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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2000258

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2000258

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2000258
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre ter
Avocat requérantARVIS & KOMLY-NALLIER , Avocats Associés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 février 2020 et 19 février 2021, M. A B, représenté par Me Arvis, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 décembre 2019 par lequel le vice-recteur de Mayotte l'a affecté à compter du 13 janvier 2020 au collège de Kwalé ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'affecter au sein d'un établissement respectant les normes d'accessibilité applicables aux personnes à mobilité réduites ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'auteur de l'arrêté est incompétent ;

- l'arrêté, qui est une mesure prise en considération de la personne, a été pris en méconnaissance du principe du contradictoire prévu à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il n'a pas été précédé de l'avis de la commission administrative paritaire compétente en méconnaissance de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 ;

- il est contraire aux articles 6 sexies, 23 de la loi du 13 juillet 1983 et L. 114-1-1 du code de l'action sociale et des familles dès lors que son affectation porte atteinte à sa santé et son intégrité physique ;

- il méconnait l'interdiction des discriminations en raison du handicap garantie par l'article 6 de cette même loi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2020, le rectorat de Mayotte, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'il n'y a pas lieu de statuer sur la requête, que la requête est tardive, qu'elle est dirigée contre une mesure d'ordre intérieur et, qu'en tout état de cause, les moyens soulevés par la partie requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 2019-828 du 6 aout 2019 ;

- le décret n° 70-738 du 12 août 1970 ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Felsenheld, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Legrand, rapporteure publique,

- et les observations de Mme C, représentante du rectorat de Mayotte.

Considérant ce qui suit :

1. M. Goulet, conseiller principal d'éducation hors classe, bénéficie de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé. Il a été affecté au collège de Dzoumogné pour l'année scolaire 2015/2016, puis au collège de Majicavo pour les années 2016 à 2018, enfin au lycée de Mamoudzou Nord du 1er janvier 2019 au 31 août 2019. Par un courrier du 31 décembre 2018 adressé au recteur, il a contesté son affectation au lycée de Mamoudzou Nord au motif qu'elle n'était pas compatible avec son état de santé. Par un arrêté du 10 décembre 2019, dont il demande l'annulation, le vice-recteur de Mayotte l'a affecté à compter du 13 janvier 2020 au collège de Kwalé.

2. En premier lieu, par un arrêté du 2 septembre 2019, M. D, chef de la division des personnels enseignants du second degré, auteur de l'arrêté, a reçu délégation du vice-recteur de Mayotte pour signer tous les actes relevant de la compétence du vice-recteur dans la limite du champ de compétence de son service. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1, en tant qu'elles concernent les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ne sont pas applicables aux relations entre l'administration et ses agents. "

4. En l'espèce, l'arrêté du 10 décembre 2019 par lequel le vice-recteur de Mayotte a affecté M. B, à compter du 13 janvier 2020, au collège de Kwalé est une décision prise en considération de la personne et est, pour ce motif, soumise au respect du principe du contradictoire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 31 décembre 2018, M. B a contesté son affectation au lycée de Mamoudzou Nord au motif que cette affectation n'était pas compatible avec son état de santé. Ainsi, M. B doit être regardé comme ayant sollicité son changement d'affectation. En tout état de cause, il ressort également des pièces du dossier que par un courrier du 3 septembre 2019, M. B a été convoqué par le rectorat à un entretien, en date du 11 septembre 2019, afin d'échanger sur les propositions faites par le médecin agréé dans son compte rendu de visite médicale du 20 juin 2019 et notamment sur celle tendant à son affectation au collège de Kwalé. Par suite, M. B a été mis à même de présenter des observations sur sa future affectation. Ainsi, le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique d'Etat : " L'autorité compétente procède aux mouvements des fonctionnaires après avis des commissions administratives paritaires. " Ces dispositions ont été modifiées par l'article 25 de la loi du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique en ce sens qu'elles ne prévoient plus la saisine pour avis des commissions administratives paritaires avant l'édiction d'une décision de mutation. Aux termes de l'article 94 de cette loi : " VI. - L'article 60 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 précitée dans sa rédaction résultant de l'article 25 de la présente loi s'applique aux décisions individuelles relatives aux mutations prenant effet à compter du 1er janvier 2020. "

