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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2100426

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2100426

lundi 14 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2100426
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre Bis
Avocat requérantDODAT AKHOUN ASMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 21 février 2021 et 31 mai 2022, M. B, représenté par Me Dodat-Akhoun, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 septembre 2020 par laquelle le recteur de l'académie de Mayotte a refusé de le titulariser en qualité de professeur des écoles, la décision du 15 septembre 2020 prononçant sa radiation des cadres de la fonction publique ainsi que la décision implicite par laquelle son recours gracieux a été rejeté ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Mayotte de réexaminer sa situation administrative sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un vice de procédure ;

- l'avis défavorable du jury était insuffisamment motivé ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 mai 2021, le recteur de l'académie de Mayotte conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 2 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 90-680 du 1er août 1990 ;

- le décret n° 94-874 du 7 octobre 1994 ;

- le décret n° 2007-1290 du 29 août 2007 ;

- l'arrêté du 26 mars 2018 fixant de manière temporaire les modalités de stage, d'évaluation et de titularisation des professeurs des écoles stagiaires recrutés à Mayotte ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Caille, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, professeur des écoles contractuel depuis 2011, a été lauréat du concours de professeur des écoles organisé à Mayotte en 2017. Son stage de deux ans, commencé à la rentrée scolaire 2017, a été prolongé pour une troisième année puis par décision du 14 septembre 2020, le recteur de Mayotte a refusé de le titulariser. Par arrêté du 15 septembre 2020, le recteur de Mayotte l'a ensuite radié des cadres des professeurs des écoles à compter du 1er septembre 2020. Par courrier du 20 octobre 2020, M. A a formé un recours gracieux à l'encontre de son " licenciement prononcé le 15 septembre 2020 ". Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 14 septembre 2020, l'arrêté du 15 septembre 2020 et la décision rejetant implicitement son recours gracieux.

Sur le cadre juridique du litige :

2. Aux termes de l'article 5 du décret du 29 août 2007 relatif aux conditions d'application à Mayotte des dispositions statutaires relatives aux professeurs des écoles : " A compter de la session 2017 et jusqu'à la session 2023 des concours, et par dérogation aux dispositions du chapitre II du décret du 1er août 1990 [modifié relatif au statut particulier des professeurs des écoles], le concours externe et le second concours interne de recrutement de professeurs des écoles sont organisés à Mayotte dans les conditions fixées par les articles 6 à 15 du présent décret ". Aux termes de l'article 10 de ce décret : " Les professeurs des écoles stagiaires nommés à la suite de leur réussite au concours externe ouvert à Mayotte accomplissent un stage d'une durée de deux ans qui ne peut être prolongé que d'une année par décision du recteur d'académie. Au cours de leur stage, ils bénéficient d'une formation organisée, selon les orientations définies par l'Etat, par un établissement d'enseignement supérieur, visant à l'acquisition des compétences nécessaires à l'exercice du métier. / La formation alterne des périodes de mise en situation professionnelle dans une école et des périodes de formation au sein de l'établissement d'enseignement supérieur. Elle est adaptée pour tenir compte du parcours antérieur du professeur stagiaire. Ce dernier est accompagné par un tuteur. / Les modalités du stage et les conditions de son évaluation par un jury sont arrêtées conjointement par le ministre chargé de l'éducation nationale et par le ministre chargé de la fonction publique. ". Selon l'article 11, " () Les stagiaires qui n'ont pas été titularisés peuvent être autorisés à accomplir une troisième année de stage. Ceux qui ne sont pas autorisés à prolonger leur stage ou qui, à l'issue de la troisième année, n'ont pas été titularisés sont soit licenciés soit réintégrés dans leur corps ou cadre d'emplois d'origine s'ils avaient la qualité de fonctionnaire. () ". Ces dispositions sont rendues applicables aux lauréats du concours interne par l'article 14 du décret. Enfin, selon l'article 8 de l'arrêté du 26 mars 2018 pris pour leur application, " Après délibération, le jury établit la liste des fonctionnaires stagiaires qu'il estime aptes à être titularisés. () " tandis que son article 9 dispose : " Le vice-recteur prononce la titularisation des stagiaires estimés aptes par le jury. Toutefois, le vice-recteur prolonge d'un an le stage des stagiaires lauréats des concours externes aptes à être titularisés, devant justifier d'un master ou d'un titre ou diplôme reconnu équivalent par le ministre chargé de l'éducation, et qui ne rempliraient pas à l'issue du stage cette exigence. La titularisation est prononcée à l'issue de cette prolongation à la condition de détenir le titre ou diplôme requis. Il arrête la liste des stagiaires autorisés à accomplir une troisième année de stage et la liste des professeurs stagiaires licenciés ou réintégrés dans leur corps, cadre d'emplois ou emploi d'origine. "

