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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2000778

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2000778

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2000778
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre ter
Avocat requérantRAHMANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 août 2020, la société Azaya, représentée par Me Rahmani, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler le courrier du 11 mars 2020 par lequel l'huissier des finances publiques l'a informée qu'à défaut de paiement immédiat de la somme de 100 000 euros, il procèdera à la saisie de ses meubles, le titre exécutoire émis à son encontre le 29 novembre 2018 par le département de Mayotte pour le recouvrement de cette somme au titre du remboursement d'une subvention accordée en 2015 et la décision du 14 avril 2020 par laquelle son recours gracieux a été rejeté ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer ladite somme ;

3°) de mettre à la charge du département de Mayotte une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées ne sont pas suffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure, dès lors qu'elles n'ont été précédées ni d'une décision de reversement ni d'une mise en demeure ;

- elles interviennent au-delà du délai de quatre mois dont dispose l'administration pour retirer une décision illégale créatrice de droit, le département n'ayant jamais pris une telle décision de retrait ;

-la créance du département est prescrite.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2021, le département de Mayotte conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Azaya.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par une lettre du 9 mai 2022, le tribunal a informé les parties en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation du courrier du 11 mars 2020 de l'huissier des finances publiques, qui constitue un acte de poursuite, dont la compétence pour en connaître relève de la juridiction judiciaire.

Par un mémoire en réponse au moyen d'ordre public, enregistré le 12 mai 2022, la société Azaya fait valoir que sa requête n'est pas tardive, que le titre exécutoire attaqué est insuffisamment motivé, qu'il n'est pas signé, qu'il ne mentionne pas les nom, prénom et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours, qu'il n'a pas été précédé d'une mise en demeure, qu'il est infondé et que les conclusions de la requête ne sont pas dirigées contre le courrier du 11 mars 2020 de l'huissier des finances publiques mais tendent à l'annulation du titre exécutoire émis le 29 novembre 2018 et à la décharge des sommes mises à sa charge.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil,

- le code général des collectivités territoriales,

- le livre des procédures fiscales,

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000,

- le décret n° 2002-1246 du 7 novembre 2012,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Seroc, conseiller,

- les conclusions de Mme Legrand, rapporteure publique ;

- les observations de M. A, représentant le département de Mayotte ;

- les observations de Me Rahmani, avocat de la société Azaya.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 19 janvier 2015, la commission permanente du conseil général de Mayotte a décidé de financer le projet de l'EURL Azaya pour un montant de 200 000 euros. Le département de Mayotte et le société Azaya ont conclu, le 21 février 2015, une convention portant attribution d'une aide financière en faveur de cette dernière pour son projet de développement d'activités, une somme de 100 000 euros étant versée dès la signature de la convention et le solde de 100 000 euros dans un délai de 24 mois sur présentation des factures attestant au moins de 75% des investissements prévus. Par un courrier du 11 mars 2020, l'huissier des finances publiques a réclamé à la société Azaya le remboursement de la somme de 100 000 euros, qui avait donné lieu, le 29 novembre 2018, à l'émission d'un titre de recettes. Par la présente requête, la société Azaya demande l'annulation du courrier du 11 mars 2020, du titre de recettes du 29 novembre 2018 et de la décision de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions relatives au courrier du 11 mars 2020 :

2. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction résultant de la loi n° 2017-1775 du 28 décembre 2017 de finance rectificative pour 2017 : " [] / 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / [] / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. [] ".

3. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction résultant de la loi du 28 décembre 2017 : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / [] / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés: / [] / c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ".

4. La société Azaya a présenté des conclusions tendant à l'annulation de l'acte de poursuite que constitue le courrier du 11 mars 2020 par lequel l'huissier des finances publiques l'a informée de ce qu'il avait été chargé par le comptable public de saisir ses meubles et que, à défaut de régler immédiatement la somme de 100 000 euros dont elle était redevable, la saisie effective serait pratiquée même en son absence dans les conditions prévues par l'article L. 142-1 du code des procédures civiles d'exécution. Une telle demande ressortissant au contentieux du recouvrement, seul le juge de l'exécution est compétent pour en connaître, sans que puisse être remis en cause devant lui le bien-fondé de la créance. De telles conclusions doivent ainsi être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur les conclusions aux fins d'annulation du titre exécutoire et de décharge :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 24 du décret n° 2002-1246 du 7 novembre 2012 : " Dans les conditions prévues pour chaque catégorie d'entre elles, les recettes sont liquidées avant d'être recouvrées. La liquidation a pour objet de déterminer le montant de la dette des redevables. Les recettes sont liquidées pour leur montant intégral, sans contraction avec les dépenses. Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. () ".

