Etat une obligation de résultat s’agissant des délais dans lesquels les demandes d’asile doivent être enregistrées. Il incombe en conséquence aux autorités compétentes de prendre les mesures nécessaires au respect de ces délais.

Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Guyane, qui a fixé à Mme A... un rendez-vous le 26 mai 2026, soit dans un délai de 258 jours, n’a pas placé l’intéressée en mesure de voir la demande d’asile de son fils examinée dans un délai raisonnable. Il s’ensuit, dès lors qu’il y a urgence à faire cesser cette atteinte grave et manifestement illégale au droit d’asile, qu’il y a lieu d’enjoindre au préfet de la Guyane, à qui il appartient de procéder à l’enregistrement des demandes d’asile dans les délais prévus par l’article L. 521-4 du code, d’enregistrer, conformément à ces dispositions, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, la demande d’asile présentée par Mme A... au nom de son fils, M. C....

Les conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative par Mme A..., qui n’a pas eu recours au ministère d’avocat et ne justifie pas avoir exposé des frais spécifiques à l’occasion de l’instance, ne peuvent être accueillies.



O R D O N N E :


Article 1er : Il est enjoint au préfet de la Guyane d’enregistrer, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, la demande d’asile présentée par Mme A... au nom de son fils, M. C....

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A... et au ministre de l’intérieur.

Copie sera adressée pour information au préfet de la Guyane.


Rendue publique par mise à disposition au greffe le 20 février 2026.




Le juge des référés,
Signé
O. GUISERIX


La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
M-Y. METELLUS


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