6. En l'espèce, l'arrêté litigieux affecte M. B au collège de Kwalé à compter du 13 janvier 2020. Par suite, cette mesure, prenant effet après le 1er janvier 2020, n'était pas soumise aux dispositions de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 dans sa version antérieure à la loi du 6 août 2019. Ainsi, M. B ne peut utilement soutenir que l'arrêté aurait dû être précédé de la saisine de la commission administrative paritaire compétente.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race. / Toutefois des distinctions peuvent être faites afin de tenir compte d'éventuelles inaptitudes physiques à exercer certaines fonctions. " Aux termes de l'article 6 sexies de cette même loi : " I. - Afin de garantir le respect du principe d'égalité de traitement à l'égard des travailleurs handicapés, les employeurs visés à l'article 2 prennent, en fonction des besoins dans une situation concrète, les mesures appropriées pour permettre aux travailleurs mentionnés aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 5212-13 du code du travail d'accéder à un emploi ou de conserver un emploi correspondant à leur qualification, de développer un parcours professionnel et d'accéder à des fonctions de niveau supérieur ainsi que de bénéficier d'une formation adaptée à leurs besoins tout au long de leur vie professionnelle, sous réserve que les charges consécutives à la mise en œuvre de ces mesures ne soient pas disproportionnées, notamment compte tenu des aides qui peuvent compenser en tout ou partie les dépenses supportées à ce titre par l'employeur. " Aux termes de l'article 23 de cette même loi : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux fonctionnaires durant leur travail. " Aux termes de l'article L. 114-1-1 du code de l'action sociale et des familles : " La personne handicapée a droit à la compensation des conséquences de son handicap quels que soient l'origine et la nature de sa déficience, son âge ou son mode de vie. / Cette compensation consiste à répondre à ses besoins, qu'il s'agisse de l'accueil de la petite enfance, de la scolarité, de l'enseignement, de l'éducation, de l'insertion professionnelle, des aménagements du domicile ou du cadre de travail nécessaires au plein exercice de sa citoyenneté et de sa capacité d'autonomie () ".

8. Il ressort du compte rendu de visite médicale du 20 juin 2019 du médecin agréé que M. B est apte à l'exercice des fonctions de conseiller pédagogique d'éducation sous réserve de l'adaptation de son poste. A cet égard, le médecin relève que l'agent doit pouvoir entrer dans l'établissement avec son véhicule, se garer sur une place de stationnement dédiée aux personnes à mobilité réduite, disposer d'un bureau avec un mobilier ergonomique adapté à son handicap et se déplacer aisément dans les locaux de l'établissement dans l'exercice de ses fonctions. Le médecin ajoute que le collège de Kwalé est adapté au handicap de M. B. En outre, il ressort du rapport d'accessibilité du collège de Kwalé, réalisé le 5 décembre 2019 par une société agréée, que l'établissement inauguré en 2016, est conforme aux normes d'accessibilité aux personnes à mobilité réduite à l'exception de la partie haute de l'amphithéâtre et des escaliers intérieurs et extérieurs. Il ressort, en revanche, de ce même rapport que l'accès aux bâtiments, l'ascenseur, les revêtements des sols, des portes, des portiques, des sas et des sanitaires sont adaptés à l'accès des personnes à mobilité réduite. Il résulte de ces éléments, qu'aussi regrettable que soient les non-conformités relevées par la société agréée, celles-ci ne sont pas d'une ampleur telle qu'elles rendraient l'affectation de M. B au collège de Kwalé contraire aux préconisations du médecin agrée et ne lui permettraient pas d'exercer normalement les fonctions de conseiller pédagogique d'éducation. Il en résulte que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté d'affectation litigieux méconnait les dispositions citées au point précédent.

9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner l'exception de non-lieu à statuer et les fins de non-recevoir opposées par le recteur en défense, l'ensemble des conclusions de la requête de M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de Mayotte.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Cornevaux, président,

- M. Felsenheld, premier conseiller,

- M. Seroc, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

Le rapporteur,Le président,

R. FELSENHELDG. CORNEVAUX

La greffière,

F. DAROUSSI DJANFAR

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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