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 312-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Font l'objet d'une publication les instructions, les circulaires () qui comportent une interprétation du droit positif ou une description des procédures administratives. Les instructions et circulaires sont réputées abrogées si elles n'ont pas été publiées, dans des conditions et selon des modalités fixées par décret. / Un décret en Conseil d'Etat pris après avis de la commission mentionnée au titre IV précise les autres modalités d'application du présent article. ". Selon l'article L. 312-3 du même code, " Toute personne peut se prévaloir des documents administratifs mentionnés au premier alinéa de l'article L. 312-2, émanant des administrations centrales et déconcentrées de l'Etat et publiés sur des sites internet désignés par décret. / Toute personne peut se prévaloir de l'interprétation d'une règle, même erronée, opérée par ces documents pour son application à une situation qui n'affecte pas des tiers, tant que cette interprétation n'a pas été modifiée. / Les dispositions du présent article ne peuvent pas faire obstacle à l'application des dispositions législatives ou réglementaires préservant directement la santé publique, la sécurité des personnes et des biens ou l'environnement. " L'article R. 312-3-1 de ce code dispose : " Les documents administratifs mentionnés au premier alinéa de l'article L. 312-2 émanant des administrations centrales de l'Etat sont, sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, publiés dans des bulletins ayant une périodicité au moins trimestrielle et comportant dans leur titre la mention "Bulletin officiel". () "

4. Selon la circulaire n° 2015-055 du 17 mars 2015 publié au n° 13 du Bulletin officiel de l'éducation nationale du 26 mars 2015 : " L'avis défavorable à la titularisation en fin de première année comme en fin de deuxième année doit être suffisamment motivé par le jury académique pour justifier sans ambiguïté la décision de licenciement prise en conséquence par l'administration ". M. A soutient que l'avis émis par le jury académique est insuffisamment motivé. Malgré la mesure d'instruction diligentée en ce sens par le tribunal et malgré la formulation particulièrement explicite du sens des conclusions communiqué avant l'audience, le recteur de Mayotte n'a pas produit cet avis. Le moyen doit, dès lors, être accueilli. Par suite, M. A est fondé à demander l'annulation des décisions du 14 septembre 2020 par laquelle le recteur de l'académie de Mayotte a refusé de le titulariser en qualité de professeur des écoles et du 15 septembre 2020 prononçant sa radiation des cadres de la fonction publique ainsi que celle de la décision implicite par laquelle son recours gracieux a été rejeté.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. L'annulation prononcée par le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au recteur de Mayotte de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 14 septembre 2020 par laquelle le recteur de l'académie de Mayotte a refusé de titulariser M. A en qualité de professeur des écoles, la décision du 15 septembre 2020 prononçant sa radiation des cadres de la fonction publique ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux formé par M. A contre ces décisions sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au recteur de Mayotte de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera transmise au recteur de Mayotte.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Cornevaux, président,

- M. Caille, premier conseiller,

- M. Felsenheld, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.

Le rapporteur,

P.-O. CAILLE

Le président,

G. CORNEVAUX

Le greffier,

S. HAMADA A

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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