6. Le titre litigieux émis le 29 novembre 2018 fait apparaître l'objet suivant " remboursement sub. 2015 / convention 009/DDET/2015/CP / délib. n° 1948/2015/CP ". Ce titre de perception peut être regardé comme comportant des éléments suffisants à l'égard des bases de la liquidation. Le moyen sera donc écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention du 21 février 2015 portant attribution d'une subvention : " En cas de non-respect de l'objet inscrit à l'article 1er de la présente convention, celle-ci pourra être résiliée de plein droit par l'une ou l'autre des parties à l'expiration d'un délai de deux mois suivant l'envoi d'une lettre recommandée avec accusé de réception valant mise en demeure. / Le conseil général de Mayotte peut, par ailleurs, sur simple commandement de payer, exiger le reversement partiel ou total des sommes versées en tenant compte du niveau réel de l'exécution de la présente convention. ". Il résulte de ces stipulations que seule la résiliation de plein droit de ladite convention doit faire l'objet d'une mise demeure, l'ordre de reversement partiel ou total des sommes déjà versées, qui constitue une procédure distincte de la résiliation, pouvant être adressé par un simple commandement de payer. Dans ces conditions, le titre exécutoire litigieux pouvait être régulièrement émis sans l'intervention préalable d'une mise en demeure ou de toute autre décision de reversement des sommes en cause. Le moyen tiré du vice de procédure sera donc écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 242-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation à l'article L. 242-1, l'administration peut, sans condition de délai : / () 2° Retirer une décision attribuant une subvention lorsque les conditions mises à son octroi n'ont pas été respectées. ". Aux termes de l'article 9-1 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leur relations avec les administrations : " Constituent des subventions, au sens de la présente loi, les contributions facultatives de toute nature, valorisées dans l'acte d'attribution, décidées par les autorités administratives et les organismes chargés de la gestion d'un service public industriel et commercial, justifiées par un intérêt général et destinées à la réalisation d'une action ou d'un projet d'investissement, à la contribution au développement d'activités ou au financement global de l'activité de l'organisme de droit privé bénéficiaire. Ces actions, projets ou activités sont initiés, définis et mis en œuvre par les organismes de droit privé bénéficiaires. / Ces contributions ne peuvent constituer la rémunération de prestations individualisées répondant aux besoins des autorités ou organismes qui les accordent ". Aux termes de l'article 10 de cette même loi : " () / L'autorité administrative ou l'organisme chargé de la gestion d'un service public industriel et commercial mentionné au premier alinéa de l'article 9-1 qui attribue une subvention doit, lorsque cette subvention dépasse un seuil défini par décret, conclure une convention avec l'organisme de droit privé qui en bénéficie, définissant l'objet, le montant, les modalités de versement et les conditions d'utilisation de la subvention attribuée. () ".

9. En émettant le 29 novembre 2018 un titre de recettes à l'encontre de la société Azaya tendant au remboursement de la somme de 100 000 euros au titre de la subvention versée en 2015, le département de Mayotte doit être regardé comme ayant retiré la décision d'octroi de la première tranche de ladite subvention. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'octroi définitif de la subvention en litige était, aux termes de la convention, conditionné au versement de pièces justificatives et de la réalisation de l'intégralité des actions prévues par la convention. Dès lors, dans l'hypothèse où la société requérante ne respecte ces conditions, l'administration peut retirer sans condition de délai la décision initiale d'octroi de cette subvention. Or la société requérante ne conteste pas avoir utilisé les sommes versées à des fins distinctes de l'investissement mentionné à l'article 1er de la convention. Dans ces conditions, la société Azaya n'est pas fondée à soutenir que la récupération du trop-perçu de subvention procède illégalement au retrait d'une décision créatrice de droits.

10 En quatrième lieu, aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer. "

11. Il résulte de l'instruction que le département de Mayotte doit être regardé comme ayant eu connaissance de sa créance au plus tard le 29 novembre 2018, date à laquelle le titre exécutoire litigieux a été émis. La prescription quinquennale a donc commencé à courir à compter de cette date et a fait l'objet d'une interruption par la réception par la société requérante du courrier daté du 11 mars 2020 de l'huissier des finances publiques, laquelle est intervenue au plus tard le 31 mars 2020. Par suite, la société Azaya n'est pas fondée à soutenir que la créance litigieuse est prescrite.

12. En cinquième lieu, lorsque, postérieurement à la clôture de l'instruction, le juge informe les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que sa décision est susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, cette information n'a pas par elle-même pour effet de rouvrir l'instruction. La communication par le juge, à l'ensemble des parties, des observations reçues sur ce moyen relevé d'office n'a pas non plus par elle-même pour effet de rouvrir l'instruction, y compris dans le cas où, par l'argumentation qu'elle développe, une partie doit être regardée comme ayant expressément repris le moyen énoncé par le juge et soulevé ainsi un nouveau moyen. La réception d'observations sur un moyen relevé d'office n'impose en effet au juge de rouvrir l'instruction, conformément à la règle applicable à tout mémoire reçu postérieurement à la clôture de l'instruction, que si ces observations contiennent l'exposé d'une circonstance de fait ou d'un élément de droit qui est susceptible d'exercer une influence sur le jugement de l'affaire et dont la partie qui l'invoque n'était pas en mesure de faire état avant la clôture de l'instruction. Par suite, il n'y a pas lieu de se prononcer sur les moyens présentés par la société Azaya postérieurement à la clôture de l'instruction.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la société Azaya n'est pas fondée à demander l'annulation du titre exécutoire émis le 29 décembre 2018 et de la décision de rejet de son recours gracieux. Les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer la somme de 100 000 euros doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le département de Mayotte, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser à la société requérante une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, la somme demandée par le département de Mayotte au titre des mêmes dispositions seront rejetées.

DECIDE :

Article 1er : la requête de la société Azaya est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le département de Mayotte au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Azaya et au département de Mayotte.

Copie en sera transmise, pour information, au directeur régional des finances publiques de Mayotte.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Cornevaux, président,

- M. Felsenheld, premier conseiller,

- M. Seroc, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

Le rapporteur,

S. SEROC

Le président,

G. CORNEVAUX

La greffière,

A. THORAL

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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